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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 23:04

28 avril 2010

Propos de Celestin Bedzigui

recueillis par Célestin Ngoa Balla

Pour Le Messager

 

 

Le journaliste Bibi Ngota  vient de décéder à la prison centrale de Kodengui à Yaoundé. Le p

ouvoir vient encore de signer un crime ?


Permettez-moi d’abord de m’incliner devant la mémoire de ce martyr de la Vérité. Je suis très profondément indigné par ce drame qui rappelle à notre conscience le caractère absolument monstrueux de la clique d’hyènes affamées de vies de Camerounais qui contrôle les leviers de l’Etat au Cameroun. Trop c’est trop !!! De quels droits ces individus, Laurent Esso, Adolphe Moudiki, Paul Biya, Marafat Hamidou, Amadou Ali Yaya, peuvent ainsi au fil des jours, exposer à la destruction les vies de jeunes Camerounais ? Tout ce que ce pays compte encore d’hommes de conscience devrait aujourd’hui se sentir tenu à une obligation d’indignation  et de mobilisation pour préparer à cette légion de criminels qui détournent la puissance publique pour l’accomplissement de leur funeste dessein, la punition extrême le moment venu. Le karma de tout ce sang versé est une énergie qui s’accumule et qui permettra qu’un jour prochain, le peuple prenne sa revanche. Pour qui connaît un tant soit peu l’histoire des hommes, nous y arriverons, croyez-moi… Et plus que jamais, nous sommes appelés à l’action, la passivité et la résignation n’étant pas une option, pour que le sacrifice du regretté Bibi Ngota et de ceux qui l’ont précédé ne soit pas vain.

 

Ceci dit, vous parlez de ‘’un nouveau crime du pouvoir ?

 

Absolument ! Et je compléterai en disant : un second crime qui s’ajoute   à un premier. Le premier crime aura été d’arrêter et d’emprisonner ces journalistes qui n’ont fait que leur métier de journaliste d’investigation dont les  »trouvailles » exercent une fonction de veille éthique dans une société. Si certains se sentaient concernés par leurs   »trouvailles », la Loi en la matière prévoit le recours au droit de réponse. Qu’est-ce que c’est que ce pays où sévit cette ‘’ sauvagerie criminelle d’emprisonner les journalistes ?’’ . Nous sommes en face d’un crime odieux, commis par , un Etat qui hait la jeunesse, qui n’a de cesse que de tuer et de détruire les vies des Camerounais. Les coupables de ces graves méfaits sont à pointer du doigt , du sommet politique de l’Etat qui tolère voire encourage de telles malfaisances au ministère de la Justice qui cèdent aux injonctions de ceux  pour qui l’abus de pouvoir est un droit qu’ils ont reçu de …Satan, pour en arriver au Ministère de l’Administration Territoriale qui a la charge de veiller sur la santé de nos compatriotes en détention. Les responsables de toutes ces instances sont à mettre en cause et devraient répondre de ce drame inacceptable….

 

Certains disent déjà que Paul Biya n’est en rien responsable de cette «élimination ». C’est aussi votre avis ?

 

Il l’est… car il tolère les pratiques d’abus de pouvoir qui ont conduit à ce drame. C’est lui qui en porte la responsabilité politique, il n’y a pas de doute. Il la portera  tant qu’il ne se démarque pas des responsables au premier degré de ce type de crimes en les démettant de leurs fonctions. Il faut quand même que tout ceci s’arrête. On ne peut pas continuer à assister à l’extermination de notre jeunesse par une clique d’individus qui ne s’illustrent que par la désolation où leur gestion incompétente plonge notre pays, incapable qu’ils sont à apporter un début de solution au problème majeur de jeunes  Camerounais  qui est celui du chômage. Le régime de Monsieur Biya hait la jeunesse… Il n’a de cesse que de la terroriser en abattant ses symboles, comme pour la forcer à la soumission. C’est ainsi qu’il faut comprendre ce qui est à l’œuvre dans notre pays.

 

Et si vraiment Paul Biya n’était pas au parfum de ce cas comme de tant d’autres, comme ceux des victimes de l’opération Epervier, n’y a-t-il pas à être inquiet d’être désormais embarqués dans un bateau avec plusieurs capitaines ?Ou peut-être pas sans ?

