Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

 

Rechercher

24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 02:54

23 mai 2011

Noir, Fier et Conscient

 

 

Au premier abord, lorsqu'on est animé par un esprit de renouveau civilisationnel, par fierté ou par envie de tourner la page et sortir de l'abîme de la victimisation on est tenté de répondre rien, renaître comme si rien de tout ça n'avait existé. Pourtant, pour les mêmes motifs de fierté, d'impératif renaissantiste et de dévicitimisation de l'homme d'Afrique, ancrer solidement l'épisode colonial dans les mémoires sera un devoir primordial, afin notamment que cela ne se reproduise plus sous quelque forme que ce soit et qu'enfin soient honorées comme il se doit les innombrables victimes de ce crime contre l'africanité, à défaut de l'humanité dont le continent semble exclu. Ce devoir de mémoire dans l'Etat panafricain sera rendu à l'échelle nationale, la période coloniale sera tout simplement mise en mémoire sous l'appellation d'occupation, selon la nation prise en compte cette période commencera à la date à laquelle la dernière entité politique pré-coloniale de l'ensemble ethnique composant la nation a été subjuguée par l'envahisseur pour se terminer à l'indépendance de cette nation au sein de la fédération panafricaine, date que l'on ne peut pour l'heure connaître. Nous ne considérerons donc plus la colonisation comme un fait panafricain car cela tend à amoindrir la conscience qu'ont les peuples de l'ampleur du crime, même si en revanche la décolonisation effective et définitive devra être un des piliers de l'alliance panafricaine.

 

Une fois dans les mémoires nationales, la colonisation (l'occupation) devra être appréhendée dans la culture populaire comme une période extrêmement négative, nous considérerons en effet qu'aucune "amélioration" du sort des populations ne saurait compenser l'ampleur du désastre et que tout discours complaisant envers ce crime devra être passible de sanctions pénales au même titre que le négationnisme le est terme pris pour la comparaison, l'attitude à adopter face à la Shoah ira dans l'Afrique renaissante de l'ignorance à l'indifférence la plus totale. La différence fondamentale entre l'appréhension contemporaine de la colonisation et celle qu'il sera bon d'adopter plus tard est la reconnaissance des responsabilités partagées des Européens et des Africains notamment en ce qui concerne la seconde phase d'occupation coloniale: l'indépendance des colonies pour laquelle devra être très largement mise en lumière la collaboration active indigène bien plus que les manoeuvre néo-coloniales qui ne rencontreraient aucun succès si elles n'étaient pas accueillies par des complicités internes.

 

Pour bien lever le voile sur cette sombre période, devront être rendues accessibles au plus grand nombre dès le plus jeune âge les informations portant sur les motifs de l'occupation, les idéologies et les idéologues qui la justifiaient, les résistances, les crimes de la conquête, les moyens d'exploitation des colonies, l'arrachement des indépendances ethniques, la destruction multiforme des sociétés préexistantes pour ce qui est de la première phase, le caractère mensonger des mouvements "d'indépendance", la collaboration active menée par leurs leaders et leurs héritiers, le désastre sanitaire et social provoqué par leur égoïsme, les massacres d'Africains par des Africains et les dénonciations de la tromperie post-coloniale pour ce qui est de la seconde phase. Ces informations seront vulgarisées par les discours d'orateurs, les cérémonies commémoratives, les travaux documentaires diffusés par les médias, les monuments de mémoires (un par localité), les musées historiques ou encore les parcs de mémoire que seront les quelques villes coloniales, notamment celles qui aujourd'hui encore portent le nom d'un criminel (je pense à Brazzaville), abandonnées et laissées en ruines bien visibles avec ici et là quelques instituts historiques à visiter.

 

