Textes de Juliette

 

25 avril 2011

Ali Yahia Abdennour, avocat

El Watan



Le colonialisme a mené une expédition militaire de 46 ans, accompagnée d'actes barbares, de pillages, de crimes de guerre et de crime contre l'humanité, a opprimé, réprimé le peuple algérien, fait la promotion du racisme, de la xénophobien et de l'intolérance qui sont l'armature de son idéologie.

 

Les termes d’indigènes et de sujets au début de la colonisation, de second collège à la fin, sont la reconnaissance de statuts juridiques différents. Le peuple algérien, qui marchait dans les ténèbres, a vu se lever le 1er Novembre 1954 une grande lumière qui allait éclairer sa route vers la libération.
L’indépendance nationale en 1962 n’a apporté ni la souveraineté du peuple algérien ni élevé les Algériens et les Algériennes à la dignité de citoyens et de citoyennes, car ils et elles sont demeurés sujets comme sous le régime colonial. Les Algériens et les Algériennes sont revenus à la case départ, celle où les a cantonnés le colonialisme, celle de sujets sans droits.


Le système politique instauré après l’indépendance du pays, toujours en vigueur, s’est arrogé des droits et des pouvoirs excessifs, s’est substitué au peuple considéré comme souverain par les Constitutions successives. Un groupe qui a prétendu incarner seul la révolution a éliminé tous les autres.
La révolution détournée de son sens et vidée de sa substance est comme le piège, elle s’est refermée sur ceux qui l’ont faite. Pour paraphraser Rudyard Kipling, «la révolution n’a pas appartenu aux premiers qui l’ont déclenchée, mais aux derniers qui l’ont terminée et qui l’ont tirée à eux comme un butin». Elle aboutit non pas à la liberté, mais à une autre forme de domination, au despotisme.
On n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature. L’Algérie n’est sortie de l’ère coloniale que pour entrer dans celle de la dictature. La fraude électorale, vieille tradition coloniale, amplifiée depuis l’indépendance du pays, bien intégrée dans les mœurs politiques est au rendez-vous de toutes les élections. Elle s’apparente au grand banditisme, au braquage de banques.


La façon dont le peuple se trouve soumis, à ce qu’il faut bien appeler un vol de pouvoir, explique sa non- adhésion au système politique qui lui a été imposé. La dictature qui devient avec son machiavélisme politique monarchie, considère qu’elle représente la nation et le peuple.
Elle a démontré son inefficacité, non seulement dans le domaine des libertés et dans le domaine social, mais avant tout dans le domaine de l’économie. Elle est symbolisée par un homme, modelée par et pour un homme atteint de mégalomanie et de paranoïa qui sont des maladies associées, qui transforme l’Etat en instrument de domination politique, avec un renforcement sans pareil des appareils répressifs, police, gendarmerie, police politique, mais aussi en source de pouvoir économique. Le peuple algérien, qui fait preuve de maturité politique, a assez souffert du culte de la personnalité pour le rejeter à jamais.
L’Algérie entre dans une phase d’instabilité dangereuse, car dans les profondeurs de la nation, se prépare un orage et peut-être une tempête qui emportera le système politique en place depuis l’indépendance du pays qui glisse sur une pente où il aura le même sort que les systèmes tunisien et égyptien.


Il faut faire le bilan de 12 ans de la gestion du pays par le président Abdelaziz Bouteflika pour se rendre compte que le changement du système politique est inévitable


Il a fait surgir de la nation humiliée par un Etat policier omniprésent qui a dépouillé le peuple de ses droits, un immense besoin de démocratie, de liberté et de justice. Les atteintes aux droits et aux libertés se sont aggravées sous son règne : où est l’Etat de droit ? Où est le droit ? Où est la démocratie ? Où est la justice ? Le pouvoir porte une lourde responsabilité dans la détérioration du climat social, et les revendications des salariés qui sont l’expression des besoins ressentis avec force, trop longtemps contenues, ont éclaté avec vigueur. Le jeunesse, qui représente l’espérance, la vie, l’avenir, possède la culture, la science et la technologie, consciente du poids politique qu’elle représente en sa qualité d’épine dorsale de la nation, elle veut être maîtresse de son destin, accéder aux responsabilités politiques et succéder à un pouvoir absolu qui vieillit absolument.