 

Le système totalitaire qui sévit au Cameroun fait que tout ce qui s’y fait est connu deMonsieur Biya. Et tout ce qui sert ses intérêts, il le couvre de son silence. Rien ne lui échappe. Surtout que la  »trouvaille » rendue publique par ces jeunes journalistes portaient sur l’argent,  chose à laquelle il s’intéresse le plus. De plus, ce sont ses très proches collaborateurs, en l’occurrence Esso et Moudiki, qui sont impliqués dans cette affaire. Imaginez-vous une seule seconde qu’il n’en ait pas été avisé et n’ait pas suivi les manœuvres orchestrées par ces gens-là  pour créer un rideau de fumée en faisant arrêter ces jeunes journalistes, lorsque, comme certains le pensent, leur forfait a été éventé?  Biya demeure bien le seul capitaine à la barre du bateau Cameroun, même si, du fait des limites physiques et intellectuelles désormais évidentes, il laisse désormais ce bateau aller à la dérive et courir le risque de se fracasser contre les rochers d’une décomposition sociale et économique croissante.

 

La situation de la liberté de la presse n’a jamais été dans les normes au Cameroun. Mais depuis l’arrivée de Issa Tchiroma au ministère de la Communication l’on note une flambée des arrestations,  tortures et autres abus contre les journalistes camerounais. Etonnant non, quand on sait qu’ Issa Tchiroma arrive de l’opposition ?

 

Vous permettrez que je me réserve de porter un jugement personnel sur le ministre de la Communication,  risquant de ne pas être objectif et pensant a ce moment de nos vies où nous nous retrouvions littéralement chaque jour chez un ami commun, mon très regretté frère Antar Gassagay. Tout juste dirai-je qu’ayant lui-même, certains jours, été  victime d’abus de pouvoir de la part du système qu’il sert aujourd’hui, on aurait pensé qu’il prendrait sur lui de défendre les journalistes contre les abus de pouvoir qui sont désormais leur épreuve quotidienne…

 

Comment expliquez-vous cet acharnement contre les hommes de presse au Cameroun ?

 

Cela fait partie d’un plan global que je n’ai cessé de dénoncer depuis des années: la dérive totalitaire et la terreur d’Etat que Monsieur Biya et ses complices ont choisi comme méthode de gouvernement de la cité. Le régime, à défaut d’acquérir la légitimité par les urnes, a conçu qu’il faut imposer aux Camerounais un Etat de terreur pour se perpétuer… On le voit avec ces gouverneurs,  comme Fai Yengo, qui interdisent les réunions de toutes natures sur des provinces entières, alors que selon la Loi de 1990, les réunions publiques sont placées sous le régime de la déclaration et non sous celui de l’autorisation; on le  voit avec ces hommes politiques et ces leaders d’opinion  qui sont enlevés, interpellés ou emprisonnés de manière absolument illégale comme Lapiro, Limam Oumate, Paul Eric Kingue entre autres; on le voit avec ces prisonniers politiques qui remplissent les quartiers spéciaux de nos prisons, prisonniers assurément politiques du fait flagrant du caractère sélectif et ‘’missile à tête chercheuse’’ de l’ ‘’Opération Epervier’’, donnant naissance à la constitution d’un véritable ‘’archipel du goulag’’ camerounais, les victimes choisies étant soupçonnées ou accusées d’ avoir osé penser à un Cameroun sans ou après Biya, et devant de ce fait être broyées ou éliminées, en les jetant en pâture à une opinion publique manipulée et surconditionnée, utilisant une parodie de justice qui tient plus d’un scenario digne d’ un roman de Kafka que d’une saine administration de la justice, comme on le constate avec les odyssées judiciaires de Pierre Désiré Engo, Titus Edzoa, Etonde Ekotto, Atangana Mebara, Fordjidam et j’en passe… Avec la force de Dieu et l’assistance des Hommes Justes, la Justice reconquerra un jour ses lettres de noblesse au Cameroun.

 

La presse, ce quatrième pouvoir est aux yeux de ce régime totalitaire l’ultime menace, maintenant qu’il croit être venu à bout des hommes politiques et des figures publiques de la dissidence, qu’il croit avoir maté les velléités contestatrices des jeunes et des travailleurs. Il faut donc la caporaliser par la corruption, eh oui !!! nous avons connaissance de cas… la neutraliser par l’intimidation, la bâillonner par la censure et le recours à des abus divers dont l’une des formes a conduit au drame de la disparition de Bibi Ngota. Il s’agit en fait d’un plan diabolique.  Je souhaite que les Camerounais le comprennent. Qu’ils sachent surtout que plus se rapprochera la date de la  prochaine présidentielle, plus ce régime  multipliera des menées funestes dont un grand nombre seront orientées contre les forces vives susceptibles de mobilisation pour enclencher le changement au premier rang desquels on compte les jeunes et la diaspora. Que les Camerounais soient donc prêts le moment venu à se lever, à se mobiliser et à se battre pour qu’un terme soit mis à ce système inique et perverti. Pour notre part, nous nous y préparons et nous activons à ne plus les laisser faire… impunément…Et si les rivalités et la désunion des journalistes camerounais était aussi une arme à la faveur du pouvoir ? Tout un monde à réorganiser ?

