Textes de Juliette

18 avril 2012
Haman Mana


 

Paul Biya n’est jamais allé aussi loin dans la célébration punitive des ses anciens collaborateurs. Dans l’histoire politique des Etats modernes, il n’y a que le stalinisme qui a fait pire dans la mise en disgrâce et la purge de ses anciens dignitaires.

 

En décidant l’emprisonnement brutal de son ancien Premier ministre, Inoni Ephraïm, et de son ancien ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, le monarque de Mvomeka’a vient de sceller, dans le ciment du cynisme et du reniement de soi, la disqualification historique et définitive dont on hésitait encore à accabler le biyaïsme après 30 ans d’approximations, d’errances  idéologiques, de tricheries électorales et de règne de l’indigence axiologique. Le Renouveau national voudrait  alors  se dérober à la redoutable efficacité de l’Histoire, qui le jugera de manière impitoyable, pour tenter de se reconstruire une légitimité longtemps perdue sur les débris des arrestations spectaculaires de ses propres  dignitaires d’hier au milieu d’un concert de récriminations et de doute. Car le peuple qui voulait du sang hier demande, désormais, plus simplement du pain. On a pris la véritable mesure du redondant et mauvais gymkhana entre le palais de Justice et la prison de Kondengui. Et cela n’amuse plus que les simples d’esprit… 

 

En choisissant l’arme de la machine politico-judiciaire pour broyer de très hautes personnalités de la République dont pas moins de trois secrétaires généraux de la présidence de la République et désormais un ancien Premier ministre, le président Paul Biya fait le réquisitoire de son propre règne. Comment-a-t-il pu se tromper autant dans le choix de tous ces proches collaborateurs qui font aujourd’hui l’objet de poursuites judiciaires et d’incarcérations ? Comment de hauts commis de l’Etat,  jadis auréolés de tous les pouvoirs et de tous les honneurs, ont-ils fait  pour en arriver à une telle déchéance politico-morale ? Craints et respectés hier, ils sont désormais traités comme de misérables voleurs de poules, de vulgaires bandits qui nous rappellent les risibles équipées des Dalton dans  notre littérature de jeunesse. 

 

Tant de ministres, de directeurs généraux, de secrétaires généraux et autres responsables du Cameroun en prison ne peuvent dédouaner Paul Biya d’avoir, lui- même constitué une classe politico-administrative si infertile en idées, si pauvre en patriotisme et surtout  si peu respectueuse de la fortune publique. 

 

Que l’opération Epervier soit aujourd’hui  une opération de lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics ou, alors, une vaste entreprise d’élimination politique de valeureux prétendants à la magistrature suprême, le dénominateur commun reste la déliquescence d’un régime pris dans ses propres contradictions et qui se refuse à assumer la purulence de ses plaies et tente se réfugier derrière un violent cannibalisme où il est contraint de se nourrir du sang de ses propres enfants dans ses derniers spasmes convulsifs. Si donc l’opération Epervier nous fait la grâce de ne perdre de temps demain pour juger un régime qui le fait déjà lui-même, il restera toujours pour nous comme le miroir symbolique de l’homme Paul Biya, lancé dans une entreprise désespérée de reconquête de sens. La voracité frénétique avec laquelle sa redoutable machine répressive politico-juridique disloque, désarticule et déconstruit les destins et les corps de ces hommes et de  ces femmes  vient dire à suffisance la faillite d’un système qui ne survit plus que dans la délectation éphémère que lui offrent  les humiliations de ceux  qu’il adoubait encore hier ; l’Etat cannibale se repaît sous la férule de son prophète pris dans le tourbillon de la fin mais broyant ses victimes dans une giclée de sang pour apaiser sa déception et fuir la sentence qui l’attend lui –même. Voilà un maitre qui balance tous ses élèves sans la moindre émotion, ni le moindre ressenti. Sans ciller ni vaciller… 

 

Après avoir constitué une classe dirigeante et une génération d’hommes et de femmes insensibles au terrible destin de leurs concitoyens, l’homme du 06 novembre 1982  voudrait s’en débarrasser pour constituer à lui seul le commencement et la fin de son régime qu’il rêve propre et irréprochable. Comme s’il fut le seul innocent au milieu de 19 millions de coupables…

 

Les mauvais films du cinéma de Hong-Kong de notre jeunesse nous montraient bien qu’après la chute des phalanges, puis du bras droit de la triade, finissait tout de même par tomber, celui que nous appelions le « chef bandit ».

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