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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 11:37
 
28 avril 2010
Jean-Marc Soboth
 
Une enquête judiciaire ordonnée par le chef de l'Etat dans l'affaire Bibi Ngota? Marrant, très marrant! Je me demande bien comment cela va se passer dans la pratique. Quel rôle pour Laurent Esso, magistrat hors hérarchie, secrétaire général de la présidence de la République, mis en cause? Il est considéré dans la tradition administrative française comme "le président de la République en pointillés"; un doux euphémisme qui veut dire qu'il est le vrai chef de l'Etat du quotidien, du moins tant qu'il a la confiance de son ami Paul Biya. Il est le factotum de la République. Il est aussi le grand Manitou de la Magistrature dont il abrite annuellement le redoutable Conseil supérieur au Palais de l'Unité.
 
En clair, c'est donc Laurent Esso qui est l'initiateur de l'enquête sur une affaire macabre dont il est le principal accusé et, en même temps, le donneur d'instructions à la machine judiciaire à travers le vice-premier ministre, ministre de la Justice, garde des sceaux, Amadou Ali, qui est son dévoué bras séculier, lui obéissant au doigt et à la lettre...
 
C'est pour faire plaisir à ce magistrat au machiavélisme avéré qu'une procédure judiciaire cavalière - allant du vulgaire kidnapping pour gentilles séances de torture à l'incarcération pour crime de protocole d'interview et à la mort - a été infligée aux journalistes dès février 2010. Parce que c'est lui qui fait toute l'administration/politique du chef de l'Etat et qu'il ne va surtout pas être remercié pour si peu, c'est donc lui qui supervisera jusqu'à la composition de la commission d'enquête tant applaudie dans cette "affaire grave" (dixit la mère du défunt confrère) ou, par la grâce de la nature, il deviendra: plaignant, juge, partie, tiers-partie, enquêteur-superviseur, arbitre, réalisateur et responsable du plateau...
 
Tout va donc dépendre de lui: c'est à Laurent Esso qu'on viendra remettre les conclusions de l'enquête, pince sans rire... C'est lui qui va ensuite en instruire l'exploitation et proposer des orientations au chef de l'Etat et à la Chancellerie. En somme, une procédure incroyablement "indépendante", à la sauce Gombo! Et comme une immense marmaille festoyant, le public camerounais exulte collectivement face à une telle magnanimité, magnifiant comme les pauvres diables du Mobutisme ce qui est, en fait, une escroquerie sans précédent...
 
On peut imaginer la suite du scénario. Soit on va sacrifier provisoirement quelque lampiste (dans l'administration judiciaire et/ou pénitenciaire), soit on va passer illico presto à autre chose. Possiblement à l'une de ces vastes diversions médiatiques de l'envergure de "la reprise de l'Opération Epervier parce que le chef de l'Etat est très fâché" (sic) comme en Janvier 2008 après le grossier hold-up sur la Constitution de 1996 pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats à la magistrature surpême.
 
Il y a de quoi rigoler avec tristesse et se remémorer, pour se consoler, l'ancien Premier Ministre Sadou Hayatou qui, dans une interview au panafricain Jeune Afrique, déclara qu'une commission d'enquête au Cameroun a uniquement pour but de noyer le poisson.
 
Et dire que beaucoup y croient!

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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