Partager l'article ! Cameroun : Autophagie et burlesque fin de règne du pouvoir RDPC: 6 août 2012Correspondance : Abanda Kpama Président National du MANI ...
Aujourd'hui c'est Aujourd'hui!
Au nom d'une Afrique centrale ensanglantée et traînée dans la boue, et
d'une Afrique déniée de son droit à la souveraineté,
luttons ensemble et maintenant, pour une nouvelle éthique politique,
contre la légitimation d'un enrichissement illicite indécent,
contre une impunité institutionalisée,
et contre des droits de l'Homme à deux vitesses.
Juliette AbandoKwe
« L’arme la plus puissante dans les
mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! »
Stephen Bantu Biko
6 août 2012
Correspondance : Abanda Kpama
Président National du MANIDEM
Lente agonie sur fond d’échec économique.
Acculé de toutes parts, le régime du « renouveau »
est entré dans une tragique mais comique agonie.
Après un très long règne de plus de 30 ans, le régime au pouvoir à Yaoundé n’a plus les ressorts
nécessaires et suffisants pour son maintien. Il est à bout de souffle. La très mauvaise situation économique et sociale du pays explique l’essentiel des difficultés que connaît le régime. Une
politique économique qui a fait fi de la prévision, de la prospective, de la programmation et de l’audace a été conduite trente ans durant par le pouvoir RDPC. Comme cela était prévisible, elle a
lamentablement échoué. Après avoir été un pays à « revenus intermédiaires » en 1970, pouvant raisonnablement espérer à l’émergence à la fin des années 1990, le KAMERUN a plutôt sombré dans
la catégorie des pays pauvres très endettés. Vingt ans durant, de 1988 à 2008, le KAMERUN a été sous ajustement structurel, sa politique économique anti-développement étant pilotée depuis BRETTON
WOODS par le FMI et la Banque Mondiale.
Le pays est sorti exsangue de cette terrible cure d’austérité. Depuis 2006, date de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, les KAMERUNAIS attendent en vain la mise en route d’une
politique économique de développement basée sur la production industrielle et agricole nationale, génératrice de croissance et d’emplois. Au lieu de cela, le régime nous sert des slogans
creux. Grandes ambitions depuis 2004 et grandes réalisations depuis 2011. En 2009, un document déclinant la vision du pouvoir pour les 25 prochaines années a été rendu
public.
Le DSCE dont le démarrage était prévu le 1er janvier 2010 sort péniblement, depuis un mois, de son sommeil comateux. Le Chef de l’Etat a organisé un voyage en grandes pompes à NYAMBIZA pour…
poser la première pierre du barrage hydroélectrique de MENVE’ELE dont la construction sera terminée, nous dit-on, en 2016 ! Un autre voyage du même type se prépare pour le site de Lom et PANGAR.
Au total donc, plus de deux ans et six mois après le lancement du DSCE, aucune des réalisations dites structurantes n’a véritablement pris corps. Or la première phase du DSCE s’achève en 2020,
dans 7 ans.
Les infrastructures énergétiques, les voies ferrées, les routes et les ports sont les infrastructures de base qui permettraient à l’industrie, à l’agriculture, aux transports et aux commerces de
s’implanter et de s’épanouir sur notre territoire. Une institution à l’expertise avérée comme le RACE (Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie) estime que le déficit énergétique actuel
du KAMERUN est de 500 MW. Si des infrastructures ne sont pas construites rapidement, en tenant compte des besoins à venir des industries de bauxite, de fer, de cimenterie, sans parler des besoins
croissants des ménages, le déficit en 2020 sera de 2000 MW ! Il est évident que les dirigeants actuels du pays n’ont pas une claire conscience de ces enjeux. Rien n’est fait dans le domaine
ferroviaire. Il faudrait un vrai plan global pour les infrastructures de communication.
Au lieu de cela, on assiste à des balbutiements ; que fait-on de l’autoroute stratégique Yaoundé – Bafoussam Douala – Yaoundé ? A quand le pont sur le Wouri (BEKOKO – BONAMOUSSADI) qui
permettrait, venant de Bamenda, Nkongsamba ou LIMBE de rejoindre l’autoroute Douala –Yaoundé sans entrer dans la ville de Douala ? A quand la voie ferrée BAFANG – Kumba – Douala – Kribi ? A quand
la route Bertoua – MEIGANGA – Yoko – Bafoussam ? Ce sont là des infrastructures routières et ferroviaires qui permettraient de désenclaver un grand nombre d’arrondissements et de
départements, et qui favoriseraient l’implantation d’entreprises industrielles et agro-industrielles dans tout le pays ainsi que les échanges commerciaux. Le développement égal des régions et le
développement économique du pays sont à ce prix. En attendant, le Gouvernement de M. BIYA fait de la navigation à vue.
