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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 12:24

22 janvier 2008
Enoch Djondang 

Le Tchad en 2009

Même si le risque de se faire tuer, torturer ou enlever est grand en ce moment, le devoir d’un citoyen honnête et aimant son pays, dans le contexte actuel, est de dire la vérité, sa vérité et d’avertir, là où les passions et l’aveuglement entraîneraient probablement des drames irrémédiables. C’est fort des expériences douloureuses passées et de leurs mécanismes géniteurs que nous prendrons ce risque, car il y a eu trop de sang inutile, trop de folies stupides en trois décennies d’histoires et d’aventures publiques au Tchad.

Nous sommes à la veille du mois le plus redouté des tchadiens, celui de février, mois où les démons se déchaînent et où la désolation et les pleurs deviennent le partage des familles. Cette fois-ci, le décor est bien garni pour une catastrophe inimaginable. En effet, sur le plan social, les crises cumulées de logement (liée aux casses de maisons) et d’alimentation (liée à l’interdiction brutale du charbon de bois) ont créé une ambiance de divorce extrêmement tendue entre la population urbaine de la capitale et le pouvoir en place. Nous ne traiterons pas du contenu de ces crises mais de leur portée sur le cours des évènements. Ces crises frappent de plein fouet indistinctement partisans et adversaires du régime actuel. Ce qui veut dire qu’elles n’arrangent pas l’audience politique du gouvernement mais augmente le nombre de mécontents et de dissidents potentiels. Pour s’en rendre compte, il suffira d’une situation de confusion, comme en février 2008 !

Ces crises sociales donnent de nouveaux prétextes à ceux qui voulaient depuis en découdre avec le régime en place, pour se positionner en « sauveurs » obligés, ne serait-ce que le temps de réussir un coup de force en prenant le pouvoir. Et faute de démontrer la capacité de comprendre les signaux sociaux critiques, le gouvernement favorise lui-même par son laxisme cette impression de banqueroute. Comment voulez-vous que les familles déguerpies, dans les conditions de brutalité et d’arbitraire connues, et celles qui ne peuvent plus manger un morceau de « boule » faute de combustibles, ne se marient pas avec n’importe qui prétendrait venir les venger ? 

Malgré les efforts de reconstruction après les dégâts et les pillages de février 2008, on peut penser que la population urbaine serait en ce moment plus encline à se lancer dans des actes de vandalisme plus terrifiants, rien que pour les raisons de survie liées aux crises sociales actuelles ? Sans compter qu’une simple annonce répétée par RFI ou France 24 de la présence d’une colonne « rebelle » à X km de N’Ndjamena suffirait à déclencher une panique supérieure à toutes celles connues et une fuite massive des familles hors de la ville, pour échapper au feu des chars, des hélicos et des mortiers de tous calibres. Personne n’empêchera une population aussi traumatisée et harcelée depuis un an de choisir cette option. Il ne restera en ville que les combattants, les pillards et les chiens, n’en doutons pas ! 

Rappelons-nous que les enfants nés dans les camps de réfugiés au Cameroun, il y a 30 ans, quand leurs parents fuyaient devant les « libérateurs » (les mêmes qu’aujourd’hui), se sont retrouvés dans les mêmes camps en réfugiés l’an dernier, avec leurs enfants pour certains. Le pays n’est toujours pas libéré et la diabolisation à outrance continue de plus belle : qui, de Goukouni, Lol, Habré, Déby ou Malloum et leurs nombreux acolytes morts ou survivants, était le plus mauvais démon à abattre? Arrêtons la comédie !

La vengeance : le mot est là tout cru !  C’est le sentiment qui sera le mieux partagé dans les jours à venir. En effet, au vu de ce qui a ponctué les affrontements intercommunautaires et les campagnes militaires ces dernières années, les violations massives des droits humains, la pratique en hausse des viols et de la terre brûlée, l’impunité et les discriminations, il est tout simplement impensable que la tentative de prise de pouvoir par la force, réussie ou non, ne se solde pas par de terribles vagues de vengeance, surtout dans les milieux ethniques trop impliqués dans le politico-militaire, et nous le savons pourtant!

Il serait aussi naïf de penser que les leaders d’opinion et les cadres seraient épargnés : l’exemple du Dr Ibni en dit long et la mauvaise gestion de ce cas typique, tant par le pouvoir que par l’opinion nationale et les partis politiques, préjuge que chacun devra s’occuper de sauver sa peau lui-même sans compter, ni sur les milieux diplomatiques, ni sur ses compatriotes. C’est le revers de la lâcheté pour tous ! Nous avions déjà expliqué plusieurs fois comment une nouvelle crise du genre de février 2008 serait fatale pour une grande partie de l’élite politique et intellectuelle vivant dans la capitale Ndjamena. A bon entendeur, salut !