L’ampleur de la mobilisation et des manifestations d’étudiants, qui vont sortir des facultés et des grandes écoles avec des connaissances et des diplômes qui ne débouchent pas sur le réel, a pour objectif non seulement la réforme des universités mais aussi l’instauration de la démocratie. Le pouvoir qui exerce une emprise sans partage sur la chaîne unique de télévision dispose grâce à elle d’un moyen d’information et de propagande très puissant qui diffuse la pensée unique. La télévision, qui envahit chaque soir la majorité des foyers, est celle du mépris des faits, de l’intox et de la manipulation de l’opinion publique. Il faut que soient respectés à la radio et à la télévision la mesure, l’équilibre et l’objectivité que les Algériennes et les Algériens sont en droit d’attendre d’un service public. Il faut autoriser la création de chaînes de télévision privées libres de leur choix, libres d’offrir à leurs auditeurs des œuvres diverses ambitieuses, dignes d’intérêt.Que peut signifier l’indépendance politique d’un journal en situation de dépendance financière qui abuse de la brosse à reluire jusqu’au ridicule ? L’opinion publique a vu s’étaler à travers quelques journaux des campagnes de désinformation, de dénigrement, de mensonge, de calomnies, de contrevérités, d’injures, d’insultes contre les militants de la CNCD, que l’on aurait souhaité révolus.

Affairisme, favoritisme, privilèges sont les trois piliers d’un pouvoir qui a absorbé la société civile, basé sur un hyper président, un parlement postiche, une justice aux ordres et des médias en grande partie soumis. La corruption gangrène les plus hautes sphères de l’Etat, éclabousse l’entourage du président — ceux qui ont acquis des richesses ou leurs commanditaires — sont dans les allées du pouvoir. Les dirigeants s’enrichissent à milliards, s’enrichissent encore, s’enrichissent toujours, sans payer le prix politique, le prix moral, le prix humain, parce que assurés de l’impunité qui est le privilège des privilégiés. La manne pétrolière qui est le sang du peuple, multiplie les corrupteurs et les corrompus. Qui aurait cru que l’argent du peuple, l’argent des contribuables est la propriété du pouvoir qui leur ferait des aumônes en subventionnant certains produits de première nécessité. «Les possédants sont possédés par ce qu’ils possèdent», a écrit le général de Gaulle. L’interrogation qui est la base de l’activité intellectuelle constitue le fondement ultime de la pensée, et toute réponse y renvoie. A quoi peut servir la richesse de la nation ? A améliorer le sort du peuple, des pauvres, des retraités, des handicapés, ou a enrichir les clans du pouvoir ? La réponse s’impose. Le peuple n’oublie pas et ne pardonne pas.


Les mandats du chef de l’état ne connaissent pas de limites


La révision de la Constitution était un coup d’Etat constitutionnel, un acte illégal comme par un président illégitime élu par un scrutin qui, comme d’habitude, passe au mieux pour une formalité, au pire pour une force. «Changer de Constitution pour un seul homme ne serait pas correct», avait dit Vladimir Poutine, alors Président russe. Deux quinquennats hélas, trois quinquennats, holà... Le président Bouteflika a salué, après le vote par le Parlement de la révision de la Constitution, notamment l’article 74 qui a consacré le césarisme présidentiel, la présidence à vie et des pouvoirs personnels renforcés «un jour mémorable» «et fait l’éloge de la clairvoyance et du sens de la responsabilité des représentants du peuple», alors que le Parlement est en panne d’idées, d’intelligence réelle, donc de vision, le président est le seul pouvoir exécutif, le gouvernement n’est que le pouvoir exécutant. Depuis ce troisième mandat, la médiocrité est perceptible partout, surtout dans le fonctionnement défectueux des institutions. Les Algériens n’ont aucune confiance dans les institutions politiques que sont la présidence,  le gouvernement, le pouvoir législatif qui joue un rôle mineur, et le pouvoir judiciaire qui est aux ordres. Le pouvoir ne laisse place que pour cette alternative : être avec ou être contre.


