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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 21:13

31 janvier 2011
Jean-Bosco Talla
Germinal

 

http://www.icicemac.com/sites/default/files/Enoh_Meyomesse_0.jpg?1323349453L'air un peu hagard, un peu amaigris, cheveux grisâtres, chemisette rayée tachetée, pantalon légèrement sombre et sandales aux pieds, Enoh Dieudonné, alias Enoh Meyomesse, affiche un léger sourire et un visage radieux lorsque, sortant de la cellule de passage où il est logé depuis le 22 décembre 2011 , il aperçoit dans un angle de la cour des visites de la prison centrale de Kondengui, le reporter de Germinal qui venait juste de franchir la grille qui sépare ce lieu de la cour de cérémonie où est logée l’administration de ce pénitencier malfamé de la capitale politique du Cameroun. Du coup un gardien de prison se rapproche du reporter et essaie d’écouter discrètement ce qu’il dit au nouveau pensionnaire. Il ne cesse d’ailleurs de les regarder à la dérobée. Comme tous les dimanches, les mardi et les jeudis de chaque semaine, jours consacrés aux visites, cette cour des visites grouille de monde ce jeudi 29 décembre 2011.

 

Très ému, celui qui est aujourd’hui présenté comme étant le chef d’un gang qui aurait perpétré un braquage à main armée dans localité de Betaré Oya (Est-Cameroun) il y a environ deux mois se jette dans les bras du reporter de Germinal en lui souhaitant la bienvenue dans cet enfer sans nom. D’emblée, il exprime sa reconnaissance envers les médias et les compatriotes de la diaspora pour le travail de sensibilisation de l’opinion publique nationale et internationale. Aussi évoque-t-il avec émotion la situation surréaliste et l’univers kafkaïen dans lesquels il se trouve actuellement. « J’avoue que, déclare-t-il, sans les médias et des compatriotes, surtout ceux de la diaspora, je serais déjà mort. Le travail d’alerte et de sensibilisation qu’ils ont abattu m’a donné de l’espoir ».

 

Lorsque le reporter cherche à savoir ce qui s’est réellement passé, Enoh Dieudonné devient assez prolixe. « J’étais allé au Singapour rencontrer des partenaires afin de les convaincre de venir investir au Cameroun. À mon retour le 22 novembre 2011, si mes souvenirs sont exacts, dans le hall de l’aéroport international de Nsimalen, j’aperçois deux personnes qui brandissent une de mes photos qui habituellement se trouve dans ma chambre. Je me dirige vers ces personnes pour chercher à savoir ce qui se passe et tenter de comprendre d’où leur vient ma photo. Soudain, l’une des personnes me fait savoir que je suis en état d’arrestation. C’est plus tard que j’apprends qu’il s’agissait du colonel Oumarou Ngalibou, commandant de la légion de gendarmerie de l’Est-Cameroun. Je suis conduit manu militari au secrétariat d’État à la défense (Sed) à Yaoundé où on me livre à deux enquêteurs pour exploitation. C’est au moment de l’interrogatoire, quand les enquêteurs me demandent de leur indiquer notre cache d’armes que j’apprends que je serais à la tête d’un gang de braqueurs et qu’en complicité avec des forces étrangères, nous serions en train de fomenter un coup d’État. Aussi, après plusieurs minutes d’interrogatoire serré, les deux enquêteurs me demandent-ils de bien parler quand le colonel sera là, autrement dit de négocier ma libération en lui proposant de l’argent, car soutiennent-ils, le colonel aime de l’argent.

 

Quelques instants après, le colonel arrive. Il me soumet également à un interrogatoire musclé qui dure un peu plus de deux (2) heures ou trois (3) heures, durée au cours de laquelle nous nous affrontons. Malgré les intimidations, les insinuations, les menaces et les déclarations selon lesquelles mes ‘’complices’’ avaient déjà avoué et connaissant leurs méthodes, je refuse de céder. De manière récurrente, il fait allusion au coup d’État en préparation et aux armes qui seraient cachées pour parvenir à cette fin. Pendant ce temps, autour de moi, les enquêteurs gesticulent et me font des signes indiquant qu’il me faut proposer quelque chose au colonel Oumarou Ngalibou. Très épuisé, et juste pour faire baisser cette pression et atténuer son acharnement, je cède à cette tentation et lui propose une somme 10 000 dollars pour arrangement. Il soupire, lâche prise et déclare : ‘’voilà ce qui est bien dit. 10000 dollars, ça fait 10 000 0000 de FCfa ‘’. Je précise en lui disant que cela fait un peu plus de 4 500 000 FCfa. Il me demande de ne pas m’inquiéter.

 

Par la suite, le lendemain 23 novembre 2011, je suis conduit à Bertoua où je suis jeté dans une cellule obscure et infecte de la légion de gendarmerie de l’Est. C’est dans cette cellule que je faisais mes besoins. Je ne voyais la lumière du jour qu’au moment où j’allais déverser mes déchets (fèces et urines) à l’extérieur. J’ai même failli perdre ma vue qui a d’ailleurs pris un sérieux coup. C’est quand j’apprends aujourd’hui que j’ai tenté de corrompre le colonel Oumarou Ngalibou que j’ai la certitude que les ‘’conseils’’ à moi prodigués par les enquêteurs étaient un traquenard. D’ailleurs, j’avais eu un pressentiment.

