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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 11:35

13 juin 2011

Quotidien Le Jour

 

 

Capitaine Guerandi Mbara G. Pour l’opposant camerounais exilé au Burkina-Faso, les émeutes enregistrées à la fin du match Cameroun-Sénégal sont “ les symboles de la déchéance d’un régime aux abois”. Pour M. Tchiroma, il n’y a eu que deux morts après les émeutes qui ont suivi le match nul entre les Lions indomptables du Cameroun et l’équipe nationale du Sénégal le 04 juin 2011 à Yaoundé.

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSN-kJzDZjZIHbcon-XQ0oqRL3f8dhxlGkPBs_3JHdjR7ho36QS_wS’agit-il pour le ministre camerounais de l’information et de la communication du mépris de la vie, d’une propension au mensonge, ou d’une campagne de désinformation?

 

D’abord, il a fallu attendre plusieurs jours pour que le gouvernement réagisse à cette situation. Dans un ton méprisant comme à son habitude, son porte parole minimise la mort des Camerounais en réduisant leur nombre  à deux, et en donnant l’occupation professionnelle des morts qui étaient selon lui « un malade mental et un vendeur de cigarettes ». Bref, des Camerounais de basse classe donc la fin des jours ne vaut pas qu’on s’y attarde si l’on s’en tient aux propos du ministre de la communication.

 

Ainsi, après s’être muré dans un silence méprisant, le gouvernement continue dans sa lancée en traitant avec hauteur la douleur de ceux qui auraient perdu leurs êtres chers. Cette situation illustre bien l’action du régime en place qui, au lieu d’être l’agent de vie, s’est complu dans une culture de la mort au point où celle-ci n’émeut plus personne tellement elle est devenue banale. En tout cas, de zéro à deux morts, c’est déjà ça. On savait déjà que les Camerounais meurent régulièrement de famine, qu’ils meurent par milliers faute de soins appropriés, qu’ils meurent par milliers du fait du VIH/Sida ou du choléra, qu’ils meurent du fait de la répression policière, qu’ils meurent sur les axes routiers mal réalisés parce qu’on a dilapidé les fonds nécessaires à leur bon fonctionnement, etc. On vient de découvrir qu’ils peuvent aussi simplement mourir parce qu’ils sont allés se divertir.

 

Le mépris de la dignité humaine a atteint de nouveaux sommets avec le régime de Biya qui sacrifie sans cesse à l’autel de ses ambitions politiques la vie de plusieurs Camerounais sans jamais s’en émouvoir. Même si la bande à Biya semble l’oublier, la première tâche d’un gouvernement est de veiller au mieux-être de tout citoyen et de tous les citoyens. Même un seul mort autour d’un stade de football est un mort de trop. De plus dans un pays, il n’y a pas de hiérarchie autour d’un drame. Quelque soit l’occupation professionnelle du Camerounais qui meurt, c’est un drame national, c’est le Cameroun qui pleure surtout quand cette mort survient autour d’une passion nationale : les Lions indomptables.

 

La réaction du ministre de la communication est une preuve supplémentaire si besoin l’était encore que le régime en place n’a aucune maîtrise sur le cours de la vie du commun des Camerounais. Préoccupés à se soustraire de la sanction populaire, Biya et son clan n’ont plus les manettes sur les leviers de la république. Cette absence de leadership est fatale aux Camerounais dont la vie ne vaut même plus la moindre attention de la part de leur gouvernement. D’ailleurs, l’explication brouillonne de M. Tchiroma illustre bien la gêne devant l’absence d’une information claire. On ne peut pas simplement s’en tenir à la propension au mensonge de ce ministre pour justifier ses inexactitudes. S’il savait par exemple que selon les journaux, des policiers auraient perdu la vie durant ces émeutes, il aurait certainement réfléchi avant de déshonorer ainsi leurs mémoires. Mais voilà, nous sommes dans un pays où la corruption endémique fait que personne n’effectue plus son travail. Ceux qui sont sensés informer le président et le Peuple, sont les plus mal informés.

 

Puisqu’ils ont obstinément refusé de faire le saut au 21ème siècle et de s’adapter à la marche de l’Histoire, les thuriféraires du régime de Yaoundé ne comprennent pas qu’on se trouve à une époque où il est vain de mentir. Ils ne comprennent surtout pas, que la rétention de l’information est à la base des effets contreproductifs, qu’au moment où ils servent leurs logorrhées aux médias, la population est au courant du fait que les limites congénitales du régime de Biya ont encore coûté la vie à de vaillants Camerounais.

 

Le porte-parole du gouvernement n’a jamais vraiment intégré la posture éthique de sa fonction. Il ne peut donc pas comprendre que les moments solennels d’émotion comme ceux-là demandent qu’il s’élève au-dessus des stratégies personnelles visant à assurer le viol de la volonté des Camerounais par Paul Biya à tout prix et même au prix de la vie de nos compatriotes.

