Textes de Juliette

23 septembre 2008
Source : Africdossier

 

Les casses de quartiers opérées par le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé, répondant aux impératifs d’urbanisation de cette ville, semblent créer de nouveaux problèmes socio-humains.

Le gouvernement camerounais semble s’être tout à coup réveillé du long sommeil qui a laissé ses villes tomber en désuétude. A Yaoundé spécialement, le délégué du gouvernement semble ne vouloir reculer devant rien ni personne pour "rendre sa ville belle"... quel qu’en soit le prix !

Ainsi, après avoir fait le tour de plusieurs autres quartiers, celui que ses concitoyens ont dénommé "Jack Bauer", du nom du célèbre héros de la série 24 heures chrono, s’est arrêté sur Ntaba : Ntaba, l’un des plus grands bidonvilles de la cité, où grouille une population tellement nombreuse qu’elle en est effrayante, habitant presque les uns sur les autres, dans une misère indigne de notre siècle.

En effet, ici, les cabanes sont construites sur un terrain marécageux qui fait patauger ses habitants dans la bouse en période de pluies. Des rigoles puantes de déchets d’égouts, d’ordures, d’énormes rats et souris sinuent librement entre celles-ci et sont les rivières favorites des tout-petits. La broussaille qui dépasse largement la taille des maisons attire des élevages entiers de moustiques qui se gavent de la chair déjà famélique des habitants.

A Ntaba, hygiène, santé et salubrité perdent complètement de leur sens ; la prostitution et le grand banditisme sont devenus des phénomènes tout à fait naturels et même banals. Mais ce n’est pas cela le plus dur. Le plus dur c’est que l’Etat a décidé de reprendre aujourd’hui cette parcelle de terrain lui appartenant et qui a été anarchiquement occupée voici plus de dix ans sans son consentement.

Après que ses engins furent passés, la plupart des habitants, se retrouvant sans domicile, vivent désormais dans la rue, affrontant vaillamment la pluie et le soleil, traînant derrière eux leurs innombrables enfants, qui dans des vieilles voitures, qui dans des immeubles et maisons abandonnés dont ils sont aussitôt chassés, ou investissant d’autres lieux assez isolés. Tout au cours de cet interminable voyage d’errance, ils crient leur misère sur tous les toits, suppliant les âmes de bonne volonté, et surtout leur nouveau bourreau, le gouvernement, de mettre fin au calvaire qu’est leur vie.
      

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