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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 19:11

 

17 janvier 2011

M.H.M

 

Ces troupes qui ont l’arme au pied


Difficile aujourd’hui de se prononcer sur le diagnostic vital de l’UPC. Le parti de Um Nyobè ne pèse plus sur la vie politique de son pays, sans qu’on puisse savoir si ce n’est que conjoncturel. Parti irréversiblement sur le déclin ou parti en hibernation vivifiante ? La question est posée.

 

Un fait et une image : Le lundi 10 janvier 2011, Michel Eclador Pekoua qui se trouve à Maroua pour ses obligations personnelles est assailli à son hôtel par une demi-douzaine de cadres de l’Upc. Parmi eux, deux qui sont partis des alentours de Tokombéré et qui fait 30 km pour le rencontrer. Ces responsables à divers titres de l’Upc de l’Extrême-nord sont venus rencontrer un des leurs qui compte parmi les dirigeants de l’Upc à l’Ouest et en tout cas l’un des plus médiatiques de l’heure au niveau national. Appréhendant cette rencontre quelque peu improvisée, le Secrétaire régional de l’Upc à l’Ouest avait fait quelques provisions et c’est ainsi qu’il allait défaire son sac pour leur offrir une cinquantaine de foulards et de drapeaux à l’effigie de son parti, puisés comme il le dit sur « les réserves stratégiques » de l’Upc à l’Ouest. Et il leur remettra aussi une dizaine de livres d’auteurs Upécistes pour les opérations de vulgarisation et de propagande de l’Upc parmi ceux-ci, l’essai de Daniel Yagnyè Tom : « Afrique : ½ siècle d’Indépendances piégées. Cas du Cameroun et de la RD Congo », l’auto entretien du Secrétaire Général de l’Upc, Augustin Frédéric Kodock intitulé « Entretien avec la Jeunesse » et enfin le livre entretien de Michel Eclador Pekoua avec Suzanne Kala Lobè intitulé « Un tendre dans la Mêlée ». 

Le dirigeant de l’Upc venu de Bafoussam qui avait entendu parler de l’engagement de quelques irréductibles de son parti dans l’Extrême-nord, avait marqué sa curiosité à discuter avec certains d’entre eux. Et c’est les larmes aux yeux qu’il se fera conter les exploits des premiers pionniers dont un certain Motta Jacques aujourd’hui décédé qui parcouraient des cinquantaines de kilomètres pour professer leur foi et diffuser les idées du nationalisme et de liberté de l’Upc. Le Mayo Sava était alors un foyer de propension de ces idées pour deux raisons. D’abord parce que le médecin Félix Roland Moumié y avait recruté quelques adeptes lors de son passage à Mora et ensuite parce que Baba Simon l’homme de Dieu qui avait marqué Tokombéré y avait laissé une théologie de la libération récupérée par les évangélistes de l’Upc, la chrétienneté étant une ligne de démarcation pour militants qui allait s’étendre avec force jusque dans le Mayo Kani et dans certains hameaux réfractaires à l’islamisation forcée de l’establishment.

Un discours qui impressionna leur visiteur de ce début d’année et qui tranchait avec la réalité officielle de l’Upc : Entre ces irréductibles et la hiérarchie de l’Upc, les contacts n’existent plus depuis des décennies. Lors des dernières élections locales, l’Upc n’a pas pu présenter la moindre liste aux Législatives dans l’Extrême-Nord. Aux municipales, le parti avait une seule liste à Kaélé dans le Mayo Kani.

Comment comprendre ce fossé entre l’Upc officielle et l’Upc du terrain dans l’Extrême-nord ? Un hiatus qui n’est pas propre à la province la plus éloignée de la Capitale. A Garoua Boulaï, Djoum, Furu Awa et autres, beaucoup trop de gens parlent de l’Upc sans jamais avoir rencontrés ses dirigeants officiels. Ce qui du coup relativise les certitudes de ceux qui, se basant sur les déboires politiques et électoraux des dirigeants de l’Upc officielle, s’accordent à conclure que le destin du parti créé par les compagnons de Um Nyobè, Ernest Ouandié, Félix Roland Moumié, Ossendè Affana, Kinguè Abel et autres est scellé. Depuis la re légalisation de l’Upc au début des années 1990, il y a bientôt 20 ans, le message de l’Upc s’est grandement embrouillé dans les luttes de positionnement individuels sans pour autant disparaître. On remarquera que l’Upc a participé à des élections locales qui ont pu légitimer quelques leaders du village, mais l’ambition nationale, elle ne s’est jamais manifestée comme en témoigne l’absence d’une candidature crédible et consensuelle à l’élection présidentielle.

En 1992, trois morceaux de l’Upc ont appuyé chacun les trois candidats arrivés en tête. Paul Biya du Rdpc avait son soutien upéciste via Kodock, John Fru Ndi avait son soutien upéciste via Ndeh Ntumazah et Bello Bouba Maïgari avait lui aussi son soutien upéciste via Hogbè Nlend. En 1997, le président Ndeh Ntumazah a encouragé la candidature de Hogbè Nlend et s’est bien gardé de faire campagne avec lui. Dans le même temps Kodock appelait à voter pour Paul Biya. En 2004, Kodock a appelé à voter pour Paul Biya, Hogbè Nlend prenait son contrepied en demandant à voter pour Ndam Njoya. Nul n’est besoin de lire dans les boules de cristal pour conclure que la prochaine élection présidentielle n’apportera pas plus de lumière et de lisibilité dans les options de l’Upc. Le parti n’aura pas un candidat soutenu par tous. Certains seront avec Paul Biya, d’autres parlant aussi au nom du parti diront le contraire. Des observateurs concluront alors que l’Upc s’anime de ses spasmes pré létaux. Mais auront-ils vraiment raison ?

Est-ce, ce que leur ont dit ces dizaines de milliers d’anonymes perdus dans nos hameaux et villages, dans les îles perdues du pays, dans les montagnes desséchées et fouettées par le vent, dans les bidonvilles de Douala et Yaoundé et qui se disent upécistes sans avoir voix au chapitre ? Ceux-là n’ont encore signé aucune reddition et se sentent plutôt comme des troupes qui ont l’arme au pied parce qu’ils n’ont reçu aucun ordre de monter au combat.

 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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