Explorateurs, langues coloniales, patronymes, ethnonymes et toponymes coloniaux, architecture civile, militaire et religieuse coloniale, chefs d'Etats impérialistes, administrateurs coloniaux, entrepreneurs occidentaux, chefs d'Etats Africains, nom de colonies, nom d'Etats néo-coloniaux, noms sportifs ayant évolué dans une équipe coloniale tant d'éléments qui devront être synonymes d'horreur, de dégoût, de nauséabond, d'apogée du crime, de barbarie ou encore d'anti-civilisation dans l'imaginaire collectif au point que le reductio ad colonum  soit aussi efficace que le reductio ad hitlerum pour diaboliser un discours. Cela signifie-il que les relations devront demeurer froide entre tous les peuples ayant parmi leurs ancêtres des responsables de ce drame ? Il est clair que l'on entendra plus de "quand il pleut à Paris, Abidjan est mouillée", "je suis un sénégaulois", "les liens entre la France et l'Afrique sont historiques et chaleureux", "je suis fier d'avoir été colonisé", "la colonisation nous a sorti de la sauvagerie", pour autant gardons en tête que les responsables directs de tout ça ne furent pas plus que quelques milliers, que leurs contemporains ont pu être des collaborateurs "malgré eux" ou qu'ils étaient inconscients de la gravité du fait tant ils ont pu être intoxiqués de propagande ou incités à un nombrilisme outrancier. Plus tard encore nous ne nous retrouverons qu'entre descendants de contemporains de criminels coloniaux et il serait absurde que nous entretenions des rapports hostiles, cultivions un esprit de revanche pour les méfaits d'une poignée de ceux qui nous ont précédé.

 

Mémoire doit être synonyme de réconciliation, de relecture de l'histoire et de prise d'enseignements au sein des nations qui auront eu parmi les leurs des individus particulièrement engagés dans le système, je penses ici aux nations dont le groupe ethnique exerçait sa domination sur la colonie indépendante, ces nations auront un jour ou l'autre le devoir de s'excuser auprès des autres nations qu'elles maintenaient par l'intermédiaire de la colonie indépendante dans un état de quasi-asservissement et d'exclusion. Entre l'Etat Fédéral et les anciennes puissances occupantes que furent la France, le Royaume-Uni, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, les Etats-Unis via le Liberia, le Volkstaat (héritier diplomatique de l'Afrique du Sud et de la Rhodésie du Sud) et l'ONU en tant qu'héritière diplomatique des mandats sur les anciennes colonies Allemandes et Italiennes et des Etats post-coloniaux qu'elle a accepté dans ses rangs alors qu'elle était au fait de leur caractère factice, aucune relation normale pourra être nouée si les dits Etats ou organisations ne se reconnaissent pas coupables de tentative d'ethnocide par acculturation (viol civilisationnel), d'agression militaire illégale motivée par des considérations d'ordre racial, de crimes de guerre, d'atteinte à la dignité des peuples et en héritage diplomatique des colonies indépendantes de non respect du droit des peuples à disposer d'eux mêmes et d'atteinte à leur dignité. N'étant pas un Etat mendiant, la Fédération panafricaine ne s'abaissera pas à demander des réparations financières, seulement des excuses annuellement renouvelées par les diplomates des entités concernées à une date prévue à des fins de commémoration.

 

Quant aux apports de la colonisation et des temps néo-coloniaux, comme je le spécifiais dans l'article précédent les rejeter systématiquement serait aussi débile que de refuser les avancées médicales réelles ou supposées permises par les expériences des médecins Nazis dans les camps de concentration et d'extermination. Tous méritent que l'on s'y attarde, que l'on en analyse les effets et que l'on en conserve ceux qui ont eu un rôle positif pour le bien commun des peuples concernés. Ces apports positifs cependant doivent être enculturés, ce procédé est comparable à l'inculturation réalisée par les missionnaires chrétiens, il vise à insérer dans une culture des éléments étrangers tout en donnant l'impression aux individus qui vivent cette culture que ces apports sont entièrement leurs et appartiennent à leurs traditions millénaires ou à leur univers culturel naturel, les chrétiens Européens ont appliqué ce procédé en Afrique, en Amérique et dans une moindre mesure en Asie mais sont beaucoup moins conscients qu'il leur a également été appliqué tout au long de leur histoire au point que le christianisme soit à tort communément considéré comme une foi d'essence Européenne, dans ses versions catholiques et protestantes tout du moins. L'enculturation, aussi incitatrice de jeux de mots soit-elle, est un impératif pour l'intégrité psychologique des futures générations, en effet celle-ci leur donnera la conviction de n'être redevable d'aucune autre peuplade tant il sera indubitable que tout ce qui constitue leur monde est l'oeuvre de leurs seuls ancêtres, il s'agit d'un puissant remède face au complexe d'infériorité ambiant qui aujourd'hui encore empêche beaucoup d'Africains de réaliser pleinement la gravité du préjudice colonial qui ainsi se retrouvent plus ou moins à justifier voir légitimer ou défendre l'entreprise coloniale

.

Partager cet article

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
commenter cet article

commentaires

Textes De Juliette