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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 23:02

17 février 2010

Cyrille Ekwalla

 

Passer la main ou …. Arracher la main ?

Après la Diaspora, portons un regard sur la Jeunesse ; tant il est vrai que ces deux-là, jeunesse et diaspora, sont les deux mamelles nourricières du débat politique camerounais en ce moment. Certains esprits retors allèguent d’ailleurs, que l’évocation d’une « alliance » (si alliance il y a !) entre ces deux composantes importantes de la population pourrait passer pour une « … mobilisation de la jeunesse à la rebellion » et une « …exhortation de la diaspora à la contestation ». Mais là n’est pas notre propos.

Ainsi donc, parallèlement à l’émergence d’un côté, d’une diaspora politique qui gagne en crédibilité et s’impose de plus en plus comme un champ d’alternatives possibles voire probables; l’on observe de l’autre côté, une jeunesse, qui, se sachant courtisée, parfois manipulée, s’organise autrement, se structure mieux ; forte qu’elle est dans ses certitudes, d’avoir, - de nouveau ou enfin, c’est selon - son mot à dire, sans se voir imposer des « interprètes autoproclamés ».

Il y a là matière à se réjouir. Mais peut-être aussi à s’inquiéter. En effet que le temps passe vite. On ne peut s’empêcher de regarder dans le rétroviseur. « Février 2008 – Février 2010 » : deux ans déjà ! Mais on pourrait tout aussi dire : deux ans seulement ! Cela va faire vingt-quatre mois (dans quelques jours pour être plus exact) que de jeunes camerounaises et camerounais se sont fait abattre par certains de leurs compatriotes, membres des forces de maintien de l’ordre et de l’Armée. Leur crime ? Avoir réclamé « un peu » de justice sociale. Leur méthode ? L’incivisme, la casse… la violence. Avaient-ils seulement un autre moyen de se faire entendre ?

Comme à l’accoutumée, dans quelques jours, le 1O février (veille de la Fête de la Jeunesse), nous allons assister à un exercice de prestidigitation politique de la part du Président de la République lors de son habituel « Message à la jeunesse ». La rengaine est connue de tous : « Le Cameroun, pays de paix et de stabilité aurait fait mieux si ce n’était la conjoncture internationale…néanmoins des instructions ont été données pour améliorer le sort de la jeunesse…nous venons par exemple de vous accorder 3 milliards de bourses, etc… ». Les flagorneurs et autres génuflecteurs vont ensuite succomber à leur perpétuelle amnésie auditive et vont déclamer à tue-tête « leur indéfectible attachement à la personne du Chef de l’Etat et aux idéaux qu’il incarne » pour reprendre les propos de Garga Haman Adji. Et cela finira inévitablement en motion de soutien et d’appel à être candidat en 2011 ou - pourquoi pas ?- Ad vitam aeternam !

Ces encenseurs s’égosilleront donc, mais sans avoir aidé le Chef de l’Etat à solutionner le problème, qui reste latent. Deux ans après Février 2008, les causes ont-elles disparues ? Les frustrations se sont-elles amenuisées ? Apparemment pas. Sur le terrain, la colère se fait plus sourde et plus diffuse. Les foyers de tensions sont multiples et épars… Et la déflagration qui pourrait en résulter risque de ne pas trouver de pompiers capables d’être à la hauteur de l’embrasement social. Un embrasement, faut-il le rappeller, que personne ne souhaite, si l’on se refère au nombre pléthorique d’organisations politiques (partis, think tank, associations, clubs de reflexions, etc…) que compte le Cameroun. Et dont aucune ne prône – du moins, de manière officielle – l’utilisation ou l’emploi d’une méthode autre que pacifique, pour la conquête du pouvoir afin d’améliorer le bien être des camerounais. On retrouve parmi celles-ci plusieurs regroupements ou associations de jeunes, et qui essayent comme beaucoup de répondre à la question : « Comment éviter l’explosion ? »

