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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 14:06

 

26 août 2011
Renette Marceline Djukoua

 

 

 

 

« Au Cameroun de Paul Biya » (Fanny Pigeaud Ed. Karthala) et « Contre Biya – Procès d’un tyran » (Patrice Nganang, Ed. Assemblage), seraient, si l’on en croit la presse came­rounaise, des livres qui dérangent le pouvoir RDPC installé depuis 1982. Si ces ouvrages sont aussi considérés par certains zélateurs du pouvoir comme faisant partie de la « litté­rature de vitriolage », nous les considérons, nous, comme faisant partie d’une littérature prérévolutionnaire. Celle qui lève un coin du voile sur l’ignominie d’un régime vieux de 29 ans et qui n’a réussi à se maintenir que par la fourberie, la terreur, le saupoudrage et toutes sortes d’artifices dont s’abreuvent les tyrannies


Dans son livre, Fanny Pigeaud commence par constater que le régime de Paul Biya n’est en réalité qu’un prolongement de celui d’Ahidjo, avec quasiment les mêmes pratiques. Les deux hommes ont en commun d’être des fantoches, installés par le colonisateur, qui sa­vait pouvoir, à travers eux, continuer à exploiter les richesses du Cameroun. La journaliste française fait ensuite une critique sans concession de la société camerounaise des an­nées Biya. Des années au cours desquels l’homme a assis un pouvoir personnel, aidé en cela par une armée qui n’hésite pas à tirer à balles réelles sur sa propre population (fé­vrier 2008 pour ne citer que cet exemple-là)


29 longues et pénibles années au cours desquelles le tribalisme a presqu’été institution­nalisé, tout comme la corruption et les détournements de fonds public orchestrés, pour la plupart, par des proches du chef de l’Etat. Fanny Pigeaud constate enfin que le bilan éco­nomique de Paul Biya est tout simplement catastrophique. Le taux de croissance atteint à peine 5% alors que le chômage est galopant et les entreprises ne jouissent pas toujours d’une bonne santé financières et sont parfois au bord de la banqueroute.


C’est surtout sur le plan intellectuel que le régime de Monsieur Biya va laisser un lourd passif difficilement surmontable pour les générations futures. L’éducation est au rabais, les universités se vident de leurs meilleurs enseignants qui vont chercher un mieux-être sous d’autres cieux alors que ceux qui restent, signent de plates motions de soutien à Paul Biya. Fanny Pigeaud parle de la « mise à l’écart de la pensée ». « Si sous Ahidjo la pensée dissi­dente a été réprimée, il ne semble plus y avoir de pensée du tout, après trente années de régime Biya », constate joliment l’auteure.


Certaines réactions à la publication du livre de Fanny Pigeaud ont été pour le moins sur­prenante. D’abord, d’aucuns, fidèles à la sempiternelle théorie du complot, n’y voient que la main d’un groupuscule d’individus qui veulent déstabiliser le Cameroun, alors que d’autres estiment tout simplement que Madame Pigeaud a, par son livre, participé à ternir l’image du Cameroun à l’étranger.


De cette fameuse image du Cameroun, parlons-en.

A dire vrai, l’image du Cameroun n’a pas attendu le livre de Fanny Pigeaud pour être ter­nie. Elle l’est tous les jours, par les actes que posent les Camerounais, chacun dans son secteur d’activité et dont parle si abondamment la presse locale. Il suffit aujourd’hui, où que l’on se trouve dans le monde, de cliquer sur son ordinateur pour avoir une jolie pho­tographie du foutoir qu’est le Cameroun, ce pays dont une délégation officielle peut être séquestrée en pleine Coupe du Monde junior en Colombie dans un hôtel pour filouterie alimentaire !. En clair, et pour dire les choses simplement, parce que des gens ont mangé et ont refusé de payer. Y a-t-il mieux pour nuire à la réputation d’un pays ?


Au-delà des pages de publicité que les dirigeants camerounais prennent dans les jour­naux français et américain pour tenter de se donner une bonne image, il y a la réalité. Une réa­lité implacable. Le Cameroun est un pays où les mauvaises routes, en un seul week-end font 50 morts sans que ces malheureux aient l’honneur de la une des journaux, telle­ment c’est banal. Y a-t-il mieux que cela pour ternir l’image d’un pays ?


La réalité du Cameroun, ce sont ces morts du choléra dont la presse se fait le plaisir du décompte macabre, y compris dans la capitale, Yaoundé, où des quartiers entiers passent des mois sans eau, où des écoles sont sans toilettes et où la population, dans certains coins, s’abreuvent à l’eau des puits ou des marigots. Y a-t-il mieux que cela pour ternir l’image d’un pays ?


