Textes de Juliette

19 février 2009
L'Express

Bruno Ossebi-Jacquet n’était pas le blogueur lambda. Le décès de ce journaliste en ligne français de 43 ans, survenu à l’hôpital militaire de Brazzaville dans la nuit du 1er au 2 février dernier laisse planer plus qu’un doute, un soupçon terrible: et si sa mort n’était pas accidentelle?

Si le directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura insistait ce lundi 16 février pour qu’une enquête approfondie soit diligentée par les autorités françaises et congolaises, c’est qu’il existe de nombreux éléments et mobiles à peine voilés qui soufflent autour de cette affaire un air de déjà-vu. Au premier chef, le ministère public ainsi que nos responsables politiques doivent se préoccuper de la manifestation de la vérité sur la mort de cet homme et sa famille. L’article 10 de la constitution du Congo-Brazzaville interdit la possession de la double nationalité. Bruno Ossébi-Jacquet serait donc un citoyen exclusivement français.

Le 21/01/2008 la maison de ce père de famille qui avait décidé de s’établir au Congo dans les années 1990 s’embrase. Cet hyperactif de la blogosphère congolaise se spécialisait dans les affaires de délinquance financière. Sa compagne et ses deux filles, agées de 11 ans et 9 ans périssent, brûlées vives. Lui en réchappe, atteint de brûlures au second degré. il est transféré à l’hôpital militaire de Brazzaville. Treize jours plus tard, il décède de manière mystérieuse la veille de son rapatriement sanitaire en France.

Accident et coïncidence ou incendies d’origine criminelle?


Si la thèse du cas fortuit n’est surtout pas à éluder, nous devons nous interroger sur les circonstances qui ont marqué cette tragédie du sceau du doute. A commencer par la coïncidence d’un autre incendie tout aussi étrange et quasiment le même jour et à la même heure en France dans la proche Banlieue Orléanaise: celui du domicile du porte-parole de l’association congolaise Plate-forme contre la corruption et l’impunité (PCCI) : Benjamin Toungamani. Bruno Ossébi lui avait accordé une longue interview dans le principal journal en ligne auquel il collaborait. L’essentiel de l’entretien portait sur la fameuse plainte avec constitution de partie civile sur les biens mal acquis de certains dirigeants africains. Par ailleurs, il existerait comme une tradition récente et fâcheuse au Congo-Brazzaville en matière de barbecue de maisons d’opposants et journalistes. Le bureau du procureur de la République à Orléans est selon Maud Perdriel-Vaissière, une avocate de l’association Sherpa, informé de cet incident. Une enquête devrait également être ouverte.

Enfin, le même Bruno Ossébi avait publié 3 jours avant l’incendie un article “Pétrole contre poignée de dollars” qui aurait conduit la BNP-Paribas à annuler une opération de 100 millions de dollars dans une affaire de gage sur le pétrole selon Maud Perdriel-Vaissière. Un préfinancement pétrolier consiste à accorder ou à garantir un prêt à un Etat producteur de pétrole en s’assurant des droits sur la production des barils à venir. Cette pratique qui a souvent servi à l’évaporation des revenus pétroliers des pays pauvres serait désormais proscrite par la Banque Mondiale et le FMI.

Un lien entre B. Toungamani et B. Ossébi-Jacquet: La plainte dite des BMA du président Sassou Nguesso et de ses proches


Hôtel particulier appartenant au Président Sassou Nguesso au Vésinet

Bruno Ossébi, souhaitait se constituer partie civile dans l’affaire décortiquée la semaine dernière par le journal l’Express, dite des biens mal acquis en France par certains dirigeants africains. Il avait pris un premier contact avec la cellule juridique de l’association Sherpa le 4 décembre 2008 et insistait pour intégrer cette procédure. Benjamin Toungamani est professeur dans un collège à Orléans. Sa femme s’était constituée partie civile dans une précédente plainte déclarée irrecevable par le parquet de Paris. Il a quant à lui reçu de nombreuses menaces de mort en France au cours des semaines qui ont précédé les deux incendies. Devant les intimidations répétées contre lui et sa famille, il a finalement décidé de ne pas faire partie de la plainte. Le seul contribuable partie civile à cette plainte pour “recel, détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicités” serait donc aujourd’hui le gabonais Gregory Mintsa. Le jour du décès de Bruno Ossébi, il souligna la coïncidence entre l’incendie de son domicile et celui de la maison de Bruno Ossébi au micro d’une journaliste de Radio France Internationale:

