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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 02:13

31 mai 2011

Georges Dougueli

À cinq mois de l’élection présidentielle, Paul Biya laisse planer le mystère sur sa candidature. En attendant, le pouvoir fait feu de tout bois pour juguler la grogne sociale. L’obsession de l’ordre public explique l’extrême frilosité des préfets, qui refusent de manière quasi systématique d’accorder des autorisations de manifester sur la voie publique. Candidat déclaré à la succession de Paul Biya, l’opposant Louis Tobie Mbida a été brièvement interpellé pour avoir voulu tenir « une réunion qui avait pour objectif de présenter son programme politique ».


En d’autres temps, la note que la filiale camerounaise du pétrolier français Total a adressée le 11 mai aux distributeurs de carburant serait passée inaperçue : « Chers clients, nous vous informons que de fortes tensions sur les stocks de produits pétroliers à la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) nous font craindre dans les tout prochains jours une rupture de carburants (gasoil, super, pétrole, jet…). »
 
Divulguée par la presse, la missive a provoqué un mouvement de panique chez les consommateurs et des sueurs froides au sein du gouvernement, qui a promptement démenti tout risque de pénurie. « La Société nationale de raffinage (Sonara) fonctionne à plein régime et approvisionne normalement la SCDP. Un programme de ravitaillement continu du marché local est en cours d’exécution et les volumes de produits pétroliers programmés sont effectivement livrés », a martelé un communiqué à l’issue d’une réunion de crise tenue le 13 janvier autour du Premier ministre, Philémon Yang.


Mises au point et démentis

« Je n’ai jamais dit à qui que ce soit que la Sonara n’était plus en mesure d’approvisionner la SCDP en carburant », se défend Charles Metouck, le directeur général de la Sonara. « Tout est faux dans cette affaire », conclut-il, remonté. Il n’est pas loin d’y voir la main de ceux qui l’ont affublé d’une carte de membre du « G11 » (« Génération 2011 »), un supposé groupe de hautes personnalités préparant l’après-Biya.

Vraies ou fausses, il faut dire que les rumeurs d’appartenance à ce club n’ont pas porté chance à l’ancien secrétaire général de la présidence, Jean-Marie Atangana Mebara, ni aux anciens ministres de la Santé, Urbain Olanguena Awono, et de l’Économie, Polycarpe Abah Abah, qui croupissent en prison depuis leur arrestation en 2008. Les procès pour détournement de deniers publics qui leur sont intentés dans le cadre de l’opération anticorruption Épervier seraient en effet liés à leur appartenance à ce G11, communément admise en dépit de leurs dénégations.
 
Entre coups bas et complots réels ou imaginaires, le soupçon s’est insinué au sein de la classe politique et de la haute administration. Dans les allées du pouvoir, la parole est suspecte, le silence est la règle. Comme mode de communication, le gouvernement privilégie la mise au point et le démenti.

À cinq mois de la présidentielle, le Cameroun a les nerfs à fleur de peau. Aux yeux des autorités, même s’il reste théorique, le risque politique majeur est une agitation sociale d’une ampleur suffisante pour déstabiliser le pays. Déjà peu enclin au relâchement depuis les « émeutes de la vie chère », en 2008, qui se sont soldées par une centaine de morts, l’appareil sécuritaire applique la politique de la « tolérance zéro ». « Qui sait d’où viendra l’étincelle susceptible de tout embraser ? » s’interroge un cadre de la police. D’autant que le pouvoir sait que la communauté internationale ne lui pardonnera aucun dérapage dans la conduite du processus électoral.

Au pouvoir depuis vingt-huit ans, Paul Biya, 78 ans, laisse ses partisans le presser de solliciter un nouveau septennat à travers des « motions de soutien », dont la dernière est signée par plusieurs centaines d’universitaires – quelques-uns se sont rétractés. Silencieux comme à son habitude, le chef de l’État entretient le mystère sur sa candidature, tandis que ses stratèges sondent l’opinion internationale et évaluent le soutien des pays amis.
 

