Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

 

Rechercher

3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 00:17

12 janvier 2004

Clément Boute Mbamba 

 


Barthélémy Boganda, Président fondateur de la république Centrafricaine

 

Le 29 mars 1959, en pleine forêt équatoriale, un avion sombra et une vie s'est arrêtée. Un rêve s'est envolé et un espoir fut enterré. Des enfants rendus orphelins, une femme devenue veuve par la brutalité de l'histoire. En ce jour là, dans la force de l'âge, à 49 ans, Barthélemy Boganda, l'un des artisans de l'indépendance Centrafricaine et animateur de la première scène politique Centrafricaine mourut. Au delà du mystère et des non-dit qui entourent cette brutale disparition dont les témoins directs commencent à partir au pays des hommes allongés, c'est ce jour là que naquirent le culte de sa personnalité et son processus de béatification.

Il n'est de mouvement centrafricain, de partis politiques, d'hommes politiques et d'hommes d'état qui ne se réclament de l'héritage de Boganda.

Mais pour nous, les centrafricains n'ayant pas connu Boganda, face à la duperie de nos hommes politiques et publics, face à leur «TEKAMOTEGUEISME», face au manque de réalisations dans les domaines économiques, politiques et social, face à une errance et un éternel recommencement qui dure 45 ans (1958 à 2004), il était évident de remonter à la source et de se poser la question sur l'autre Boganda ; car, à des degrés divers, il est le père de tous ceux qui nous ont gouvernés et qui nous gouvernent encore.

Ayant vécu et vivant encore dans ce culte permanent de Boganda, il est normal de se poser la question sur les véritables réalisations qu'il nous a légué et ceci à tous les niveaux. En nous posant cette question, et en y apportant des réponses avec des éléments de notre histoire et de notre passé colonial, nous ne nous spécialisons pas en révisionnisme et négationnisme, mais nous désirons une rupture spirituelle pouvant aboutir à une rupture historique car le salut de la nation doit désormais passer par cette devise : «les faits, rien que les faits pour tous centrafricains sous toutes les latitudes».

Cet acte de réflexion volontairement rétrograde est établi, tout en étant conscient qu'on ne peut conduire une voiture, tout en ayant les yeux rivés en permanence sur le rétroviseur, mais sachant aussi l'importance du rétroviseur quand on veut bien conduire, tout comme cette assertion populaire qui dit : « on connaît l'importance des fesses quand on veut s'assoire ».

Le qualificatif «père de la nation Centrafricaine», est généralement employé quand le nom de Boganda apparaît, si nous ne contestons pas cette vérité historique et politique, il est aussi une vérité que très peu d'hommes sous notre ciel centrafricain osent proclamer et qui est la suivante : «les torts d'un jeune homme sont les défauts de son père».

Arraché brutalement à son enfant le Centrafrique, la question que l'on est en droit de se poser est : que nous a laissé le président Boganda ce jour du 29 mars 1959.

Après la purge effectuée par le président Dacko entre avril et mai 1959 et ceci avec le parrainage de la chambre de commerce de l'époque, celui-ci hérita d'un territoire du président Boganda, où évoluait près d'un million de personnes et où manquaient les infrastructures de communication et de développement. Près de 44 ans après cette passation brutale de relais le constat est presque identique : rien n'a été fait, et les maigres avancées se sont vite transformées en prison à ciel ouvert pour le peuple qui paie toujours le plus grand tribut.

De 1959 à nos jours 6 régimes se sont succédés. Chacun, à sa manière, marquera dans la négativité et pour l'éternité l'histoire de notre pays. Tous ces régimes ont un dénominateur commun : l'héritage de Boganda :
Dacko I : 1959-1966 - la genèse de tous les gâchis
Bokassa 1er : 1966-1979 - une idiotie kaki
Dacko II : 1979-1981 - légèreté et trahison
Kolingba : 1981-1993 - une erreur made in FACA.
Patassé : 1993-2003 - une calamité sortie des urnes
Bozizé : 2003- recolonisation régionale

Mais comment tous ces hommes qui se prétendent tous héritiers de Boganda, ont-ils pu nous enfoncer et nous faire prendre autant de détours ? Alors que le chemin vers l'émancipation passe seulement par le travail, l'honnêteté et une gestion saine incluant cette notion que gouverner c'est prévoir et que la politique, c'est la gestion et le management d'une nation et non d'un clan ou de certains intérêts occultes.

