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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 01:23

1er février 2011

Juliette Abandokwe

 

 

En Suisse, le Conseil Fédéral ne connaissait rien, dit-il, des réalités de la dictature de Moubarak l’Egyptien. En fait, la digne Confédération helvétique fait l’innocente depuis des années pour pouvoir continuer à développer ses marchés d’armements vers l’Egypte. Les rapports accablant d’Amnesty International sur la situation des droits de l’homme dans ce pays, ont été commodément écartés par les autorités helvétiques, qui donne ainsi systématiquement sa bénédiction à l’exportation de matériel de guerre vers l’Egypte, comme au bénéfice aussi d’autres régimes autoritaires au Proche-Orient, en Arabie Saoudite, aux Emirats arabes, entre autres.

 

Selon International Peace Research Institute (SIPRI) à Stockholm, la Suisse a vendu pour pas moins de 162 millions de francs suisses de matériel de guerre à l’Egypte entre 1984 et 1987. Selon les chiffres du Département fédéral de l’Economie (SECO), la Suisse a vendu en 2006 pour 3 226 797 de francs suisses d’armement à l’Egypte, notamment des armes de poing. En 2007, le même type d’armes a encore été vendu au gouvernement égyptien pour 1 066 229 francs, en 2008 pour 30 960 francs et en 2009 pour 399 889 francs.

 

Les autorités suisses continuent à régulièrement contourner et à manipuler la législation en matière d’exportation de matériel de guerre, pour pouvoir justifier et développer ses marchés.

 

En juillet 2006, le Conseil Fédéral et son chef du Département des affaires étrangères, l’apparemment très pacifique Micheline Calmy-Rey, avaient autorisés la vente vers le Tchad d’avions Pilatus, considérés, soi-disant naïvement, comme un avion d’entrainement. Idriss Deby s’était ensuite empressé de transformer sa nouvelle acquisition en avion de combat. La Suisse, outrée par les accusations de mauvaise foi, avait mollement accusé Idriss Déby de trahir leurs accords. Pourtant, Mme Calmy-Rey, ayant voyagé au Tchad, connaissait parfaitement l’instabilité et les graves tensions qui y régnaient, entre la rébellion dans la région frontalière avec le Soudan ainsi que la présence de milliers de réfugiés en provenance du Darfour.  Et pourtant, c’est sans état d’âme aucune que le gouvernement helvétique avait autorisé l’exportation de potentiels avions de combat, se rendant implicitement coupable de complicité aux crimes de guerre contre les populations civiles tchadiennes.

 

« Fondé en 1939, le groupe Pilatus a son siège principal à Stans (Nidwald).
L'entreprise est numéro un mondial de la construction d'avions monomoteur à turbo-propulsion. Outre les usines de Stans et les filiales d'Altenrhein (St-Gall) et Genève, le groupe possède deux filiales aux Etats-Unis et en Australie. En 2005, le chiffre d'affaires du groupe a atteint 34 millions de francs avant impôt. La même année, il a vendu 89 appareils. Le groupe emploie 1330 personnes. »

 

Dans les années 70 et 80 déjà, ces avions avaient été vendus notamment au Nigeria de l’après-guerre du Biafra, à la Birmanie, au Guatemala, au Mexique, au Chili, à la Bolivie, à l'Irak, à l'Angola. Dès le début des années 80, le gouvernement suisse était parfaitement conscient que ces avions étaient utilisés comme avions de combat. Et pourtant, le commerce de matériel de guerre avait continué.

 

Autant que la tyrannie de dictateurs au pouvoir depuis des décennies, dont certains se préparent à passer le relais à leurs incompétente progéniture, si ce n’est pas déjà fait à l’instar du Gabon ou du Togo, ces marchés criminels doivent être dénoncés en bloc. Certains groupes suisses de pression incriminent ce commerce de la mort depuis des décennies déjà, mais sans grand effet, les autorités suisses argumentant toujours très astucieusement l’enjeu économique énorme du marché de l’armement, devant un public suisse souvent béat d’admiration devant une gouvernance qu’il pense irréprochable.

 

Ce soutien implicite aux dictatures en Afrique, qui règnent sur leurs populations par la terreur et à travers la censure pure et simple de leurs droits électoraux par la force militaire, est d’autant plus grave qu’il s’accompagne d’une des politiques d’immigration les plus dure d’Europe. Sous le couvert d’une neutralité extrêmement douteuse, la Suisse pratique ainsi au quotidien le bon vieil adage « du beurre et de l’argent du beurre ». La laitière est largement spoliée, et d’un air le plus innocent du monde, la Suisse participe à la répression et à l’assassinat de millions de personnes sur le continent africain. Elle couvre simultanément les exactions de régimes répressifs à outrance, cautionnés par une communauté internationale obsédée par ses intérêts commerciaux, en clamant dans les rapports de demandes d’asile que ces pays ne souffrent pas de guerre. Et pourtant la répression garantissant une gouvernance pourrie par la corruption dans ces pays, empêchant les populations de vivre de manière décente, est bel et bien alimentée notamment par la production suisse d’armes de guerre.

 

Un autre aspect de  la responsabilité de la Suisse est représenté par son recel de biens mal acquis, s’accumulant de manière indécente dans les comptabilités d’établissements bancaires et hôteliers suisses. Des présidents africains « librement et démocratiquement » élus, vivant en Suisse comme notamment Paul Biya du Cameroun jusqu’à 10 mois par an, règnent sur leurs populations depuis souvent plus de 25 ans par la répression armée. Les électeurs africains votent pratiquement le pistolet pointé sur leur tempe, pour un dirigeant qui les pille et les muselle de façon institutionnalisée au quotidien. Voilà donc encore un sombre volet de l’implication de la Suisse dans les crimes contre l’humanité, constitué par l’étouffement systématique dans le sang des contestations de populations excédées. La Suisse contribue donc activement à l’établissement et au maintien de peuples de sans voix, par l’intermédiaire de son commerce d’armes de guerre.

 

La neutre Suisse cautionne et alimente en toute discrétion les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité dans plusieurs états africains, dont le commerce est notamment lié aux importants  trafics transnationaux d’armes légères, et bâtit son succès et sa richesse sur les ossements humains des victimes de son commerce. Les Suisses sont parfaitement conscients, mais ils préfèrent maintenir la production d’armes de guerre, pour préserver le marché de l’emploi.

 

Voilà donc encore un pays, qui comme la France, fait comme la grenouille qui voulait se gonfler pour atteindre la taille de son ami le bœuf.

 

Jean de la Fontaine nous a bien expliqué ce qui est arrivé finalement à la grenouille.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Articles de Juliette
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