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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 14:29

29 septembre 2011
Tatla Mbetbo Felix

Réponse du benjamin à Patrice Nganang

http://www.cameroonvoice.com/resources/images/bank/jeunesse_camer1.jpgGrand frère, c’est avec une main ferme, sur cette feuille légère que j’ose te répondre suite à cette extraordinaire « lettre au benjamin » ; apparût dans le fameux ouvrage collectif : l’Afrique répond à Sarkozy. Cette lettre à en croire vos propos, s’adresse directement à la jeunesse africaine. C’est justement au nom de tous ces jeunes, que je prends la responsabilité, trois ans après la publication de cette lettre de vous répondre. Je me félicite humblement de cette opportunité, tributaire de ce que je vais appeler un heureux hasard. Puisqu’à voir le nombre de jeunes qui peuplent ce vaste continent qu’est l’Afrique, et si depuis ce jour chacun d’eux cherchait à vous répondre, j’aurai été à ce moment, à un rang incommensurable.

 

C’est un heureux hasard que je sois tombé sur ce livre, qui répond à un discours qui a manqué d’humanisme, et comme tu l’as dit, un discours que je n’avais ni lu ni entendu. Mais par mon professeur d’histoire que tu dois très bien connaitre, le Pr Kange Ewane, qui ne cessait de nous rappeler cette phrase de cet homme dont il n’avait jamais l’envie de prononcer le nom : « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Suite aux multiples répétitions de cette phrase par mon professeur, j’ai été motivé par l’envie de découvrir la totalité de ce discours.

 

Ma première lecture de ce texte, a été faite avec les clichés du président discoureur, de l’éloquent, qui a gagné la notoriété et les suffrages des millions d’électeurs par le pouvoir de ses mots savamment choisis. Ces pré-notions m’ont dressé des voiles épistémologiques, si bien que je n’ai pu voir dans ce discours, qu’un appel fort d’un homme plein de culture, à une Afrique meurtrie par tous genres de maux, à relever la tête. Je ne comprenais donc pas pourquoi mon professeur d’histoire, qui est un combattant de la renaissance africaine était si sidéré de ces propos du président.

 

Mais dès que j’ai lu les premières de ces quatre cents pages et poussière de l’Afrique répond à Sarkozy, mes yeux se sont ouverts comme ceux des premiers hommes, et j’ai compris ce qui faisait naitre de la haine dans le cœur de ces intellectuels africains. C’était un discours provocateur, impérialiste, dont l’ « auteur » avait certainement confondu l’époque. C’est encore un heureux hasard, grand frère que cette « lettre au benjamin » s’adresse naturellement à un benjamin que je suis. Benjamin d’une famille de huit enfants, d’un père et d’une mère plein d’enseignements.

 

C’est dire que si je n’étais pas né dans cette famille où on m’a appris dès mon bas âge, le gout de la culture intellectuelle, de la créativité, de l’imagination, je n’aurais jamais eu la curiosité de m’intéresser comme la plupart des jeunes à ce combat de libération de la pensée que tu es en train de mener. C’est cet héritage culturel qui m’a donné cette disposition à fréquenter pendant la majeure partie de mon temps les bibliothèques plutôt que les bistrots, a aller plus aux conférences que dans les boites de nuit, où je ne vous aurai certainement jamais trouvé.

 

Cette lettre est parmi les écrits qui ont donné un coup de pouce à ma vie. Et m’aide à être plus un Prométhée plutôt qu’un réactionnaire, à prendre des initiatives personnelles plutôt que de consommer pour consommer. Elle est pleine de sens et de puissance cette lettre, en ce sens qu’elle s’adresse par des mots vrais à une jeunesse que tu connais si bien ? Une jeunesse avec qui tu as partagé ses joies et ses peines. Cette jeunesse que tu n’as jamais cessé de défendre, tu l’as encore prouvé par cette lettre en réponse à cet inconnu qui est venu faire des leçons à ceux qu’il ne connait pas.

 

Oui grand frère, cette jeunesse que tu connais si bien n’est pas une jeunesse paresseuse, elle ne passe pas ses journées à attendre le pain du jour de la bonté du ciel. Cette jeunesse sait se battre, malgré les conditions difficiles dans lesquelles les amis du président la plonge. Cette jeunesse ne se noie pas, malgré le haut débit des vagues, elle émerge, elle sort la tête de l’eau.

 

Tu l’as si bien compris. Ces jeunes qui décident par le fait même d’exprimer leur mal être, de poursuivre leur passion dans la musique et surtout le rap, ne sont pas des voyous, cette jeunesse n’est pas « la racaille ». Mais ces jeunes sont ceux qui osent parler sans peur et sans scrupule comme des hauts parleurs, à porter haut la voix de leurs frères et sœurs à qui le cout et le gout de la vie ont enlevé la voix. C’est dans cette mesure qu’en citant Djibril Tamsir Niane tu affirme : « les jeunes rappeurs africains sont certainement ceux qui expriment le mieux le drame de l’Afrique contemporaine, ils sont les porte-voix des masses africaines ».