 

Le 21 décembre 2011, un gendarme vient nous demander de nous apprêter. Quand nous sortons de nos cellules, nous sommes surpris de nous retrouver au milieu d’un attroupement dans la cour de la légion de gendarmerie de l'Est à Bertoua. Une mise en scène destinée à nous présenter au public comme de vulgaires malfrats. Il se dit que presque toutes les autorités de la ville de Bertoua étaient présentes. Les populations, les journalistes, les photographes y étaient également. Menottés, ils ont donné à chacun de nous des papiers sur lesquels ils avaient pris soin d’écrire nos nom, âge et le soi-disant motif de notre arrestation. Comme stock d’armes destinées soit à faire le coup d’État ou utilisées pour voler et sur lequel ils auraient mis la main après perquisition de nos domiciles, ils ont également présentés au public: une tenue militaire neuve, une kalachnikov et un pistolet automatique neufs. Un véritable trésor de guerre digne d’une légende, tu conviendras avec moi.

 

C’est après cette mise en scène que nous avons été transférés à Yaoundé. Le jeudi 22 décembre 2011, nous sommes passés brièvement devant le tribunal militaire qui a décidé de nous placer en garde-à-vue à la prison centrale de Kondengui »

 

Plainte

 

Les sources crédibles soutiennent que le voyage effectué par Enoh Dieudonné au Singapour a été entièrement financé par ses partenaires. Aussi le militant engagé et candidat recalé à la présidentielle de 2009 ne dispose-t-il ni compte bancaire, ni argent pouvant lui permettre de corrompre les enquêteurs. Selon ces sources, «pour payer la caution de 5 millions de francs CFA exigée pour être candidat à l'élection présidentielle, un militant du parti qu'il dirige Parena avait dû hypothéquer son titre foncier afin d'obtenir un prêt auprès de sa banque».

 

Dans cette affaire, souligne un avocat, en présentant publiquement Enoh Dieudonné et les autres comme des coupables de vol aggravé, il y a violation flagrante du principe de la présomption d'innocence. Selon l'article 8 du code de procédure pénale, «(1) Toute personne suspectée d'avoir commis une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui seront assurées. (2) La présomption d'innocence s'applique au suspect, à l'inculpé, au prévenu et à l'accusé».

 

Très remonté contre le colonel Oumarou Ngalibou , Enoh Meyomesse devrait consulter, dans les jours à venir, ses avocats afin de voir dans quelle mesure il portera plainte contre cet officier supérieur de l'armée camerounaise qui se serait introduit dans son domicile sans mandat de perquisition dûment signé par le procureur de la République. Pour le candidat recalé à la présidentielle du 09 octobre 2011, « le colonel Oumarou Ngalibou s’est introduit chez moi par effraction sans mandat de perquisition dûment signé par le procureur de la République. Mes avocats et moi décideront de ce que nous allons faire. Nous allons certainement porter plainte contre lui. Il faudrait bien qu’il réponde de ses actes».

 

Un détenu qui a écouté l’entretien que nous avons eu avec Enoh Dieudonné ne croit ni à la thèse du braquage ni à celle d’une tentative de coup d’État. « Grand frère, dit-il, je suis ici pour braquage et vol à main armée. Quand j’ai lu cette histoire dans la presse, j’ai tout de suite dit à mes codétenus que c’est un montage. La kalach et la tenue neuves, le pistolet neuf trahissent ceux qui ont monté cette histoire. Mais où sont les couteaux ? Qu’on nous dise qu’ils ont acheté de l’or issu d’un braquage, cela se comprendrait. Mais qu’ils ont braqué avec ce matériel neuf, ça fait sourire. Quatre personnes, une tenue militaire, une kalach, un pistolet automatique : devaient-il utiliser ce matériel à tour de rôle ? C’est trop gros. De plus, dans quel pays au monde peut-on faire un coup d’État avec ça ? Seulement au Cameroun ».

 

Un gardien de prison qui a requis l’anonymat ne croit pas lui non plus à la tentative de corruption : « Cette affaire me semble complexe. Elle doit avoir des relents politiques. vous comprenez pourquoi je ne peux pas vous recevoir dans mon bureau. Peut-être est-ce une tentative d’intimidation, un message lancé en direction de tous ceux qui rèvent de faire bouger le Cameroun ou un règlement de compte. J’ai rencontré Enoh Dieudonné deux fois ici à la prison centrale. À chaque fois, il me demandait de lui trouver 200 FCfa (0,30 €) pour manger. Cette tentative de corruption semble avoir été un piège tendu par les enquêteurs pour accréditer une thèse. Laquelle? », s'indigne-t-il, visiblement choqué.

 

Au moment où nous étions à la prison centrale de Kondengui, Enoh Dieudonné était encore dans la cellule de passage. Certains détenus ont affirmé que dans les prochains jours, il devrait être transféré au Kosovo, c’est-à-dire soit au quartier 8, soit au quartier 9, lieu où le journaliste Germain Cyrille Ngota Ngota, alias Bibi Ngota avait trouvé la mort.

 

Faut-il le souligner, les quartiers 8 et 9 (Kosovo) avaient été construits pour accueillir au maximum 400 détenus chacun. De nos jours, chaque quartier du kosovo compte plus de 1200 détenus. Un véritable goulag tropical où chaque jour plus de 200 détenus dorment à la belle étoile et où il n’est pas rare de constater que des détenus démunis, en guenilles, rongés par la gale et autres maladies de la peau, pour se nourrir et se vêtir, vont fouiller dans les poubelles.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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