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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 18:29

30 mars 2013
Agoravox

 

La chute du Président centrafricain François Bozizé, le 24 mars dernier, n’a pas fait grand bruit dans la presse internationale. Un évènement qui pourtant pourrait être le début d’un nouveau cycle de bouleversements majeurs en Afrique centrale, avec, une fois de plus, la République Démocratique du Congo dans le collimateur.

 

Deux éléments, au moins, devraient inquiéter les Congolais au plus haut point et rappeler la douloureuse expérience du Rwanda : la chute d’un régime plutôt « ami » et la possible implication de l’élite politico-militaire de Kigali dans les évènements récents en République Centrafricaine.

 

Dans un article assez intriguant publié par la journaliste belge Colette Braeckman[1], spécialiste de l’Afrique centrale, on apprend que les rebelles de la Seleka qui ont mené un raid victorieux sur Bangui ont pu bénéficier de l’aide des stratèges de l’armée rwandaise dont un contingent est stationné dans la région soudanaise du Darfour, frontalière avec la Centrafrique. A Bangui, les habitants ont affirmé que la rébellion de la Seleka est massivement constituée de combattants soudanais, qui ont traversé le pays du Nord (frontière du Darfour) au Sud.

 

Les possibles liens entre la Seleka et les dirigeants rwandais ont été ébruités au détour d’une maladroite allusion de Jean-Marie Runiga[2], l’ancien président du M23 (la milice opérant dans l’Est du Congo avec le soutien du Rwanda et de l’Ouganda). Personne n’a alors pensé au contingent rwandais stationné dans le Darfour et à la possibilité qu’il puisse s’impliquer dans un conflit aussi lointain par rapport aux frontières rwandaises.

 

On a surtout oublié que le Pays de Paul Kagamé a déjà mené une opération extrêmement audacieuse en 1998 durant la Deuxième Guerre du Congo. Des troupes rwandaises étaient, en effet, acheminées par avion de Goma (Est du Congo) à Kitona (2 mille kilomètres à l’extrême ouest du Congo). La capitale congolaise Kinshasa, attaquée sur le flanc ouest, était au point de tomber. Le régime de Laurent Kabila dut son salut au soulèvement de la population et à l’intervention de l’armée angolaise. Le Rwanda n’a jamais digéré sa déroute militaire à Kinshasa et les évènements à Bangui n’annoncent rien de bon pour le Congo.

 

Comme Mobutu qui, en son temps, envoya des troupes au Rwanda pour essayer de sauver le régime de son ami Habyarimana, les autorités de Kinshasa ont sûrement flairé le péril qui se profile derrière les rebelles de la Seleka. Kinshasa a envoyé un contingent des FARDC (armée nationale de la RDC) pour tenter de sauver le régime « ami » de François Bozizé. Mais comme au Rwanda, le régime « ami » était condamné. A Bangui, les FARDC n’ont pas fait le poids. Même les soldats sud-africains ont dû renoncer après avoir subi de lourdes pertes. Ainsi, pour reprendre la formule de Colette Braeckman, c’est tout le Nord de la RD Congo qui se retrouve aujourd’hui « dégarni ». Une frontière longue de 1577 km qui devient perméable au moment où le Congo peine à sécuriser les 213 km de sa frontière avec le Rwanda…

 

En tout cas, Kigali, dont on sait qu’il n’entreprend rien, sur le plan militaire, sans le Congo en arrière-pensée, et surtout sans l’aval des Américains, dispose maintenant d’un vaste champ opérationnel auquel il faut ajouter ses trois alliés : l’Ouganda, le Burundi et le Sud-Soudan.

 

S’il s’avère que les stratèges rwandais ont aidé la Seleka en concertation avec des agents américains, nous pourrions être à l’aube du travail de remodelage de la carte de l’Afrique centrale dont parle Pierre Péan dans Carnage[3]. Ce travail, qui a commencé avec le démantèlement du Soudan, devrait se poursuivre avec la balkanisation tant redoutée du Congo, une obsession américaine qui se lit dans le Grand Echiquier de Zbigniew Brzezinski et des déclarations révélatrices des personnalités comme Herman Cohen et Nicolas Sarkozy.

 

En face, le Congo de Joseph Kabila peut difficilement faire face. L’armée est dans un état catastrophique comme en témoignent les revers à répétition dans le Kivu. La seule unité militaire du pays qui tient à peu près, c’est la force de l’ONU, que les bataillons de l’armée rwandaise et leurs protégés du M23 ont tournée en dérision en s’emparant de la ville de Goma le 20 novembre dernier. Une faiblesse militaire du pays qui s’ajoute au déficit du soutien populaire au régime.

 

En effet, depuis les élections frauduleuses de novembre 2011, le pays vit dans une forme de lassitude et de paralysie. Une ambiance de fin de règne rappelant les dernières années du régime de Mobutu. Trop peu de Congolais se sentent liés à la personne et au régime de Joseph Kabila, encore moins à son action, ce qui n’est guère rassurant dans des moments d’incertitude. En cause, un bilan plus que moyen en matière économique, sociale et de réforme de l’Etat.

 

Le pays, en dépit de ses immenses richesses minières, est tout dernier au classement mondial de la pauvreté. Une misère de l’écrasante majorité de la population qui contraste avec l’enrichissement des proches du Président et que les Congolais supportent de moins en moins. Sur un autre tableau, Transparency International présente un pays ravagé par la corruption. Quant aux droits de l’Homme, l’ampleur des exactions contre la population est telle que la force de l’ONU, venue pourtant aider les autorités, est obligée de les dénoncer dans ses rapports comme dans le cas des évènements de Minova.

 

Le Congo se retrouve ainsi dans un état de vulnérabilité sur le plan intérieur alors que le péril rode le long des frontières. Des centaines de kilomètres de frontière à surveiller, une armée de bric et de broc, un peuple désabusé et, pire, des agresseurs déterminés et redoublant d’imagination.

 

Les premiers gestes de Michel Djotodia vont en tout cas être surveillés de très près par Kinshasa.

 

Boniface MUSAVULI

 

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[1] http://blog.lesoir.be/colette-braec...

 

[2] http://afrique.kongotimes.info/rdc/...

 

[3] Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, édition Fayard, 2010, p. 280. Enquête sur le rôle des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d'Israël dans les guerres africaines, notamment sur les théories de génocide au Rwanda et au Darfour.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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