Le désastre social comme cause des conflits sociaux
La débâcle de l’économie KAMERUNAISE a créé un véritable désastre social. Les principales victimes de ce désastre sont les Jeunes. D’après le DSCE, le chômage et le sous-emploi touchent 70% de la
population active du pays, la majorité étant des Jeunes. En 2012, le Ministre de l’emploi, Zacharie PEREVET a révélé que 3 millions de jeunes KAMERUNAIS ayant un diplôme sont à la recherche d’un
emploi !
Pour un pays qui compte 18 millions de citoyens et 20 millions d’habitants on doit parler de catastrophe naturelle. Le même DSCE nous apprend que 40% de la population KAMERUNAISE vit en dessous
du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 400 FCFA par jour en moyenne ! Seulement 30% de la population a accès à l’eau potable et plus de la moitié de notre population n’a pas accès à
l’électricité. Avec les dernières augmentations du prix de l’électricité, il est certain que la proportion des « non éclairés » augmentera elle aussi. Quand aux soins de santé, ils sont pour
l’essentiel assurés par les institutions confessionnelles, les tradi-praticiens et les charlatans ; sur ce plan, la faillite de l’Etat est avérée. Seule une poignée de nantis peut s’offrir des
soins de qualité.
En conséquence, l’espérance de vie d’un KAMERUNAIS est descendue en-dessous de 50 ans, inférieure à celle d’un Gabonais ! C’est sur cette toile de fond économique et sociale de désolation
que se multiplient les conflits sociaux et les revendications des citoyens qui rythment la vie de la Nation. Les KAMERUNAIS ont acquis la conviction que le régime de M. Biya est incapable de se
reformer et donc de résoudre leurs problèmes. D’où la multiplication des sit-in, des grèves, des manifestations de rue, des incivismes. Le peuple KAMERUNAIS organise sa résistance. Celles des
élites qui ne sont pas corrompues accompagnent cette résistance populaire par des contributions intellectuelles toujours plus osées et par des tentatives parfois fécondes d’encadrement du
mouvement social. C’est le sens du foisonnement des associations de la société civile.
Mais même dans le camp de M. Biya et de son parti le RDPC, la révolte couve. Des cadres du RDPC n’hésitent plus à dire haut et fort que la politique menée par le régime est vouée à l’échec et
qu’il faut un renouvellement de l’équipe dirigeante. Cette conviction a amené bon nombre de prétendants au fauteuil présidentiel à préparer la bataille de 2011, ne se doutant pas que M. Biya
solliciterait un nouveau mandat. Mal leur en a pris. Profitant de l’opération « épervier » dictée par les « partenaires en développement », M. Biya a éliminé par l’emprisonnement tous les rivaux
internes, transformant du coup des présumés criminels en col blanc en prisonniers politiques. Les cas précis d’EDZOA, OLANGUENA, ATANGANA MEBARA et MARAFA jettent un immense discrédit sur la
sincérité de la campagne d’assainissement des mœurs. Le fait est que plusieurs clans se sont formés au sein du RDPC et chacun d’eux ambitionne de prendre le pouvoir d’Etat une fois l’hypothèque
Biya levée. Les KAMERUNAIS assistent ébahis à l’autophagie du régime de M. Biya.
En prenant en compte les 500 dossiers en instance du Ministère du Contrôle Supérieur de l’Etat et les 100 dossiers du Ministères de la Justice tels qu’annoncés pas MM. Etame MASSOMA et Amadou
Ali, c’est la totalité de l’élite du RDPC qui se retrouverait en prison si l’opération « épervier » devait se poursuivre avec fermeté et équité. Qui ne comprend qu’une telle situation serait
inédite. Ceux qui ont la prétention de gérer le KAMERUN sont tous, à quelques exceptions près, des malfaiteurs. N’est-ce pas là la preuve que le régime de M. BIYA a perdu toute légitimité. La fin
de règne se profile à l’horizon ; elle suscite inquiétude à cause des risques de déstabilisation politique qu’elle projette, mais elle suscite aussi des éclats de rire et de la moquerie des
petites gens qui se délectent de voir les puissants d’hier et d’aujourd’hui s’entredéchirer, perdre sommeil et arrogance et n’avoir pour seule perspective que la prison ou l’exil.
L’Histoire est en marche. Le régime est rattrapé par sa mal gouvernance, ses mensonges et ses tromperies. Plutôt il rendra le tablier, mieux il négociera sa sortie. Autrement,
l’ouragan social se chargera de le déloger et de lui faire rendre gorge.