Textes de Juliette

21 février 2009
Adia Tshipuku
Le Monde

J.A.: La relève des vautours....

Le président chinois Hu Jintao, qui a achevé sa quatrième tournée africaine le 16 février, a snobé la République démocratique du Congo (RDC), pays qui a pourtant permis à la Chine de s'adjuger le plus grand contrat minier d'Afrique. D'une valeur de 9 milliards de dollars (7 milliards d'euros) ce contrat a du mal à se concrétiser au point de devenir un véritable casse-tête pour la RDC.

Fondé sur le principe du "gagnant-gagnant", l'accord de troc "mines contre infrastructures" prévoit la construction de plus de 5 000 kilomètres de route et autant de voies de chemins de fer, d'une trentaine d'hôpitaux, d'une centaine de centres de santé et de quatre universités.

En contrepartie, la RDC, qui possède 10 % des réserves mondiales de cuivre, devra accorder à la Chine l'exploitation de 10 millions de tonnes d'hétérogénite (un mélange de cuivre et de cobalt) et d'or. Si Pékin a déjà débloqué près de 3 milliards de dollars, la RDC, coincée entre les appels à la prudence des Occidentaux et les prétentions chinoises, a du mal à remplir son contrat. Jusque-là, la Chine n'a pas encore exploité un seul gramme de minerai dans le cadre de ce partenariat. Selon des analystes congolais, la chute du cours des minerais y serait pour beaucoup. Le prix du cuivre était estimé à environ 8 500 dollars la tonne lors de la signature des accords ; il évolue à présent autour de 3 500 dollars, chute qui perturbe les calculs des deux parties.

La RDC est entrée en récession au second semestre 2008. Elle devra s'endetter pour faire face à la crise. Mais où trouver les fonds nécessaires sans se heurter aux exigences budgétaires du Fond monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale ? Le FMI a exprimé ses craintes d'un alourdissement de la dette extérieure de la RDC qui s'élève à 11,5 milliards de dollars. Il reproche à la Chine de ne pas conditionner son aide à la mise en place d'une meilleure gouvernance et souligne des "risques de corruption et de non-transparence". Le FMI a demandé une révision de ce contrat.

Les autorités congolaises ne l'entendent pas de cette oreille. "La Banque mondiale est un conseiller de la RDC. Elle nous a fait une proposition, mais c'est à nous de décider. Le contrat chinois demeure tel quel", a affirmé au Monde, le vice-ministre congolais des mines, Victor Kasongo Omari. Le protocole d'accord légalisant ce contrat a été adopté au Parlement congolais en 2008 sans les députés de l'opposition. Minoritaires, ceux-ci ont boycotté la session, dénonçant "un nouveau contrat léonin". "Nous avons rejeté ce contrat. La RDC n'y gagne rien", explique Albert Mpeti, député du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), principal parti d'opposition. Car les firmes chinoises, exonérées d'impôts, ne contribueront pas au budget de l'Etat avant trente ans. La totalité de l'exploitation minière servira d'abord à rembourser les travaux d'infrastructures (6,5 milliards de dollars) et les bénéfices ne seront partagés qu'à très long terme sur la base de deux tiers pour les Chinois et d'un tiers pour les Congolais.

Étonnée de voir le pays "envahi" par les Chinois, la population n'a qu'une idée confuse de ce contrat. "On voit des Chinois partout, mais ils ne font rien. Pire, ils commencent à prendre nos petits boulots ; ils vendent des beignets au lieu de construire des routes. C'est ça les cinq chantiers ?", s'indigne Théthé Gbagbala, une habitante de Kinshasa, faisant allusion au programme du président Kabila baptisé "cinq chantiers (Infrastructures, Eau-Electricité, Emploi, logement, Education-santé)".

La révision du contrat sera difficile à obtenir par le gouvernement de Kinshasa, écartelé entre la crainte d'une sanction électorale en 2011, la demande de la Chine d'exécuter ses engagements et les appels à la prudence du FMI.

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