Pour cette jeunesse, la réponse est toute trouvée. Il faut « Passer la main ! ». Que le pouvoir actuel, et principalement celui qui en est l’incarnation absolue, le Président Paul Biya, passe la main (ou à défaut « tende la main » s’il le peut encore). Voilà le désir de cette jeunesse camerounaise. Celle qui reprend en ce moment ses droits, dont celui de participer activement à la vie de la cité, de s’intéresser à la res publica, à la chose publique. Celle qui a acquis « des valeurs patriotiques et démocratiques » (une exhortation du Chef de l’Etat lui-même en 2009). Cette jeunesse là, connectée entre elle (dans tous les sens du terme) se sert par exemple et entre autres, des nouvelles technologies, des réseaux sociaux (outils de leur époque) pour échanger, réfléchir… Certains détracteurs mettront en avant le fait que les choses se passent sur le terrain et non sur internet. Et ils auront raison. Ou plus exactement, ils auraient eu raison…si seulement nous vivions encore dans les années 1980, c’est-à-dire à l’ère de la préhistoire numérique. D’autres, et pas des moindres, ont compris l’importance de ce médium. À titre d’exemples anecdotiques mais symboliques, la présidence de la République du Cameroun n’a-t-elle pas à elle, toute seule, deux (2) sites internet ? Le gouvernement camerounais ne s’est-il pas vu contraint de réagir dès que le site internet de Jeune Afrique a parlé de l’opération « Epervier » ? Les soubresauts récents en Iran n’ont-ils pas été connus du monde grâce aux nouvelles technologies utilisées par la jeunesse ? N’a–t-on pas qualifié, en partie, la toute première victoire d’Abdoulaye Wade au Sénégal de « Victoire du téléphone portable » (ce qui aurait empêché les manipulations) ? C’est donc dire qu’on peut rêver et espérer que la révolution numérique va aider à « tordre le cou » à cette atonie dans laquelle certains nostalgiques ont voulu et veulent par tous les moyens maintenir la jeunesse camerounaise ?

Ces mêmes nostalgiques qui désignent aujourd’hui, de manière péjorative, ces jeunes d’« éphèbes », pris ici dans le sens de « jeunes hommes dénués de tout sens critique, voire de toute conscience politique ? La psyché collective avait fini par admettre et intégrer que rien n’était possible en dehors du statu quo. Aujourd’hui, à l’image de leurs contemporains à travers le monde, de nombreux jeunes camerounaises et camerounais, en s’engageant de nouveau comme ils le font, crient à la face de leurs dirigeants que « La politique aux politiciens, les études aux étudiants » est un slogan d’un temps révolu. Et qu’ils sont, plus qu’auparavant, acteurs engagés dans le processus politique. À cette jeunesse de mettre à profit cet outil qu’elle possède, les nouvelles technologies, au service de ses rêves, de ses aspirations.

Mais nous avons aussi parlé d’inquiétude parce qu’il ne faudrait pas que cette fierté légitime de faire bouger les lignes de résistance, de contourner les goulots d’étranglements ne se transforment en exubérance, radicalisme ou arrogance sur des positions sans avenir. Que fougue et enthousiasme n’obstruent pas le sens politique. Ce dernier oblige à prendre en compte certains paramètres propres à notre société. Il faut certes, aller de l’avant, mais de manière réfléchie. Le « passage de main », tant souhaité et souhaitable, ne doit par exemple pas servir de prétexte à des actions d’éclats individuelles sans issue; ou encore devenir un conflit générationnel. En lançant l’anathème à toute une génération, c’est oublier qu’on ne peut faire table rase du passé pour construire l‘avenir. De nombreux camerounaises et camerounais ont pleinement et entièrement participé au fonctionnement de l’Etat, - et continueront à le faire - tout en maintenant une certaine distanciation avec le pouvoir politique. De celles et ceux là, avec leur expérience, leur expertise, le Cameroun futur aura besoin.

En ce mois de Février 2010, l’occasion est donc propice à l’introspection, à la reflexion et à l’action efficace. Le Cameroun « célèbre » le Cinquantenaire de son indépendance ; c’est le 2ème anniversaire des « Emeutes de Février 2008 » et nous sommes, en principe, à un an de l’élection présidentielle.

Le ver est dans le fruit. Il ne reste plus qu’à l’aider à tomber.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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