Mode nord-africaine

Les opposants considèrent, peut-être un peu vite, que la présidentielle est jouée d’avance et que l’alternance est impossible par les urnes. Fin février, la nouvelle génération, qui s’agite en ordre dispersé, notamment au sein de la diaspora, a tenté une tactique de mobilisation à la mode nord-africaine : via les réseaux sociaux. Tactique attendue et rapidement déjouée par le pouvoir qui, en mars, a suspendu sur tout le territoire l’utilisation de Twitter, service proposé par MTN Cameroun.

L’obsession de l’ordre public explique l’extrême frilosité des préfets, qui refusent de manière quasi systématique d’accorder des autorisations de manifester sur la voie publique. Candidat déclaré à la succession de Paul Biya, l’opposant Louis Tobie Mbida a été brièvement interpellé pour avoir voulu tenir « une réunion qui avait pour objectif de présenter son programme politique ».

Les événements culturels ne bénéficient pas d’un meilleur traitement. Mi-avril, le Festival international du film des droits de l’homme, financé par l’Union européenne, prévoyait de projeter gratuitement une dizaine de documentaires dans des quartiers populaires et d’organiser des rencontres-débats entre spectateurs et membres de la société civile. Moins de deux heures avant la première, prévue au Centre culturel français, la police s’est invitée sur les lieux pour interdire l’événement en brandissant un arrêté signé du préfet, qui y voyait une menace d’atteinte à l’ordre public. Annoncée le même mois à la Fondation Muna, à Yaoundé, la projection privée d’un film sur les conditions de travail dans les bananeraies exploitées par l’entreprise PHP à Njombé (région du Littoral) sera censurée pour les mêmes raisons.
 
L’écho des troubles sociaux qui secouent plusieurs pays du continent est parvenu à Yaoundé. Les dirigeants en ont conclu, à juste titre, que leur légitimité, issue du suffrage universel, repose aussi sur l’indice des prix à la consommation, le taux de chômage des jeunes ou l’approvisionnement en denrées alimentaires. Et sur ce plan, la tranquillité est loin d’être garantie.

Depuis trois ans, le taux de croissance économique se traîne, à 2,5 % de moyenne (2,6 % en 2008, 2 % en 2009, 3 % en 2010, selon le FMI), tandis que l’inflation avoisine les 3 %. Les chocs extérieurs, dus notamment aux cours mondiaux du pétrole, n’ont pas épargné le Cameroun. En 2008, la hausse continue du prix de l’essence avait mis le feu aux poudres, provoquant une grève des transporteurs et un mouvement de protestation dépassant largement la question du pouvoir d’achat.

Hanté par les conséquences d’une éventuelle augmentation des prix d’autres produits, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a dès lors consacré l’essentiel de son agenda à la lutte contre la spéculation qui déséquilibre les marchés du sucre, du poisson et du riz, notamment. En février dernier, le pouvoir a jugé la situation suffisamment grave pour mettre sur pied une Agence de régulation des approvisionnements et des denrées de base ayant pour mission de contrôler les prix des produits alimentaires importés. Selon le ministre du Commerce, elle peut, le cas échéant, importer et stocker des denrées de première importance, qui seront vendues à prix conventionnel.


La carotte et le bâton

L’autre menace pour la paix sociale est représentée par le chômage des jeunes. Sur ce terrain, Paul Biya a choisi la carotte plutôt que le bâton. Le 10 février dernier, il a promis 25 000 recrutements dans la fonction publique. Sur une population active de plus 6 millions de personnes, l’impact paraît dérisoire ; surtout au regard du taux de chômage des jeunes, qui se situe, selon le ministre de l’Emploi, Zacharie Perevet, citant des chiffres de 2005, autour de 13 % au plan national et de 22 % à Douala, la plus peuplée des villes du pays. L’annonce a néanmoins suscité l’engouement de jeunes en recherche d’emploi, attirés par la sécurité que garantit la fonction publique.

L’avenir se joue également dans les nombreux « projets structurants » annoncés par le ministère de l’Économie. De quoi faire miroiter aux potentiels casseurs les emplois induits dans l’exploitation des mines, la construction de ports, de barrages ou de routes, le transport et les télécommunications. Ce sont les meilleurs arguments de campagne du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) au pouvoir. Reste à savoir ce qu’en pense son champion, Paul Biya, dont tous les Camerounais se demandent s’il va se représenter à la magistrature suprême.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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