 

La sortie de M. Tchiroma énonce déjà la logique qui va guider le pouvoir de Yaoundé dans les prochains mois. Avec l’élection présidentielle en vue, le régime est déjà armé contre la population pour justifier comme d’habitude ses exactions. Comme à l’accoutumée, il faudrait s’attendre à ce qu’il réprime l’expression des Camerounais revendiquant leur liberté dans le sang et que ces exactions soient chaque fois justifiées dans des points de presse par des ministres aux commandes, pour qui tout y compris le chaos vaut mieux qu’une alternance démocratique au pouvoir. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que l’on s’approche aussi d’un temps où le ras-le-bol des Camerounais pourrait s’exprimer de manière plus prononcée et que ces derniers soient moins tolérants face au rapt de leur conscience et, au déni de leurs libertés fondamentales.

 

Le gouvernement camerounais a mis plus d’énergie à essayer de museler les médias les empêchant de faire leur travail que de prévoir la catastrophe d’après match. En effet, après la restitution des faits du match Cameroun-Sénégal sur Canal 2 International, on a assisté au licenciement pur et simple des journalistes Patrick Albert Eya’a et Guy Zogo, employés à la télévision privée Canal 2 International pour entre autres motifs, un supposé « manque de professionnalisme et de patriotisme », selon le PDG du Groupe dans les colonnes du quotidien Mutations du 09 juin 2011.

 

La volonté de mutiler ainsi la liberté d’expression correspond bien à un dessein malveillant qu’ils veulent ériger en destin politique : passer l’éternité au pouvoir. Dans un gouvernement démocratique, le ministre qui s’est fendu d’une telle déclaration aurait eu la décence de remettre sa démission depuis longtemps. Mais nous sommes au Cameroun, où le prince règne mais ne gère rien. Loin de lui gratifier d’une expérience et d’une profondeur managériale, sa longévité au pouvoir n’a fait que laisser transparaître ses nombreuses limites. Un pays où les dirigeants négligent leurs propres citoyens au point d’en banaliser la mort est un pays qui s’effondre et tourne le dos à l’Avenir. D’ailleurs, en choisissant de faire bégayer l’histoire des trucages politiques, le régime de Biya nous condamne à être prisonniers du passé en bouchant l’horizon de l’Avenir.

 

Témoin du mépris de ces prophètes de la thanatologie pour la vie humaine, la vie des Camerounais, le Peuple doit savoir que l’heure de l’Éthique rédemptrice et de la Refondation a sonné. Nous allons faire un retour aux valeurs sacrées qui sont les nôtres, à savoir le respect de la vie, de toute vie. Lorsqu’elle sera accomplie, cette mutation sociétale remettra au centre des préoccupations sociales et politiques, la vie de tous les Camerounais.  Elle ne le fera pas uniquement par la nécessité de préserver par tous les moyens cette vie, mais aussi et surtout dans la quête inlassable de l’amélioration de sa qualité.  Ce dernier aspect représente le référentiel d’un gouvernement de la Refondation.

 

Les Camerounais en ont plus qu’assez du discours redondant sur la prise de conscience du régime des souffrances de la population; discours qui ne s’accompagne jamais d’actions. Cette propagande ne pourra cesser que par l’institutionnalisation d’une Éthique rédemptrice qui procède à une profonde Refondation sociétale. À ce moment, le Peuple camerounais saurait s’armer contre la résignation qui l’envahit à l’écoute des propos comme ceux des thuriféraires/griots du régime de Yaoundé. Le Cameroun va revêtir ses attributs de locomotive de l’Afrique centrale en optant pour un bien-être général et individuel. Loin des valeurs matérielles qui poussent un ministre à vouloir préserver son poste en méprisant la vie humaine, le nouvel éthos mettra la primauté sur l’Homme et l’humanisme, car l’Afrique est le berceau de l’humanité. Une telle prédisposition morale fera en sorte que les gestionnaires de la chose publique prennent toutes les mesures pour que notre Pays ne soit plus endeuillé par la bêtise humaine perpétrée  par leur irresponsabilité et  ne masquent plus leur incapacité derrière l’écran de fumée de la condescendance.

 

Les porte-paroles d’Étoudi et du gouvernement et leurs commanditaires doivent garder en tête qu’ils seront comptables de toutes vies camerounaises perdues dans des circonstances troubles. Le moment venu devant le tribunal de l’Histoire, la rhétorique du mépris ne sera pas suffisante pour les soustraire de la colère du Peuple.

 

C’est l’occasion pour Nous de rendre un vibrant hommage à tous les morts de ce fameux match Cameroun-Sénégal du 04 juin 2011 et de témoigner notre peine à leurs familles dont celle de M. Serge Alain Youmbi, âgé de 20 ans.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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