La principale donne à considérer est que, si les rebelles « unifiés » se lancent à l’assaut de Ndjamena, cette fois-ci, ils ne voudront pas décrocher même s’ils n’arrivaient pas à s’emparer du pouvoir. Une longue guerre de rues, où la population serait prise en otage des belligérants, se déroulera certainement. Personne ne peut dire aujourd’hui qui, quelle force politique ou morale ayant une audience réelle, pourrait gérer et maîtriser une telle période de chaos, ni combien de temps elle durerait ? Les « sages » fonctionnaires, qui ont peur des manifestations, qui s’occupera d’eux et de leurs familles durant cette période de chaos ? Chacun ayant l’habitude d’attendre quel « imbécile » se sacrifierait pour les autres, il n’y aura malheureusement pas d’imbécile de service, ni associations de droits de l’homme ni partis politiques pour ce « sale » boulot, comme nous l’avions déjà vécu en février 2008. Et les soldats d’Epervier et ceux de l’Eufor-Minurcat ne sont pas là pour ça non plus, alors débrouillez-vous !

Pour ceux qui ont admiré le défilé militaire du 10 décembre dernier, la leçon doit être claire : personne ne se prépare à faire des cadeaux à personne ! Sauf les naïfs et les rêveurs qui croient à un miracle du Ciel, mais par quelles personnes bénies ce miracle de la paix va-t-il s’accomplir ? Là encore il faut du sacrifice et des engagements conséquents ! Barack Obama n’est pas venu au hasard ; il a fallu son courage personnel et la lutte âpre de Martin Luther King et d’autres pionniers sacrifiés, dont le rescapé Pasteur Jesse Jackson.  Mais cette lutte là a-t-elle existée au Tchad ? Non, et nous sommes formels là-dessus !

Au Tchad, ceux qu’on pouvait considérer comme des « opposants historiques » ont quasiment tous été liquidés ou réduits au silence précocement. Depuis les Dr Outel Bono sous Tombalbaye jusqu’au Dr Ibni, on ne leur a pas laissé de chances de survivre, et cela avec une complicité active des cercles obscures du néocolonialisme français. Ce qui fait que les tchadiens n’ont pas eu le temps ni de reconnaître le bien-fondé du combat de ces derniers ni de se les approprier. Ces vrais « opposants historiques » sont devenus de simples anonymes oubliés, même par leurs anciens compagnons sans conviction ni dignité ! Et cela n’est pas prêt de changer malheureusement !

Ceux qui occupent la scène publique et qui prétendent être des opposants ou des leaders ne sont ni plus ni moins que des excroissances du même système d’oppression, de manipulation et d’exploitation de la naïveté primitive des tchadiens. Pour preuve, certains des plus en vue ont été les penseurs des dictatures passées depuis Tombalbaye. Ils ne deviennent des « opposants » que pendant une disgrâce. Ils n’ont aucune solution nouvelle ou miracle pour le Tchad, en dehors du fait que ce pays ne doit exister que pour eux seuls : c’est ça leur définition de la « lutte politique »! Cela n’a rien à voir avec ce qui se voit ailleurs, avec Tswangirai au Zimbabwe, Fru Ndi au Cameroun, Odinga au Kenya par exemple, des gens qui incarnent des projets de société, qui sont soutenus massivement même sans sous, qui exposent leur propre vie pour leurs militants ; non ce n’est pas tchadien !

De plus, les « opposants » déclarés au Tchad ont été pour beaucoup impliqués dans de sales besognes, ou que leurs parcours ne correspondent pas à leur profession de foi en terme de bonne moralité : ils ne passeront même pas les préliminaires de candidature aux Etats-Unis d’Amérique ! Leur force est d’être des prestidigitateurs très habiles, capables de jouer sur la naïveté de leurs compatriotes et non sur des propositions concrètes en économie, en social, en éducation, etc. La vérité est que le pouvoir actuel a fabriqué la plupart de ses opposants politico-militaires, anciens membres des cercles restreints et redoutés de décision. Dans ces conditions, la crise tchadienne sera longue, très longue car se confondant avec les histoires de familles et de clans, comme en Somalie. Pendant qu’une partie des élites et de la population majoritaire tentent de se cramponner à un processus démocratique fragile, l’autre partie perpétue les traditions de violence, d’intolérance, d’arrogance et d’oppression d’un autre âge, avec force de moyens dissuasifs. Il n’y aura aucun avenir prometteur pour le Tchad tant qu’on traînera ce dilemme et qu’on voudra l’occulter par peur et par intérêt sordide partisan ! 