Lorsque, avec Yetina en septembre 1949, Boganda fonda le MESAN (mouvement d'évolution sociale de l'Afrique noire), il avait déjà 3 ans de carrière politique débutée à Bambari en 1946. Il voulait faire de ce mouvement le fer de lance de l'émancipation du Centrafrique (Oubangui-Chari), ce qui s'est traduit par les cinq verbes des Bogandistes et des adhérents du MESAN : nourrir, vêtir, soigner, loger et instruire.

La carrière politique de Boganda s'acheva ce 29 mars 1959, soit près de 16 ans après avoir commencé à Bambari sous l'instigation de monseigneur Grandin. Peut on dire que le président Boganda a réussi à réaliser son œuvre ? Le Mesan a-t-il été cette plate-forme du progrès ? Que retenir de Boganda dans les domaines économiques, politiques et sociaux ? Quel impact spirituel a-t-il légué à ceux de sa génération et au delà à tous les centrafricains ?

A) Boganda a-t-il réussi son œuvre ?

Si nous considérons l'indépendance nominative de la RCA comme l'œuvre de Boganda, nous pouvons affirmer qu'il a réussi. Cependant il est des éléments historiques qui nous emmènent à constater deux faits importants qui nous emmènent à dire que Boganda le voulant ou pas, le processus des indépendances était inéluctable et devrait certainement s'accomplir.

1) la déclaration de la création des nations unies à la conférence de San Francisco qui appelait à l'indépendance des colonies, doublée des activités d'Hô chi Minh via le parti Viêt-minh au Vietnam.

2) les revendications de l'Istiqal au Maroc, les activités unionistes de Kwamé Nkrumah et le non de Sékou Touré au référendum de 1958.

Ces éléments prouvent que le chemin de l'indépendance était tout tracé. En cette décennie 50 l'empire français comportait la métropole et les territoires d'outre mer (colonies).

Face à l'émergence des mouvements nationalistes, essentiellement en Afrique du nord et en Asie, le gouvernement français va user d'une arme qui fait la fierté de nos hommes politiques d'aujourd'hui : la duperie.

L'union française était un tissu de mensonge juridique faisant croire au bonheur du peuple dans la république française. Mais en réalité cette semi-indépendance n'était qu'un leurre, les pouvoirs véritables étant détenus par Paris, elle avait pour but de contenir les velléités indépendantistes. Or à ce niveau Boganda se trouve être l'un des plus grands défenseurs de l'Union, quand Sékou Touré préférait la pauvreté dans la dignité. Normal que les héritiers de Boganda aient les yeux tournés en permanence vers Paris.

Avec son élection à la présidence du grand conseil en 1957, Boganda consacra la majeur partie de son temps à vouloir réaliser le plus grand projet de son existence : la fédération. La république Centrafricaine devrait englober les états de l'AEF dans un premier temps et ensuite les états unis d'Afrique latine qui intégreraient le Congo Belge (actuelle RDC), le Ruanda-Burundi, l'Angola et le Cameroun. Ce projet et son mandat au grand conseil l'éloignèrent des réalités oubanguiennes, donnant de fait le pouvoir au professeur Goumba qui dirigeait le gouvernement de l'époque dont il était vice-président et ministre des finances et du plan. Bien qu'ayant été parmi les premiers à comprendre que des voies de notre émancipation serait parmi les ensembles nationaux ou régionaux, le président Boganda fit preuve d'une grande naïveté dans son entêtement à vouloir réaliser son projet fédérateur, quand Fulbert Youlou au Congo, Gabriel Lisette au Tchad et Léon M'ba au Gabon provoquèrent l'éclatement du grand conseil en novembre 1958. Mais, encore naïf, Boganda croyait à un changement extrême des autres leaders régionaux dans leur option pour la république individuelle. C'est pourquoi il fut le dernier des quatre leaders territoriaux de l'AEF à proclamer la république.

B) le MESAN a-t-il été la plate-forme du progrès (évolution sociale) ?