 

Sans nier l’importance de cette dimension qui interpelle les capacités civiques et organisationnelles de la corporation des journalistes, nous pensons que la volonté politique de musèlement et de mise au pas de la presse reste déterminante dans la dégradation des conditions d’exercice du métier de journaliste au Cameroun ces dernières années.

 

En tant qu’homme politique et désormais activiste en Amérique, qu’allez-vous faire pour ce qui concerne le décès de Bibi Ngota ?

 

Homme politique par choix, activiste par nécessité stratégique, il faut le dire, je le suis… A l’abus des droits humains où excelle le régime de Biya, nous avons choisi de répondre par la force du Droit. C’est cette démarche qui a justifié le dépôt de la pétition sur les massacres de février 2008 à l’ONU il y a quelques semaines. Vous aurez à en entendre de la suite bientôt.

Nous prenons pleinement en compte le décès de Bibi Nogota qui sera l’un des cas que nous verserons dans le dossier d’une autre procédure que nous allons engager dans les jours à venir contre Monsieur Biya et ses complices de tous les niveaux devant les tribunaux américains, au titre des ressources légales de l’‘’Aliens Torts Act’’ .

 

 

Voici en anglais et pour la gouverne de tous des extracts de cet ‘’ Aliens Torts Acts’’:   

’ U.S.C. Title 28 § 1350 , Alien’s Action for Tort.


The District Courts shall have original jurisdiction of any civil action by an alien for a tort only, committed in violation of the law of nations or a treaty of the United States.

Section.1. “‘This Act may be cited as the ‘Torture Victim Protection Act of 1991’’.
Section. 2. Establishment of civil action.

(a) Liability: An individual who, under actual or apparent authority, or color of law, of any foreign nation,

(1) subjects an individual to torture shall, in a civil action, be liable for damages to that individual;

2) subjects an individual to extrajudicial killing shall, in a civil action, be liable for damages to the individual’s legal representative, or to any person who may be a claimant in an action for wrongful death.

(b) Exhaustion of remedies: A court shall decline to hear a claim under this section if the claimant has not exhausted adequate and available remedies in the place in which the conduct giving rise to the claim occurred.

(c) Statute of limitations: No action shall be maintained under this section unless it is commenced within 10 years after the cause of action arose.


‘‘Section. 3. Definitions….

Torture: For the purposes of this Act, the term ‘torture’ means:


‘‘(a) any act, directed against an individual in the offender’s custody or physical control, by which severe pain or suffering (other than pain or suffering arising only from or inherent in, or incidental to, lawful sanctions), whether physical or mental, is intentionally inflicted on that individual for such purposes as obtaining from that individual or a third person information or a confession, punishing that individual for an act that individual or a third person has committed or is suspected of having committed, intimidating or coercing that individual or a third person, or for any reason based on discrimination of any kind;


‘‘(b) mental pain or suffering refers to prolonged mental harm caused by or resulting from—

1) the intentional infliction or threatened infliction of severe physical pain or suffering;

          2) the administration or application, or threatened administration or application, of mind altering substances or other procedures calculated to disrupt profoundly the senses or the personality;

3) the threat of imminent death;


4) the threat that another individual will imminently be subjected to death, severe physical pain or suffering, or the administration or application of mind altering substances or other procedures calculated to disrupt profoundly the senses or personality.’’

 

 

 

Pour se résumer, cette loi américaine autorise tout juge américain à statuer sur des sévices infligées à des personnes non américaines et hors des Etats-Unis et à rendre des décisions d’application universelle lorsque sont en cause les Droits humains. C’est sur cette base qu’ont été condamnés des proches de Charles Taylor et autres ou d’autres dictateurs ou criminels.

Notre option politique et stratégique est de prendre Monsieur Biya et ses collaborateurs en étau afin qu’un jour ou l’autre, ils paient le prix de leurs crimes. Je puis vous assurer qu’ils le paieront. La combinaison des procédures légales en cours ou à engager avec l’intensification du lobbying auprès de certains milieux, pour ne pas dire plus, laisse entrevoir des résultats prometteurs. Croyez-moi : Bibi Ngota et toutes les victimes de Biya n’auront pas souffert en vain. Les criminels de Yaoundé payeront… Nous y travaillons avec toute notre énergie et toutes nos ressources.

 

Que Dieu Bénisse le Cameroun !

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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