Au nom d'une Afrique centrale ensanglantée et traînée dans la boue, et
d'une Afrique déniée de son droit à la souveraineté,
luttons ensemble et maintenant, pour une nouvelle éthique politique,
contre la légitimation d'un enrichissement illicite indécent,
contre une impunité institutionalisée,
et contre des droits de l'Homme à deux vitesses. Juliette AbandoKwe
« L’arme la plus puissante dans les
mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! » Stephen Bantu Biko
9 juillet 2009
Cameroon Tribune
Simon Pierre Etoundi
Au sujet de la route, on
peut discourir pendant des journées entières tant les images qui s’y rapportent sont nombreuses. Mais il y a une formule consacrée qui depuis longtemps semble fédérer les avis à propos de la route.
« Là où la route passe, le développement suit ». Autant dire que la plupart des gens reconnaissent son importance notamment sur le plan économique.
Il s’agit d’un outil qui charrie autour de lui de nombreuses activités. On comprend dès lors le malaise de certaines populations dont le terroir n’est pas desservi par une route convenable. Dans
ces cas-là, on ne manque pas de crier haut et fort sa frustration, son indignation et crier à la marginalisation. A contrario, il suffit qu’une région soit dotée d’une nouvelle route pour qu’une
constellation d’éloges et de louanges éternelles s’élèvent à l’endroit des autorités publiques. Mais dans un cas comme dans l’autre, les uns et les autres se représentent-ils le coût d’une route ?
Car une chose est de vouloir en offrir une, mais encore faut-il avoir les moyens pour le faire.
C’est un secret de polichinelle qu’en l’état actuel de sa trésorerie, l’Etat camerounais ne dispose pas d’énormes fonds pour une « révolution routière ». De sorte que lorsqu’il existe une route, il
est important d’en prendre soin. Dans cette optique, toutes les astuces sont bonnes pour pouvoir assurer l’entretien routier. A ce propos, depuis le 1er janvier 1994, l’Etat du Cameroun a institué
le péage pour pouvoir dégager des ressources qui serviraient à l’entretien routier.
Pour autant, malgré l’instauration de cette taxe, la qualité des routes camerounaises ne s’est guère améliorée. Et les interrogations sont légion sur le fait de savoir où vont les sommes collectées
dans les différents postes de péages disséminés à travers le pays. Et à propos des recettes du péage, lors du conseil de cabinet du 25 juin dernier, le gouvernement a stigmatisé le recul des
recettes du péage routier. Le déficit annuel moyen est chiffré à plus de 3,5 milliards de FCFA. Dans le même ordre d’idées, en matière de pesage, les 1500 kilomètres de routes protégées par le
dispositif de pesage, continuent de subir des dégradations dues aux surcharges, en dépit de l’assainissement opéré dans la gestion des stations.
Ces révélations du gouvernement n’ont pas manqué de raviver l’incompréhension de Monsieur tout le monde qui a tôt fait de lier le recul des recettes à d’éventuels détournements. Du reste, d’après
les conclusions du conseil de cabinet, il ressort que les outils de financement de la politique routière et de protection du patrimoine routier que sont le péage et le pesage, ne donnent pas la
pleine mesure de leur potentialité en raison du facteur humain notamment (sic !). Cela en rajoute donc à l’idée qu’une partie -bonne ?- de l’opinion publique se fait des acteurs de ce secteur.
Peut mieux faire…
Mais en réalité qui fait quoi dans ce secteur ? Depuis l’instauration du péage en 1994, sa gestion est passée tour à tour du Comité interministériel de suivi des opérations de péage routier
(CISOPR), au Programme de sécurisation des recettes routières (PSRR) depuis 2005. Toutefois le CISOPR n’est pas dissous jusqu’à ce jour. Par ailleurs, il apparaît également qu’il y a d’autres –trop
?- intervenants dans la chaîne. Davantage, le PSRR ne dispose même pas d’un personnel propre pour la réalisation et le suivi de ses missions de terrain, à savoir la collecte de la taxe. En tout
cas, pour éviter des conflits d’autorité, on essaie de jouer aux équilibristes entre différentes structures et on fonctionne surtout avec les moyens du bord.
Aussi serait-il simpliste de vouer ainsi aux gémonies, ceux qui, quotidiennement, sont au four et au moulin pour rassembler les ressources qui serviront à l’entretien routier. Ils font ce qu’ils
peuvent pour être à la hauteur de leurs missions. Si leurs résultats étaient aussi catastrophiques, l’Union européenne, le principal partenaire du Cameroun en matière de route, ne se serait plus
engagée depuis, sur les chantiers routiers. En effet, son soutien était subordonné à une meilleure mobilisation des fonds de l’entretien routier. Autant dire que si la vigilance est prescrite, la
situation n’est ni désespérante, encore moins désespérée. Toujours est-il que soucieux de plus d’efficacité, le ministre des Travaux Publics a suggéré l’automatisation urgente des postes de péage
et stations de pesage routiers, parallèlement à la nécessaire réforme du Fonds routier.
Cette prise de position a rencontré l’adhésion du chef du gouvernement. Mais qu’en pensent ceux qui gèrent ces activités aujourd’hui ? Dans l’ensemble c’est la grande réserve. Néanmoins, à la
direction générale des Impôts et particulièrement au PSRR-principal acteur- on affirme que les recettes du péage sont effectivement affectées à l’entretien routier. On reconnaît néanmoins, qu’elles
sont collectées dans un cadre manuel et dans un environnement économique difficile. D’où l’éventualité de quelques dysfonctionnements.
Dès lors, la pertinence de la modernisation de la gestion de cette activité, suggérée par le gouvernement ne souffre d’aucune discussion. Toutefois, il faudrait simplement choisir la solution
appropriée à l’environnement camerounais. Paroles de sage ? Rien n’est moins sûr. En attendant, il faudrait que chaque usager de la route mette la main à la poche. Ce serait déjà ça de
gagner…