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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 00:17

10 janvier 2012
Source: La Météo

 

http://news.cameroon-today.com/wp-content/uploads/2010/10/cameroon-prison-central-nkondengui.jpgL'opposant, candidat déclaré à l'élection présidentielle du 9 octobre dernier, s'exprime enfin depuis la prison de Kondengui où il est incarcéré.

 

Enoh Meyomesse: «M. le colonel, on ne me corrompt pas»

 

J'ai lu à la fois avec étonnement et amusement les allégations du colonel Oumarou Galibou, commandant de la Légion de gendarmerie de l'Est à Bertoua, où à sa demande j'ai été torturé pendant 30 jours (24 novembre 2011-22 décembre 2011) malgré le fait que l'accusation portée contre moi, à savoir tentative de coup d'Etat visant à renverser Paul Biya, se soit avérée bidon, selon les termes utilisés par un haut responsable du Secrétariat d'Etat à la défense et qui se trouve être en même temps son patron. Il les a faites dans un quotidien de Yaoundé, et m'a fait passer pour un vulgaire brigand. Ce n'est pas tout, il aurait même refusé la somme de cinq millions de francs Cfa que je lui aurais proposé pour étouffer 'l'affaire". Il tentait de se présenter ainsi comme un gendarme camerounais exceptionnel, c'est-à-dire capable de repousser avec dédain une telle offre. Sans commentaire... 

 

Où sont les armes saisies à mon domicile? 

 

En vérité, sieur Oumarou cherche à noyer le poisson. Il a commencé son enquête avec la certitude absolue de saisir les armes d'un coup d'état en préparation qu'il m'attribuait. Ce qui allait certainement lui rapporter le grade de général du moins le pensait-il- et l'a achevé piteusement par un "vol aggravé", devant les écrans de télévisions, dont j'aurais été à la fois le cerveau et le financier. Il fallait bien qu'il présente quelque chose d'un peu consistant à ses supérieurs hiérarchiques. Après tout le vacarme qu’il a fait auprès d’eux sur sa «découverte» d’un prétendu complot de ma part. 

 

Tout a ainsi commencé dans la nuit du vendredi 18 au 19 novembre 2011, pendant que je me trouvais hors du Cameroun. Sans même s'embarrasser de se munir d'un tout petit mandat de perquisition du Procureur de la République, il a envoyé quatre de ses meilleurs éléments chez moi, accompagné d'un lieutenant en service au Sed à Yaoundé. Ces voyous ont cassé sans ménagement ma porte, fouillé de fond en comble mon domicile, éventrant mon mobilier, renversant tout, et au bout du compte.....rien. Ils n'y ont trouvé aucune arme. Zéro! Pas même une aiguille. Devant leur échec, il ne leur restait plus qu'à dérober mes clés USB dans l'espoir d'y trouver le plan du coup d'état. Des manuscrits de mes livres et des photographies de moi qu'ils projetaient de transmettre à Interpol pour que je sois recherché et arrêté aux quatre coins de la planète.

 

Leur forfait commis, c'est-à-dire leur vol avec effraction, l'un d'eux, un certain Edou, gendarme major de son état, celui-là même qui avait fracassé ma porte en s'y jetant pied à l'avant par trois fois de suite, avait déboursé la somme de cinq mille francs Cfa pour le remplacement de ma serrure qu'il venait de détruire et l'avait remise à un voisin. 

 

M. Enoh, aidez-nous à vous aider. 

 

Mardi 22 novembre 2011 

 

Je descends du vol Kenya Airways en provenance de Singapour via Bangkok et Nairobi. A peine-ai-je mis ma main dans la poche de mon veston pour en extraire mon passeport, qu'un des gendarmes de sieur Oumarou s'est jeté sur moi: "M. Enoh? Oui! Gendarmerie nationale vous êtes en état d'arrestation. Donnez-moi votre téléphone" En fait, il me l'avait arraché. Puis, j'ai été conduit dans les locaux du SED ou il m'a été signifie deux Chefs d'accusation: 

 1.- tentative de coup d'état 

 2.- vol avec port d'arme. 

 

J'ai volé quoi? De l'or 

 

D'abord 350 grammes s'étaient transformés en un kilogramme. Peu importe. En fait, c'est la tentative de coup d'état qui était la préoccupation principale, en quelque sorte le plat de résistance. 

 

Aussitôt arrivé ou SED, il m'a été demandé de vider mes poches et de déposer tout ce qui s'y trouvait sur la table, pendant qu'un gendarme épluchait le contenu de ma valise. J'ai ainsi dépose sur la table du lieutenant. D. Ghislain, un billet de cinquante Euros, deux billets de dix Euros, et des jetons pour un total de 79 Euros. En une fraction de seconde, ces voyous du SED ont subtilise les billets. «Ah! Nous, on n'a rien vu». Du vol en bonne et due forme. Les anglais disent en pareilles circonstances: «Shame on you». Au bout du compte, ils me placent en garde à vue. Je passe ma première nuit en cellule. 

 

Mercredi 23 novembre 2011. 

