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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 11:09

18 mars 2010
Pierre Célestin Atangana
Quotidien Mutations

 

Charles Etoundi, l'ancien ministre d'Etat et actuel président du conseil d'administration du Ceper parle du contexte de privatisation et de la relance de cette société.

Comment en est-on arrivé à privatiser le Ceper?
Pour la compréhension de la situation du Ceper, il faut quelques rappels. Premièrement, savoir que c'est la première entreprise qui a été introduite dans le champ de la privatisation. 10 ans après, elle n'a pas trouvé de repreneur. l'Etat a relancé le processus au bout duquel, il a été repris par un groupe de gens constitués d'enseignants camerounais, de la banque monétaire et financière du groupe Banques populaires, de l'Organisation internationale de la francophonie et d'un groupe de privés camerounais comme actionnaires. Le repreneur du Ceper dans la convention de cession avait obligation vis-à-vis de l'Etat, de ne faire que manuel scolaire. Ce qui fait que le Ceper est une agence du gouvernement, c'est-à-dire une entreprise à la quelle l'Etat a concédé un service public qui est le manuel scolaire. Parce que le projet du Ceper était un projet social qui visait la production à moindre des manuels scolaires. 

Pour cela, un mécanisme d'appui avait été mis en place via la francophonie et un certain nombre de conventions accordant au Ceper certaines facilitations, notamment la mise à disposition par la francophonie de tous les intrants entrant dans la fabrication du manuel scolaire. Et aussi leur entrée au Cameroun en franchise de douanes, de telle sorte que le livre coûte le moins cher. Il faut préciser que ces facilités n'étaient pas une faveur accordée au Ceper, parce que les livres qui rentrent au Cameroun le sont en franchise de douane. Il était donc normal que ceux qui étaient fabriqués sur place, bénéficient des mêmes avantages que ceux issus d'ailleurs. Et nous avons fait, pour la première année, deux millions de manuels.

Malgré ces avantages qu'est-ce qui a provoqué la faillite ?
Le Ceper n'est pas tombé en faillite. On a découvert qu'il y avait de gros intérêts dans le manuel scolaire. Les capitalistes, là où ils mettent de l'argent, ils veulent en gagner. S'ils peuvent vous vendre un livre de 100Fcfa à 10 000Fcfa, ils le feront. Ils se sont émus, parce qu'il est évident que quand vous vendez un livre du primaire à 800Fcfa ou à 1000Fcfa, alors que le même livre est produit et vendu par la concurrence à 2000Fcfa, les gens n'iront pas acheter celui-là. Donc, la volonté du Ceper de produire le livre à des prix les plus bas possibles, allait à l'encontre de ces gros intérêts. 

Dans l'accord cadre qui avait été signé entre le gouvernement et nos partenaires, on visait, à terme, la production par le Ceper, de tous les manuels scolaires du primaire, pour que tous les élèves puissent accéder au livre. Ce qui faisait qu'à terme, c'est le livre non produit au Cameroun qui était menacé dans son existence sur le marché camerounais. Etant donné que le Cameroun se trouvait en période d'ajustement structurel où on libéralisait l'économie à pas forcés, ce montage a été présenté comme une démarche contre la libéralisation de l'économie. Et les bâilleurs de fonds ont donc sommé le gouvernement revenir sur ce montage. C'est comme ça que le Ceper ne peut donc plus continuer à fonctionner, puisque la base c'était ces intrants qui entrent sans payer les taxes alors que les autres livres entrent au Cameroun sans les payer. Voilà ce qui a fait que le projet soit arrêté. 

Comment s'est opérée la relance ?
Par la force des choses, depuis 2003, je suis revenu comme président du conseil d'administration puisque c'est moi qui ai porté ce projet du temps où j'étais au lycée Leclerc. Nous avons repris les choses pour la restructuration. Nous avons négocié avec nos créanciers des conventions d'arrangements à l'amiable, rassuré nos différents partenaires, et les assurances que ces partenaires demandaient au gouvernement ont été données. 

En quoi consistent ces assurances ?
Ce sont essentiellement des assurances politiques qui vont dans le sens de l'éducation pour tous et des objectifs du millénaire. C'est-à-dire la mise à disposition du manuel scolaire au plus grand nombre, et la démocratisation de l'enseignement du primaire.

Quelles sont les relations du Ceper avec le gouvernement ?
Pour ce qui est relations avec le gouvernement, le Ceper a été retenu comme opérateur stratégique dans le secteur du manuel scolaire, un peu comme Camtel pour les télécommunications. Actuellement le Ceper fonctionne dans le cadre d'un comité de gestion qui a reçu pour mission, la remise à niveau de l'entreprise, de telle sorte que la restructuration se fasse et que la recapitalisation soit possible. Nous avons acquis des équipements pour permettre ce redémarrage, notamment une rotative qui fait 35 000 copies par heures, et sommes en train d'intéresser les gens qui ont des capitaux à investir dans la maison. Un conseil d'administration est en préparation. 

Ce que je dois dire c'est que le gouvernement a fait une erreur en privatisant le Ceper. Il n'a pas réalisé qu'il privatisait un secteur stratégique. Il n'a pas agi comme il l'a fait lorsqu'il a privatisé l'énergie, l'eau et le reste. Il d'abord sorti une loi cadre sur ces secteurs avant de les privatiser. Ce qui n'a pas été le cas avec le secteur de l'éducation qui est un secteur stratégique. Aujourd'hui, à force d'explication, l'on parle d'une loi sur la politique nationale du manuel scolaire, et bientôt un forum sur la politique nationale du manuel scolaire va se tenir, en vue de réfléchir sur les axes de la loi, déterminer le rôle des acteurs de la chaîne du manuel. Parce qu'en réalité, le manuel ne doit pas être vendu. En Europe, on ne vend pas le manuel scolaire, il est mis à la disposition des élèves dans les écoles. Nous-mêmes, on le trouvait dans les écoles à notre époque. On ne le trouve pas dans les librairies. Et puis, il y a des pays démocratiques où l'étranger n'intervient pas dans le manuel scolaire comme le Canada. 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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