L’absence d’alternative humaine est le problème le plus grave des tchadiens : ce sont eux-mêmes qui ont rendu l’émergence d’une alternative humaine difficile voire risquée ! Ce qui les expose constamment aux assauts des aventures en contradiction avec les espoirs de changement et de renaissance nationale. En trente années consécutives, plus d’une quarantaine de rébellions armées, plus d’une centaine de partis politiques dont au moins trois partis uniques ou d’Etat opposés à l’alternance politique, une trentaine de rencontres officiels dites de réconciliation nationale, des dizaines d’opérations de répression brutale génocidaire dirigées contre telle ou telle population « insoumise », ont abruti les tchadiens et les ont transformé en troglodytes accidentels des temps modernes partout dans le monde. L’Obamania est un leurre pour nous, tchadiens, par notre propre faute et notre inconséquence. 

Nos frères centrafricains ont eu le sursaut de placer le pays avant leurs personnes et ont réussit une étape cruciale vers la réconciliation et la normalisation, grâce au dialogue inclusif tenu à Bangui (J.A. Voyez ce qu’on pense de ce Dialogue dehors… alors qu’il n’est qu’une immonde comédie !). Chez nous, le dialogue s’entend d’abord par reddition à un homme ou à un clan ou par exclusion, voire des tabous sur des sujets comme l’alternance, l’égalité entre tchadiens, la réforme profonde de l’armée, les crimes politiques et détournements, en un mot un dialogue de muets et de sourds. (hé hé hé !!) Alors, n’ayant pas mis à profit l’accalmie de l’hivernage 2008 pour engager un vrai processus de dialogue inclusif, se cachant toujours derrière de faux artifices juridiques ou des arrière-pensées du genre « sans moi, il n’y aura rien », pour se dérober ou pour trahir les engagements, nous allons bientôt retrouver notre sport favori, le bruit des bottes et des armes, pour détruire à nouveau nos familles et notre pays.

Toi qui en a marre de l’exil (s’il ne te sert pas de prétexte pour fuir tes responsabilités patriotiques), toi qui ne voudrai pas bientôt t’y retrouver (surtout dans les camps de réfugiés réservés aux tchadiens de l’autre côté du fleuve Chari), toi qui croit naïvement que cette fois encore tu auras la chance de boire ta bière à Moursal pendant les combats, toi dont la vie ne tient qu’au salaire modique que tu n’auras plus pour un bon temps, toi qui ne pourras pas prêcher la bonne parole à tes ouailles dans ta chapelle ou ta mosquée (puisque qu’on s’y battra même à l’intérieur pour y faire couler le sang !), toi qui te dit que le désordre te profitera encore longtemps, attends-toi au pire que tu ne peux imaginer maintenant ! Rappelles-toi que depuis trente ans, on t’a promis à chaque fois du mieux, pour te faire vivre finalement le pire des pires, et ça continuera par ta faute et ton laxisme. Le pays ne leur appartient pas plus qu’à toi ! Tu n’as que très peu de temps pour te démarquer, pour dire à tous les acteurs la vérité, pour clamer haut et fort ton ras-le-bol. Sinon, ils t’écraseront sans pitié comme l’herbe sous les pattes des éléphants. Si tu dois mourir, meurt debout et véridique au moins !


Le Zimbabwe (pour le refus de l’alternance) et la Somalie (pour la soif de pouvoir) sont nos prochains modèles : peu importe le sort quotidien de nos compatriotes, la faim, la maladie, le désespoir, la violence, l’arbitraire! Et la majorité assiste, subit, se plaint en agonisant chaque jour un peu plus : le salut ne viendra de nulle part ! De nulle part ! Les peuples qui refusent de tirer leçon de leur passé tumultueux et qui s’enfoncent toujours plus dans les aberrations sont abandonnés à leur triste sort, loin de l’attention de la communauté internationale, à la merci de tous les fléaux et des prédateurs de tous poils. Puisque nous avons si peur, nous allons mourir quand même, douloureusement ! Et je suis aussi concerné…

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Published by Juliette Abandokwe - dans Tchad
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