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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:55

15 février 2010
Kane Cherif

2010: 50 ans de dépendance

2010 l'Afrique francophone souffle ses 50 bougies d'indépendance ou du moins un demi siècle de dépendance vis-à-vis de la France. Certains pays comme Le Sénégal capitale naguère de l'ex-AOF( Afrique occidentale française) a anticipé l'évènement le 13 février dernier en ouvrant les festivités avec faste dans la capitale sénégalaise dans un stade archi comble pour revisiter l'histoire politique du pays. Qu'est-ce à dire ? C'est un paradoxe pour la plupart des ex-colonies de la France qui n'arrivent toujours pas à décoller économiquement.

Les raisons sont multiples :

- Sur le plan politique. Mauvais départ avec les indépendances offertes gratuitement sans heurts pour beaucoup sauf la Guinée le seul pays en Afrique occidentale qui a dit non à De Gaulle. Au Maghreb, seule L'Algérie a pris les armes pour se libérer du joug colonial. Cette indépendance acquise tranquillement a permis à la France de mettre en place progressivement un réseau occulte pour poursuivre sa domination sur ses ex-colonies autrement dit la Françafrique . Dès lors tout passe par Paris même le choix du dirigeant lequel pour mieux gouverner a instauré un parti unique soi disant pour rassembler toutes les forces vives de la nation. Un fallacieux prétexte pour endormir le peuple et jouer sur le tableau de l'unité nationale. Dans cette perspective , après deux décennies de ballon d'essai, Paris distille la notion de bonne gouvernance par le biais de la démocratie. Une condition que Paris exige pour l'aide au développement. Cette nouvelle vision est partagée par certains , mal assimilée par d'autres ou pas suivie du tout . 50 ans après combien sont-ils à appliquer aujourd'hui l'alternance démocratique ? On peut les compter sur les bouts du doigt. Le Sénégal qui servait d'exemple avec l'arrivée au pouvoir du président Abdoulaye Wade en 2000 est aujourd'hui désigné comme le mauvais élève et le plus mal placé en matière de respect des libertés.

- Sur le plan économique. Depuis 1960, L'Afrique subsaharienne notamment a choisi le statu quo c'est-à-dire une économie extravertie tournée vers l'extérieur. La priorité est donnée aux cultures d'exportation( par exemple arachide, café , cacao etc.) au détriment des cultures vivrières( mil, riz, maïs .). Ce qui a conduit forcément à la détérioration des termes de l'échange voulu par l'ex -puissance colonisatrice. Les africains achètent plus chers leurs propres produits parce que transformés ailleurs. 50 ans après on est loin de l'autosuffisance alimentaire. Rappelez-vous les émeutes de la faim presque partout en Afrique. Emeutes qui viennent nous confirmer l'incapacité des dirigeants africains à mener une politique cohérente en matière agricole. Mais comment peut-on être indépendant économiquement si on n'est pas politiquement indépendant ?

- C'est la même question qui se pose sur le plan du système éducatif copié sur le modèle français. C'est ainsi que les écoliers africains ont subi malgré eux plusieurs réformes qui ont accordé plus d'importance à la langue française qu'aux langues nationales avec des moyens dérisoires et une carence de matériels didactiques ou quelques fois décalés avec la réalité socio-économique du pays.50 ans après ce sont le FMI et la banque mondiale qui continuent d'imposer leur diktat avec en toile de fond la réduction drastique de fonctionnaires et notamment d'enseignants bien formés. Résultats : hécatombe au niveau des résultats du Bac et plus de place à l'enseignement privé. Comment le citoyen sénégalais peut-il avoir confiance en ce système où ce sont les élites eux-mêmes qui préfèrent envoyer leur fils à l'étranger pour des études ou dans des écoles privées de la place les plus cotées ?

- Sur le plan de la santé c'est encore catastrophique. Le paradoxe sénégalais est édifiant. Et c'est valable pour beaucoup de pays africains exceptés la Tunisie et le Maroc où des progrès dans ce domaine sont notoires. Peu d'hôpitaux et ceux qui existent manquent cruellement d'équipements adéquats et de personnels. Les médicaments coûtent chers dans un pays comme le Sénégal pionnier pourtant dans l'enseignement de la médecine. Les élites de ce pays comme dans d'autres pays africains préfèrent aller se soigner encore une fois à l'étranger en Europe au Maroc ou en Tunisie.

Ce bref tour d'horizon nous montre le chemin qui reste à parcourir. 50 ans après, les populations africaines vivent dans la précarité avec une fracture sociale énorme, la majorité des Etats piétinent, minée par des contradictions internes, des guerres et des coups d'Etat( militaire ou civil) dont les derniers en date : Mauritanie, Guinée et Niger. Cependant cette dépendance est moins visible à l'heure actuelle par le fait que beaucoup de pays ont compris la nécessité de diversifier leur partenariat notamment avec les pays dits émergents : la chine, le Brésil et l'Inde. Autre explication : le durcissement des lois contre l'immigration en Europe a conduit notamment aux élites africaines d'aller ailleurs pour étudier ou pour s'installer plutôt qu' en France par exemple au Canada ou aux Etats-Unis. La France n'est plus un mythe. Par ailleurs, l'immobilisme des pouvoirs publics réside dans le fait que ce n'est pas en fait parce les africains manquent de cadres compétents ou de moyens ou manquent d'électricité, souffrent de famine qu'ils sont pauvres. C'est parce qu'ils sont plutôt pauvres qu'ils ont tous ces problèmes.

La vraie question n'est -elle pas dans l'instauration d' un état de droit qui fait défaut dans la majorité des pays ? Ce qui a fait dire à un économiste américain Paul Romer, un des pères de la théorie de la croissance endogène qu'il faut aider les pauvres autrement par le système de charter cities c'est-à-dire des villes à charte pour la bonne gouvernance. Son idée consiste à bâtir des dizaines voire des centaines de villes qui seraient gérées en partenariat par un pays riche et un pays pauvre. Pour lui, il s'agit pour le pays pauvre de céder un pan de son territoire pour un pays développé qui l'administrerait de telle sorte à l'enraciner dans un Etat de droit. Cette stratégie de contournement a cependant des limites vu le caractère aléatoire des régimes politiques en question. D'aucuns y verraient un néo-colonialisme qui ne dit pas son nom mais par contre les charter cities auraient le mérite pour les populations d'émigrer dans de meilleures conditions puisque le citoyen aura désormais le choix entre une puissance étatique et un état faible. Une idée qui ne laisse personne indifférente.


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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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