 

Le colonel Oumarou Galibou en personne, délaissant son travail de commandant de légion à Bertoua et piétinant allégrement les prérogatives de ses collègues de Yaoundé, à commencer par ceux de la DGRE et de la sécurité militaire spécialement Chargés de contrer les coups d'état, s'installe devant moi dans le fauteuil du lieutenant D. Ghislain jeune homme ô combien arrogant, et entame un interrogatoire à la Gestapo, la terrible police politique d'Adolf Hitler. Il est 20 h. je vais ainsi subir les foudres de cet individu qui sait déjà tout sur le coup d'était que mes "complices" et moi préparons. Tout ce qu'il me demande c'est d'être "coopératif". Il désire "m'aider", à savoir alléger l'affaire devant le juge de telle sorte que si l'on devait me passer au poteau d'exécution, que l'on ne m'inflige que...50 ans de prison!!! Et comment être "coopératif face à un individu qui a déjà recueilli les aveux complets" de mes "complices", et qui me demande en même temps de lui indiquer ma cache d'armes? Mystère. Soit il sait déjà tout, ou alors il est tout simplement en train de bluffer dans l'espoir de me tirer les vers du nez. 

 

Pendant deux interminables heures, je subis sa tempête. 

 

L'audition est si houleuse que lorsqu’elle prend fin à 22 heures, nous sommes tous les deux épuisés tel deux boxeurs poids lourds à la fin d'un combat de quinze rounds. Peu de temps après, je l'aperçois dans la cour, tout seul, les bras croisés et tout pensif, en train de regarder tantôt le ciel tout noir, tantôt le sol. Il fait franchement pitié à voir. A l'évidence, il est extrêmement déçu de n'avoir pas obtenu de moi que je lui révèle quelques caches d'armes. Pis encore, lui-même est désormais habité par un profond doute sur cette histoire de coup d'Etat. Ne va-t-il par lui rire au nez en haut lieu, lui qui s'est empressé, aussitôt après mon arrestation, de faire parvenir à Paul Biya un message selon lequel il venait de mettre la main sur un putschiste en provenance d'Asie, où il est allé finaliser son projet de renversement du régime? Pendant qu'Oumarou est perdu dans ses pensées, c'est au tour du directeur adjoint de la sécurité militaire de me cuisiner. Durée: une heure et trente minutes d'interrogatoire. Toutefois, il me fait comprendre qu'Oumarou se mêle de ce qui ne le regarde pas, qu'il outrepasse ses prérogatives. A la fin de l'interrogatoire, il conclut, devant moi, que "cette affaire ne tient pas la route; il a eu beaucoup trop de zèle..." Il parle d'Oumarou, sans le citer... 

 

23h30. Cinq sbires du colonel Oumarou se saisissent de moi. Ils me font monter avec ma valise dans un pick up de la gendarmerie. Direction Bertoua. Nous y arrivons à 3h30 du matin du matin, le jeudi 24 novembre. Je suis jeté sans ménagement en cellule. Celle-ci n'a pas de fenêtre, ni de quelle que autre ouverture que ce soit, en dehors de la porte. Pour tout dire, elle est plongée dans le noir total. J'y passerai 30 jours. Lorsque Son Excellence Oumarou Galibou décide de me déférer à Yaoundé, ma vue a considérablement baissé, moi qui au départ était myope. J'en sors presque aveugle. 30 jours dans le noir total, c'est de la torture. 

 

Sauvé grâce à la presse. 

 

Lundi 19 décembre 2011. 

 

Panique générale à la légion de gendarmerie. Je suis sorti de ma cellule tombeau, pour me voir signifier que je suis en train de "gâter" les choses. Un reporter du quotidien «Le jour» a commis l'imprudence de demander à me rencontrer. Aïe! Je suis renvoyé brutalement dans mon cachot. 

 

Mardi 20 décembre. 

 

Mon enquêteur m'informe que les choses se "gâtent" encore plus. Qu'y a-t il "Le Palais d'Etoudi a appelé le colonel, pour s'enquérir de mon sort; cela n'est pas bien". 

 

Mercredi 21 décembre. 

 

Je suis sorti de ma tombe. Je retrouve dehors mes "complices". Fait curieux, tous les gendarmes ont revêtu des uniformes tout neufs et tout propres. Nous sommes rapidement informés d'un fait inattendu: le gouverneur de l'Est a décidé de nous rendre visite. Personnellement, je trouve cela curieux. Aux alentours de 14 heures, nous sommes conduits dans la cour de la gendarmerie. Stupeur! Nous y trouvons une immense foule et une table sur laquelle sont posés, un uniforme militaire, un fusil, un pistolet, des cartouches, en un mot l'arsenal de guerre gigantesque avec lequel je devais renverser le régime. Mes "complices» et moi le découvrons pour la première fois. Le gouverneur de l'Est, tout naïvement, s'exclame devant Oumarou aux anges: "Mais, ces armes sont toutes neuves! D'où proviennent-elles?", Réponse idiote d'Oumarou "effectivement, ils les ont achetées à l'étranger." 

 

Jeudi 22 décembre. 6h du matin. 

 

Je suis sorti de mon tombeau en même temps que mes "complices" le sont des leurs. Que se passe-t-il? Nous retournons à Yaoundé pour être présentés au tribunal militaire. Vers 15h nous sommes écroués à la prison centrale de Kondengui." 

 

Enoh Meyomesse
Homme politique et ecrivain

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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