Contrairement aux deux précédentes plaintes déposées par l’organisation Transparency International, la constitution de partie civile permettrait la désignation d’un juge d’instruction indépendant, et éviterait que l’affaire ne soit rejetée à nouveau par le parquet de Paris au motif que “l’infraction serait insuffisamment caractérisée“. Le journaliste Jean Michel Apathie consacrait une longue chronique à cette affaire au grand journal de Canal Plus le 12 février 2008:

Le quai d’Orsay prévenu pour un rapatriement sanitaire qui n’arrivera jamais
Le 23/01/2008, deux jours après l’incendie, les services du quai d’orsay sont prévenus par les organisations de défense des droits de l’homme afin que soit organisé le rapatriement sanitaire de Bruno Ossébi-Jacquet en France. Mme Charlotte Montel, conseillère technique (Afrique) du ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, prévient celles-ci qu’une cellule de crise, en liaison avec l’ambassade de France à Brazzaville a été mise en place. Selon des proches de la victime, la justice congolaise refuse dans un premier temps son rapatriement pour des raisons liées à l’enquête. Le directeur exécutif de l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), Roger Bouka Owoko déclarait le 3/02/2008 à un journaliste de l’AFP que” M. Ossébi-Jacquet était brûlé au deuxième degré. Il a demandé une évacuation en France. Mais sur instruction d’un substitut du procureur du Tribunal de grande instance de Brazzaville, il a été interdit de sortir du territoire national, pour des besoins d’enquête, suite à l’incendie “. Par ailleurs Internet Sans Frontières relève une déclaration contradictoire le même jour à l’AFP du porte-parole de la police nationale congolaise, le colonel Jean Aive Alakoua, qui affirmait “qu’à ce jour (3/02/2008 ndlr) aucune enquête n’est ouverte “, ni sur l’incendie ni sur la mort du journaliste. Le rapatriement sanitaire est finalement prévu pour le 3 févier 2008. Le 2 février 2008, Bruno Ossébi-Jacquet décède sur son lit d’hôpital à 1h30 du matin.

Et à l’hôpital militaire de Brazzaville, de quoi exactement est mort Bruno Ossébi-Jacquet?
Toujours le 23/01/2008 un communiqué officiel de l’hôpital militaire de Brazzaville repris par le journal en ligne où collaborait Bruno Ossébi-Jacquet établissait que:

“Bruno est assez grièvement brulé : 30% du corps, au 2ème degré. Il est actuellement sous perfusion et a repris ses esprits. En principe ses jours ne sont pas en danger, sauf s’il contractait une infection. Il est soigné à l’hôpital militaire de Brazzaville, sous la surveillance d’un médecin militaire français, urgentiste et colonel qui ne recommanderait pas spécialement le rapatriement. Mais l’avis du médecin de l’ambassade de France a été requis à ce sujet.“ Selon des proches de la victime joints par Internet Sans Frontières, le pronostic vital du journaliste était réservé. Souffrant de brûlures au second degré, il était “placé sous morphine et commençait à recouvrer sa santé” selon l’un d’eux. Une personne qui lui a rendu visite à l’hôpital précise “qu’il s’était remis à discuter et demandait un blacberry pour pouvoir se connecter à Internet. »

Le 27 janvier, un cousin de la victime, Ogers Ossébi, envoyait un communiqué au même journal le 23 janvier:

“(..)Au jour d’aujourd’hui, le diagnostic vital de M Bruno O. est positif, il est soigné convenablement à l’hôpital militaire de Brazzaville, et la seule préoccupation de la famille est d’aboutir à sa guérison”.

Liberté de la presse en ligne au Congo, plainte contre X en France


Au-delà des questions relatives à la transparence financière et aux turpitudes des affaires liées au pétrole qui ne sont pas nouvelles, c’est surtout la liberté d’expression en ligne au Congo qui est remise en cause. Internet Sans Frontières joint la demande du président de l’Unesco, de l’Observatoire congolais des droits de l’homme ainsi que du comité de protection des journalistes, une organisation basée à New-York pour demander qu’une enquête approfondie soit diligentée afin de lever tous les doutes qui pèsent sur la disparition de ce journaliste et de sa famille. Cette enquête devrait porter à la fois sur les conditions de l’incendie d’une part, puis sur celle du décès d’autre part.

Lorsque la victime à l’étranger d’une infraction est française, la loi française est compétente pour connaître de l’affaire. Egalement, une plainte contre X serait sur le point d’être déposée devant la justice française par pour l’assassinat de Bruno Ossébi-Jacquet.

Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés