Textes de Juliette

23 mars 2012

KamerKongossa

Le blog de Ngimbis

 

Laissez la femme camerounaise tranquille!

 

J’ai passé le 8 mars dernier à Douala. Rue de la joie fermée, l’ambiance a pris un sacré coup. Néanmoins, Douala c’est Douala hein ? La ville qui ne dort, pas. Donc, tant bien que mal, les femmes ont soulevé les kabas dans les gargotes et les snacks de quartier. Et moi j’étais là…

 

http://img.over-blog.com/300x300/2/19/54/40/C-1-Rdv/Femme_Misereuse.jpgCe qui m’a assez déplu, c’est le déploiement de pruderie qui a entouré cette fête. Depuis quelques années, déjà, certains esprits bien-pensants montent au créneau chaque 8 mars pour dicter aux femmes les dix commandements de leur journée : tu ne boiras pas de bière à l’excès, tu rentreras te coucher avec ton mari (si tu en as un), on ne te verra pas en train de soulever le kaba devant le premier venu, tu feras preuve de dignité même dans la fête etc.

 

Même la ministre en charge des questions relatives aux femmes a cru bon de se fendre d’un communiqué pour appeler les femmes à la retenue. Conneries !

 

Quittons Douala un moment. Pour bien comprendre la situation et la condition de la femme dans ce pays, il faut revenir à Yaoundé.

Lieu dit Mvog Atangana Mballa.

 

D’un côté le marché mondial, entendez le marché aux putes. Des  dizaines de filles, de toutes les tailles, tous les âges, toutes les couleurs qui vendent leurs charmes à des prix défiant toute concurrence. Debout au bord de la rue ou assises dans les bars (notamment le fameux Nous Deux, le bar qui n’a jamais eu de portes parce qu’il ne ferme jamais).

 

De l’autre côté de la rue, il ya un autre marché, le marché des vivres de Mvog Atangana Mballa. Là aussi des femmes, des revendeuses, les fameuses Bayam sellam. Des femmes fortes, pleines d’énergie, qui écument les villages et les zones rurales et ramènent des vivres qu’elles vendent sous le soleil ardent de Yaoundé. L’âme de nos marchés, la mamelle nourricière de notre Royaume.

 

Or, si vous vous baladez dans la zone de Mvog Atangana Mballa vers les deux heures du matin, vous contemplerez un triste spectacle. D’un côté, les putes, alignées comme des soldats pour la revue des troupes, grelottant sous le froid mordant dans des tenues défiant la météo yaoundéenne. Des passes dans des auberges mal famées, sur des lits sales et répugnants. Saleté, maladie, pauvreté.

 

De l’autre côté de la rue, les revendeuses, les bayam sellam, dormant à même le sol sale, boueux ou poussiéreux selon les saisons, auprès de leurs marchandises. Pas de magasins, pas de gardiens, pas de dortoirs, la marchandise dort sur les trottoirs, les revendeuses aussi. Des mères, des sœurs, des amies, couchées à même le sol dur et malsain, se battant avec les moustiques gros comme des seringues ; attendant l’aube pour aller rôtir au soleil derrière un comptoir pauvrement garni.

 

J’ai vu ça et j’ai compris. Le mythe de la femme-objet est bien réel sous nos latitudes. Elle nourrit les ventres affamés et satisfait les appétits sexuels des bas ventres en manque. Voilà pourquoi on ne s’émeut pas de la voir dormir sur le trottoir. La même femme couchée sur le même trottoir à cause de la vapeur de quelques bières  et voilà les hypocrites lancés dans de longs discours sur la dignité et la décence.

 

La journée Internationale de la Femme n’est pas une fête vide à cause de l’absence de réflexion, elle est vide parce qu’il est impossible de vouloir faire en une journée ce qu’on aurait dû faire en un an. Elle est vide parce que la réflexion sur le statut de la femme devrait être une priorité de chaque heure, mais ne l’est pas. Elle est vide parce qu’on instrumentalise toute une frange de la population camerounaise pour justifier des dépenses qui se muent inexorablement en détournements.

 

Que de séminaires soporifiques, de pagnes de mauvais goût, de thèmes grandiloquents et vides de sens, d’ateliers de réflexion stérile pour ces êtres qui constituent le socle de notre société !

 

En 2012, la femme camerounaise, est encore battue, excisée, mutilée, violée, spoliée, sans que cela n’émeuve personne.

 

Je salue le combat de quelques associations qui se battent pour qu’on arrête de « repasser » les seins des jeunes filles, que les mères trouvent le courage de dénoncer les maris qui violent leurs propres enfants, que la succession ne soit plus un mauvais roman qui se termine dans la douleur et le sang, que la société arrête de fermer les yeux sur les crimes des hommes pour peu qu’il déclarent « c’est ma femme », que le mot tradition ne soit plus un prétexte pour spolier tout un genre. J’observe tous ces combats et rarement, je vois des actes forts, comme si même dans les plus hautes sphères, on s’était résigné à vivre par procuration, à être femme à travers un homme.

 

Allez-y mes mamans ! Allez-y mes chéries ! Soulevez les kabas ! Soulevez les coudes au besoin. On ne vit qu’une fois, tant mieux si c’est un 8 mars. Vous n’avez de leçon de dignité à recevoir de personne. Votre existence dans cette société stupidement machiste est en elle-même la preuve de votre courage et de votre détermination. Et si des esprits bien-pensants veulent vous refuser le droit à la fête, le droit à la folie d’un jour, envoyez-les à Mvog Atangana Mballa.

 

Peace mes mères, Peace mes sœurs !

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