Lorsque, sous l'initiative de Boganda en Août 1949 des réflexions naquirent pour créer le MESAN le 28 septembre 1949, cinq mots (verbes), résumèrent la philosophie de cette grande machine que devrait être le MESAN : « vêtir, loger, nourrir, soigner, instruire ».

Force est de constater qu'il existe un ténébreux écart entre les idéaux du MESAN et ces réalisations. Boganda qui n'a administré la RCA de manière directe que durant quatre mois, de décembre 1958 à mars 1959, n'a rien laissé de concret. Pire encore le parti qu'il a créé avec Yetina va générer des calamités, des pandémies et des incompétents de 1959 à 2004. Deux régimes aux couleurs directes du MESAN (Dacko I et Bokassa 1er : 20 ans). Un régime dérivé du MESAN (Dacko II : 02 ans). Trois régimes enfants du MESAN (Kolingba, Patassé et Bozizé : 22 ans). Première machine de réflexion politique Centrafricaine, le MESAN a tout simplement été la plateforme de régression sociale du Centrafrique. Il a engendré tous ces ogres que nous avons connu et qui font notre malheur quotidien, il est l'une des causes de notre malheur. Or le MESAN est le fruit politique de Boganda. De par cette paternité politique et historique, les bêtises de ces rejetons retombent sur lui.

C) Que retenir de Boganda dans les domaines économique, politique et social ?

Tout ce que Bangui et le pays compte d'infrastructures administratives et de voies et moyens de communication date de l'ère coloniale ou doit être mis à l'actif des deux rejetons des FACA qui nous ont gouvernés : Bokassa 1er et Kolingba. Le déséquilibre de la balance commerciale centrafricaine trouve son origine à cette époque-là.
Pour exemple en 1952 :
• exportation : 75.000 tonnes
• importation : 72.000 tonnes

En 1957, il n'existait aucun cadre technique oubanguien. 95% des entreprises existantes étaient détenues par des non-oubanguiens.

Dans le domaine de la santé, aucune avancée significative n'a été enregistrée en matière d'infrastructure sanitaire.

Dans le domaine agricole, seules les cultures de rente ont trouvé leur place au soleil, mais leur production était insignifiante, comparée à l’Afrique de l'ouest.

Comment expliquer l'inefficacité de Boganda dans le domaine des réalisations techniques au frais de la fédération dans le cadre du budget fédéral; juste pour exemple : le 17 novembre 1954 à la séance du grand conseil à Brazzaville, Kabylo, l'un des représentants Oubanguiens dénonce l'écart entre les réalisations pour le seul territoire de Brazzaville et les autres régions de l'AEF
- travaux d'entretien Brazzaville : 24.000.000 francs
- travaux d'entretien territoires : 11.800.000 francs

D) Quel impact spirituel ou moral Boganda nous a légué ?

On n'arrête pas de nous parler de Boganda : homme au dessus du lot. Mais tous ceux qui se réclament de lui sont incapables de nous dire en réalité ce qu'il leur a laissé. Et nous sommes obligés de tirer une conclusion mécanique face à leurs échecs que c'est d'un ensemble vide qu'ils ont hérité de Boganda.

1) le Zo kwe zo fut il réellement appliqué par Boganda ?
L'affaire Nzilakema est là pour nous rappeler que le sentiment tribaliste qui s'est mué en véritable cancer ces 16 dernières années a son origine dès l'aube de la nation Centrafricaine et que les héritiers de Boganda n'ont fait que suivre les chemins de leur père. Pour résumer, c'est à cause de l'affaire Nzilakema, que Boganda connut des péripéties judiciaires. Mais pourquoi connut il cela ? Parce que Nzilakema, qui était un chef ngbaka était aussi parent à Boganda, c'est pourquoi celui-ci demanda une désobéissance civile quand un crime odieux fut commis sur son parent. Or bien avant l'affaire Nzilakema, beaucoup de crimes ont été commis, et face auxquels Boganda ne réagit guère :
*l'affaire Cury à Baboua
*l'affaire Nguvaka à Bangui
*l'affaire Mbaga à Berberati
*l'affaire Madadoua, longo, Baaga et Danngandji à Bakouma
*l'affaire Kindo à Bangassou
*l'affaire Bagaza à M'baïki

