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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 12:23

Xavier Messè

25 février 2011

Mutations

 

 

La livraison de Mutations d’hier relate abondamment, photos à l’appui, comment la capitale économique a vécu la journée de mercredi 23 février. Cette journée, de certains partis d’opposition, était qualifiée de celle de «tous les dangers». A en croire les leaders politiques qui ne sont pas de mèche avec le régime en place, cette journée, placée dans le contexte commémoratif de la «Semaine des martyrs», était destinée à rendre hommage aux jeunes Camerounais tombés sous les balles des forces de l’ordre en février 2008 lors des «émeutes de la faim».

 

Les manifestions annoncées pour trois jours, devraient connaitre leur apogée mercredi dernier par un grand rassemblement à la salle des fêtes d’Akwa. Nos reporters sur différents sites à partir desquels les manifestants devaient converger vers la salle des fêtes d’Akwa, expliquent qu’à chaque tentative de concentration de personnes, la police ou la gendarmerie faisait aussitôt irruption sur les lieux et dispersait les gens à coup de matraque ou de canon à eau.

Cela a été le cas à Nkongmondo, à Bessenguè, à Bonadibong à Bonanjo ou à Akwa particulièrement où la police a durement frappé et blessé plusieurs leaders politiques. Douala ressemblait à une ville en guerre.
Trois ou quatre jours avant la date du meeting, la police de la ville, renforcée par plus de trois cent éléments venus de Yaoundé et autant de Mutengene, avait quadrillé tous les points sensibles de la ville, multipliant des mouvements des hommes en tenue, plaçant des engins antiémeutes à tous les points névralgiques. Les pouvoirs publics avaient accompagné ces stratégies de dissuasion d’une intense campagne de distribution de tracts non seulement à Douala, mais sur toute l’étendue du territoire national. Les médias publics n’étaient pas en reste ; ils ont orchestré la même campagne, mais axée surtout sur les thèmes de la paix qui règne au Cameroun et qu’il faut préserver; sur les attentions du chef l’Etat à la jeunesse, preuve des 25 mille emplois qu’il a crées dans la Fonction publique.

Cette mobilisation multiforme justifierait-elle la non-adhésion massive du public aux appels de l’opposition ? Un leader dit qu’il ne serait judicieux de parler d’échec, tout comme on ne chanterait pas non plus la gloriole ; mais pour le comité d’évaluation de l’opposition, le résultat est plutôt mitigé. Il appuie son constat par le temps relativement court que l’opposition s’est donné pour mobiliser les masses ; il relève aussi la brutalité exceptionnelle dont font montre la police et la gendarmerie camerounaises, prêtes à aller aux massacres des populations si cela était nécessaire.
Nulle part au monde, on a vu un régime croiser les bras attendant que l’opposition vienne lui arracher le pouvoir sans qu’il se batte. Il ne le lâchera que s’il est vaincu soit dans les urnes, soit par la rue, ou alors exceptionnellement par les armes. Il ne suffit pas de voir Ben Ali fuir comme un lapin sa Tunisie, ou Hosni Moubarak se réfugier à Charm el Cheikh pour penser qu’il suffirait à quelques passionnés du changement de descendre dans la rue pour que Paul Biya à son tour, prenne la poudre d’escampette, pour la simple raison que lui, comme les autres, a déjà mis trop de temps au pouvoir. On n’engage pas une guerre par mimétisme ou par effet de mode, même si on a le sentiment que les causes ici et là bas sont les mêmes. L’environnement humain, les mentalités, la socio-culture, le niveau d’éducation, l’encadrement et l’éducation des forces de l’ordre, sont des facteurs déterminants qu’il faut prendre en compte pour mener un combat comme celui consistant à faire partir une personne comme Paul Biya du pouvoir. L’opposition camerounaise est trop émiettée et infiltrée pour être capable d’une réflexion aussi profonde.

Quid de la société civile et des syndicats ? Les deux présentent des similitudes frappantes avec l’opposition : très jeunes, inorganisés, infiltrés, dépourvus des moyens et souvent d’objectifs fiables. Ils succombent facilement sous le charme du pouvoir et abandonnent les combats au premier appât qui effleure leurs narines. Ils ont besoin de maturité et d’esprit d’abnégation.
Les mouvements spontanés comme celui de février 2008 ne se reproduisent pas chaque année. S’ils n’atteignent pas des objectifs escomptés dans l’immédiat, ils servent aussitôt de cas d’école aux politiques et à ceux qui ont la charge d’assurer le maintien de l’ordre. Les «émeutes de la faim» avaient surpris et secoué le pouvoir ; il avait juré qu’on ne le surprendrait pas deux fois. Les quadrillages de Bafoussam, de Yaoundé et de Douala en sont une éclatante preuve. Rien n’a été négligé : comme par hasard, au moment où les autres se font tabasser à Douala, John Fru Ndi, le leader de l’opposition tenait un meeting à Garoua, pour exhorter les Camerounais à la paix… exactement comme le fait le Rdpc.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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