 

C’est eux désormais qu’il faut suivre. Même s’ils s’expriment avec violence, c’est le système dans lequel ils ont grandi qu’il faut interroger et accuser. Car ils ne leur laissent pas le choix d’agir autrement.

 

Mais grand frère, je le sais. Cette lettre de motivation pour la jeunesse africaine, n’est pas une « apologie du vandale ». Je sais aussi que cette jeunesse se montre parfois et très souvent irresponsable. Elle ne part pas exprimer sa voix aux urnes, pour des prétextes qu’on connait tous. Elle engendre souvent les émeutes et les casses dans la rue. Elle rentre souvent tard à la maison, elle adresse, vole, viole, accouche avant l’âge, ne cherche pas souvent à poursuivre les études… je sais qu’on dit d’elle qu’elle est perdue. Mais je demande toujours qu’on interroge le système, et le résultat pourrait surprendre.

 

Si la jeunesse se perd, c’est parce qu’elle n’a pas de repères. Elle n’a ou n’a plus de modèle. Beaucoup ont jeté l’éponge et ceux qui veulent jouer le théâtre, sont démasqué par le temps et ne présentent pas les valeurs qu’ils feignaient incarner et représenter.

 

Je t’écris grand frère, sous l’une des sept collines. Et à cette heure même, il pleut énormément sur la cité capitale. Si bien que si nous étions au téléphone, le bruit des lourdes gouttes de pluies sur nos toitures rendraient la communication quasiment impossible.

 

Ce jour c’est le lendemain du match très nul des lions « indomptables » du Cameroun, face aux lions de la Teranga. Score qui nous empêche certainement de partticiper à la CAN 2012 qu’organisera le Gabon et la Guinée Equatoriale, ces pays voisins que le notre à jadis aidé et a même eu des velléités d’annexer l’un d’eux.

 

Plus grave encore, un heureux hasard a fait à ce qu’à la fin du match on puisse bénéficier d’un pénalty venu de je ne sais où. Mais contre toute attente, le capitaine de notre sélection nationale a manqué l’occasion de nous amener à la CAN et à la Worl Cup. Voici l’exemple d’un modèle qui a failli à sa tâche. La jeunesse dans la quête des modèles doit donc chercher ailleurs. Car un aveugle ne peut en conduire un autre aussi éclairé soit ‘il.

Mais tu le dis grand frère, la jeunesse va prendre elle-même en main son propre destin, construire son propre échelon de valeur, l’incarner et le suivre. Elle doit pouvoir penser, réussir par elle-même. Je me réjouis ici de te citer en exemple. « les cahiers de mutations » me donnent raison, et n’ont pas eu tort de classer parmi les camerounais de la diaspora qui ont le mieux réussi.

 

Ta réussite n’est pas née du néant. Certes tu avais des modèles, mais tu ne restais pas là sur les bancs de Ngoa Ekellé a attendre que Vaugelas, Boileau, ou Senghor qui t’ont appris les secrets de la langue et de l’art, viennent t’aider à composer tes vers. Cette justement cette quête inlassable de l’autonomie à en croire mes sens, qui a fait naitre le manifeste pour une nouvelle littérature africaine.

 

Cette lettre de ta part est un appel fort à l’éveil de la jeunesse africaine. Car si cette jeunesse se formait, s’informait, et grandissait dans la pensée, ne devait jamais servir de chair à leçons et surtout d’un inconnu. Pour reprendre les propos du grand frère Théophile Obenga, celui que je considère aussi comme le digne successeur de l’illustre Cheik Anta Diop, en disant : « c’est l’abandon africain qui a favorisé ce discours… abandon de la jeunesse africaine estudiantine et citadine…abandon des bibliothèques publiques. Abandon de l’esprit critique »

 

C’est aussi l’abandon du paysan africain, qui a fait dire au président que mon grand père de Bazou, comme le tien du même village, n’a pas la notion du temps, qu’il ne vit qu’avec les saisons. Mais le président ignore les greniers de mon grand père conçus avec les normes les plus rigides de l’architecture, où il garde des graines pour utiliser comme semence dans le futur, au lieu de se contenter de tous les consommer. Mon grand père est prévoyant, et il pourrait vivre et faire vivre plusieurs familles du fruit de la terre s’il n’était pas victime de cet abandon.

 

La jeunesse africaine par ces mots te dit merci et du courage. De ne jamais abandonner ce digne combat dans lequel tu es engagé, de toujours la défendre, et de toujours lui donner les armes adéquates afin qu’elle puisse résister face aux multiples obstacles qui se présentent à elle.

 

Cordialement.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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