2) Boganda était-il un démocrate ? Ce n'est pas parce qu'on accepte des débats contradictoires ou qu'on a autour de soi des personnalités aux origines régionales et ethniques diverses que nous devenons obligatoirement démocrate.

a) l'affaire Antoine Darlan : les représentants Oubanguiens s'étaient tous mis d'accord sur la candidature de Boganda à la présidence du grand conseil à Brazzaville en 1957.Or sous l'instigation d'Houphouet Boigny, Darlan se présenta sous les couleurs locales du RDA dont le président était Houphouet. Cela lui valut une inimitié avec Boganda et une radiation du MESAN.

b) l'affaire Pangané : Boganda qui n'aimait pas la contradiction mena une politique anti-élite aux seins de représentations locales par l'élection de personnalités qui n'avaient de niveau d'instruction élevée et qui ne pouvaient participer activement aux débats en commission, monsieur Pangané Maurice qui fut élu en 1952 au conseil sous l'instigation de Boganda en est la preuve la plus patente. Cette politique anti-élite eut pour conséquence la non défense des intérêts de l'Oubangui-Chari au profit des autres territoires.

c) l'affaire Jane Viaille : cette histoire est l'un des premiers chapitres sur cette pandémie qui s'appelle népotisme et qui tue notre pays. Madame Jane qui était né de parents congolais et français fit la connaissance de Boganda lorsque celle-ci se trouva à Bangassou où elle grandit. Du fait de cette relation Boganda va user de son influence pour la faire élire au conseil représentatif et au sénat dans le cadre de l'union française.

Boganda s'en est allé très tôt dira t-on, son absence sur la scène post-indépendance constitue t’elle une excuse ou une circonstance atténuante.

Je pense que la carrière politique de Boganda est à peu de choses près presque semblable à celle du capitaine Sankara. Ils étaient tous les deux, des leaders que nous a suscité l'histoire pour créer une mouvance du progrès. La brutalité de leur mort est presque identique.

Mais peut-on dire que les deux ont-ils réussi ? Je résumerai ici un discours du président Sankara qui disait : «notre révolution est et doit être permanente. Ce doit être l'action collective de tous les burkinabés pour transformer la réalité et améliorer la situation concrète des masses de notre pays. Notre révolution n'aura de raison d'être que si elle peut répondre concrètement à ces interrogations que, si en regardant à nos côtés, nous pouvons dire que le burkinabé a de quoi se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner, jouir de plus de libertés et de démocratie.» Ce discours du président Sankara résume en lui aussi la pensée qui a animé Boganda à la création du MESAN. Mais contrairement au capitaine Burkinabé qui n'est resté que trois ans au pouvoir et qui a su insuffler et créer une nouvelle race d'homme dans son pays où tout le monde peut désormais prospérer et jouir des fruits de son travail, Boganda n'a jamais pu susciter ou faire émerger cette race de Centrafricains capables de bâtir notre pays. Son bilan dans tous les domaines restera globalement négatif.

Une rupture historique s'impose pour le salut de notre pays. Nous ne renions pas l'historicité de Boganda et sa place au panthéon des grands hommes de la république, mais nous voudrions simplement, de la part de nos hommes politiques et publics une rupture qui puisse nous mettre sur les chemins de la prospérité. Tous les fils de Boganda qui se sont succédés à la tête de ce pays ont tous lamentablement échoué. Je pense pour ma que le temps est venu pour une nouvelle tendance. Mais pour que cette tendance naisse, il faudrait avant tout renier les démons du passé, fusionner nos énergies et nos philosophies, dépassionner nos blessures dans la justice, et faire naître une nouvelle approche pour que s'émancipe notre pays.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Centrafrique
commenter cet article

commentaires

Mékélé 04/01/2011 18:15


Barthélémy BOGANDA.

Le seul homme politique centrafricain ayant eu une vision à long terme de ce qu'il était possible et nécessaire de faire pour le pays.
Pour critiquer un tel esprit il faut au moins avoir les mêmes états de service...La critique est toujours aisée.
La circonstance historique (colonisation) augmente encore le prestige de ce digne fils du peuple...Qui n'a pas soustrait des milliards au trésor public et qui n'a jamais été surpris en train de se
trémousser dans les dancings de la place.


Textes De Juliette