Textes de Juliette

16 avril 2012
Maurice Nguepe

 

Ainsi donc, les Camerounais ne verront jamais le bout du tunnel. Ainsi donc, sous le Renouveau, nous ne connaitrons jamais le réveil, jamais le progrès. Nous ne verrons jamais le jour, ce beau jour que les Sud-Africains et les Sénégalais ont expérimenté, ce beau jour où enfin les institutions justes et démocratiques règlent la vie et le destin des hommes. Ouvrir le Cameroun enfin à la modernité en créant des institutions justes et démocratiques, n’est-ce pas la chose la plus facile au monde? Mais de quoi avons-nous peur? De qui avons-nous peur?

 

Pourquoi tant chérir les ténèbres? Pourquoi tant adorer la jonglerie? Pourquoi les Lumières nous aveuglent-elles tant? Restituer au Cameroun tout ce qu’il nous a donné, voilà tout ce dont il est question aujourd’hui. Restituer cela au Cameroun signifie, en ces jours d’avril 2012, inclure dans le code électoral en élaboration, les fondamentaux de la liberté et de la démocratie qui sont : un scrutin à deux tours, un mandat présidentiel de 5 ans renouvellable une seule et unique fois, un nombre égal de scrutateurs dans les bureaux de vote ayant les mêmes droits et devoirs, le bulletin unique, un découpage électoral juste, la majorité à 18 ans, des débats télévisés entre candidats sur toutes les questions d’importance nationale et internationale, et l’indépendance de la commission électorale. N’est-ce pas ainsi plus facile à concevoir et à énoncer qu’un projet de code électoral de 299 articles ne contenant aucun de ces fondamentaux? Alors que la constitution camerounaise (1996) n’a que 69 articles, les 299 articles ne sont-ils pas destinés à rendre ledit code électoral inaccessible au peuple? Ne visent-ils pas à le désintéresser à la lecture du texte auquel il a le droit le plus absolu, et ce en le prenant au piège des syntaxes labyrinthiques aux mille pattes?

 

Intellectuels camerounais et idéologues de tous les partis, unissez-vous, notre responsabilité devant l’histoire est désormais engagée :

• Gaston Kelman, le RDPC du Cameroun n’est plus comparable à l’UMP de France. Sinon, le projet de code électoral en cours ne serait pas le manioc qu’il est devenu. Et sachant que tu n’aimes pas le manioc, le peuple te regarde et te demande de dire aux députés de ne point le manger.

• Calixthe Beyala, tu as beaucoup parlé de la crise en Côte d’Ivoire. Le moment est venu de parler de ton pays natal, de la terre de tes ancêtres, le Cameroun. Parle, adresse-toi aux députés et aux membres du gouvernement, touche leur conscience, comme tu sais le faire. Convaincs-les afin que de ce projet de code naisse non un autre archaïsme, mais un code électoral postmoderne qui suscitera, chez tes fils, petits-fils et arrière-petits-fils, un amour pour le Cameroun supérieur ou égal à celui que tu as pour la France des libertés.

• Mouangue Kobila, le juriste, le peuple attend de toi un communiqué contre la faiblesse de nos institutions judiciaires en raison de la phagocytose de l’exécutif, un communiqué qui fera dire le vrai droit, le droit de la justice, et qui rectifiera enfin la vision de ceux qui ont fait de la tricherie et de la jonglerie les instruments du torpillage du destin de tout un peuple.

• Ateba Eyene, mon ami de fac, l’heure est grave. Oui, l’heure n’est plus au rappel du coup d’État de 1986. Vois-tu, depuis 1986, il y a eu de nombreux autres coups d’État. Et le dernier en date est en préparation sous nos yeux, en ce moment même, à l’assemblée nationale, autour du code électoral. L’heure est à l’action pour lui faire échec. Le peuple attend ton sursaut patriotique.

• Vincent Sosthène Fouda, l’affaire Vanessa Tatchou n’aurait jamais trainé si longtemps sans dénouement si nos institutions étaient fortes et justes. Voici donc l’occasion véritable de lutter pour toutes les Vanessa du Cameroun. Peux-tu ressusciter l’espoir de la dernière fois, s’il te plaît? Nous attendons ton signal.


• Enoh Meyomesse, tu es en prison. Tel est le destin des défenseurs de la vérité. Mais prisonnier, tu restes un citoyen. Continue donc ton œuvre, au nom de la postérité.

• Célestin Monga, Patrice Nganang, Achille Mbembé et Shanda Tomné, je ne vous plains pas. Vous avez l’habitude du verbe franc. Mais cette fois-ci, ne vous taisez surtout pas.

Intellectuels camerounais et idéologues de tous les partis, levez-vous et exigez notre entrée dans la modernité. Ce n’est plus une affaire de la société civile ou de l’opposition politique. C’est désormais l’affaire de nos enfants, de nos petits-enfants et arrière-petits-enfants. Comme nous souffrons aujourd’hui parce que nos grands-parents ont échoué à conquérir l’indépendance véritable, demain, nos arrière-petits-enfants auront le mal du Cameroun parce que nous aurons échoué à inscrire ce pays dans la modernité démocratique. Et si nous ne devons réussir ce combat, restons donc dans les ténèbres de la tricherie, du mensonge et de la corruption. Restons donc dans la jonglerie institutionnelle. C’est un mode de vie après tout.

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