De quelle image parlons-nous, lorsque le Cameroun a été, à deux reprises classés cham­pion du monde de la corruption ? Plus grave, le phénomène prospère et a quasiment été institutionnalisé. Dès l’aéroport de Yaoundé ou de Douala, sur nos routes, dans les bu­reaux de l’administration camerounaise, dans les universités et autres grandes écoles, le bakchich est une pratique courante qui n’émeut plus grand monde. Les touristes, dès leur arrivée au Cameroun en font l’amère expérience. Quoi de plus terrible pour ternir l’image du Cameroun à l’étranger ?


Dans les hôpitaux camerounais, notamment dans ceux de Yaoundé, il existe carrément des prisons où on garde captives de jeunes mamans qui viennent de donner naissance et qui, appauvris par la faute d’un gouvernement incapable de créer des emplois, ne peuvent pas payer les frais. Quand un pouvoir a atteint un tel niveau de cruauté, quelle image voulez-vous qu’il ait à l’étranger ?


Le Cameroun s’est doté d’une constitution en janvier 1996. Laquelle créait de nouvelles institutions. 15 ans plus tard, l’on attend toujours que ces nouvelles institutions entrent en vigueur. Y a-t-il donc mieux que cela pour illustrer le niveau d’apathie des dirigeants d’un pays ?


La vraie image du Cameroun à l’étranger, c’est celle de son chef. Paul Biya. Un des rares dirigeants au monde qui peut s’autoriser des escapades de 40 jours à l’étranger sans que le citoyen lambda ne sache où est son chef. C’est également l’image de cet homme de 78 ans, dont 29 passés au pouvoir et qui a modifié la constitution pour s’y éterniser.

Quoi de plus terrible pour ternir l’image d’un pays que celle de son dirigeant, dont on sait que les conseils de ministres, pour lui, ne sont que pures futilités. Les rares fois où il en tient, Cameroon Tribune et la CRTV, ses instruments de propagande, en font un événe­ment exceptionnel. Quel est donc ce pays où il faut fouiller longtemps pour retrouver la dernière fois où son chef, au pouvoir depuis 29 ans, a mis les pieds dans une université pour aller au contact de la jeunesse qu’il qualifie pourtant de « fer de lance de la Nation » ?


Quoi de plus ridicule pour l’image du Cameroun, quand on apprend dans le monde entier que le parti au pouvoir peine à organiser un simple congrès, qu’à deux mois d’une prési­dentielle, personne ne sait même pas la date où se tiendra le scrutin…


Des exemples d’incuries de ce genre peuvent être multipliés à l’infini, dans tous les sec­teurs de la société camerounaise. Ils montrent que le Cameroun est couché. Le Came­roun est une de ces Républiques bananières qui méritent de se moderniser. Les nationa­listes et autres patriotes de la dernière heure doivent simplement comprendre que l’heure est ve­nue pour notre pays de faire sa révolution.


D’ici, je vois le Renouveau envoyer nos enfants dans les rues dans les prochains jours, soi-disant pour « barrer la route à l’ingérence de la France et de la communauté interna­tionale ». Il ne faut pas accepter pareille imposture. Ce serait faire preuve d’une incohé­rence spectaculaire. Il faut bien le savoir : Paul Biya n’a pu se maintenir au pouvoir pen­dant toutes ces années que par le soutien de la France qui d’ailleurs l’installa par l’entremise d’AUJOULAT. Si aujourd’hui, ses mentors d’hier décident de s’en débarrasser, il ne faut pas s’en plaindre, mais se battre nous-mêmes pour trouver un successeur légitime et pas du tout fantoche qui viendra perpétrer les vols de la France au Cameroun.


29 ans de Renouveau, ça suffit ! Les motions de soutien et autres appels du peuple fabri­qués ne doivent pas tromper le président Biya qui doit écouter ces cris sourds des Came­rounais qui lui demandent de partir, de céder le pouvoir. C’est en cela que nous rejoi­gnons Patrice NGANANG dans son livre, « Contre Biya – Procès d’un tyran » : « Si le prési­dent du Cameroun avait des conseillers aussi intelligents qu’ils sont diplômés, ils lui au­raient dit ceci: "Monsieur le président, êtes-vous sourd ? Voulez vous vraiment être candi­dat à l’élection prochaine ? N’entendez-vous pas cette voix qui vous interpelle de Tunis au Caire ?

Qui vous conseille d’aller en retraite ?" », a-t-il écrit


Une chose est sûre : les aspirations des Camerounais au changement sont fortes. Etran­glés par le chômage, la misère, les injustices sociales de toutes sortes, ils veulent en finir avec ce régime visiblement agonisant et qui n’a plus rien à leur proposer. Le président de la Répu­blique, son excellence Paul Biya, a une occasion unique de rentrer dans l’histoire, malgré son bilan difficilement défendable. Qu’il laisse le pouvoir et organise une élection libre et transparente.

 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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