Le président prépare sa propre succession


Dans son discours à la nation, qui n’était qu’un exercice laborieux, une lecture difficile, le président est apparu à la télévision physiquement affaibli, usé, le geste lent, la voix inaudible par moments. Il a donné l’image pathétique d’un homme épuisé par la maladie, incapable d’assumer sa fonction. Là se trouve peut-être la solution... Le président va-t-il débloquer la situation politique ou chercher à durer, du fait que l’autojustification et l’autosatisfaction sont présentes dans son discours par le changement dans la continuité, alors que le peuple revendique une rupture radicale et définitive avec le système en
place ? L’Algérie a eu de nombreuses Constitutions, la 6e avec celle projetée pour le cinquantenaire de l’indépendance, pour avoir leur respect et les règles de jeu qu’elles impliquent. Elles sont peu appliquées, révisées et usées avant d’avoir servi. «Que tout change pour que rien ne change.» Cette célèbre formule de Tancrède, dans le film Le Guépard de Visconti, résume la rénovation que veut entreprendre le président. Tout est pour le mieux pour lui, alors que tout ne peut pas aller plus mal. Bouteflika veut rester en place jusqu’à ce qu’il ait terminé son programme qui ne se termine jamais. Le pouvoir est en fin de course, sa fin se dessine, terminus, tout le monde descend, le président en tête. L’accélération de l’histoire, qui a frappé à la porte de l’Algérie, fait du départ du président un préalable absolu, un impératif même. Il doit passer la main, à condition bien sûr que les mains soient propres et s’ouvrent. L’ouverture et le renouveau sont indispensables. Le crépuscule qui s’étend sur le pouvoir doit laisser la place à la démocratie, les droits de l’homme, la liberté, la justice et la justice sociale. Le changement se fera par la rue, de manière pacifique ou violente. «Je suis prêt à mourir pour mon pays, et non à faire mourir mon pays pour moi», s’est écrié Neil Kennoch


Le Conseil national de transition démocratique (CNTD)


Le pays bouge, craque de partout, et la rue est le dernier recours lorsque toutes les possibilités de se faire entendre sont épuisées. Le pouvoir ne recule que sous la pression de la rue. Le jour où les Algériens auront le doit de se rassembler, de manifester, de marcher pacifiquement, sans intervention brutale de la police, marquera le début de la levée de l’état d’urgence qui est pour le moment renforcé par l’état de siège. La CNCD, qui écoute ce qui se dit, ce qui se pense, ce qui se réfléchit, selon le proverbe persan, «Qui parle sème, qui écoute récolte», veut mettre l’Algérie en marche pour sortir du statu quo, de l’immobilisme politique, de l’échec économique, de la fracture sociale et l’orienter vers la démocratie. La stratégie est simple, lisible, crédible : rassembler les partis politiques démocratiques, les syndicats, la société civile mobilisée et mobilisatrice, en mesure d’apporter le concours de leur expérience et de leur compétence, au service de la démocratie. La transition préparera le retour à une vie politique et sociale normale. Le passage d’un pouvoir dictatorial vers un pouvoir démocratique implique de fixer le délai de la période de transition, le contenu de son programme et le calendrier des différentes échéances électorales. Il y a des femmes et des hommes dont le peuple apprécie les qualités, que la conférence nationale élira en qualité de Conseil national de transition démocratique, afin que le crépuscule qui s’étend sur le système politique laisse entrevoir l’aube de la démocratie, de la liberté, de la justice et des droits de l’homme.

Ce Conseil dissoudra toutes les institutions élues, nommera un gouvernement de transition pour gérer les affaires courantes et préparera un projet de Constitution qui sera soumis à l’approbation du peuple par voie référendaire. Dans cette phase de transition, le Conseil national de transition démocratique placera sous son autorité l’armée et l’ensemble des services de sécurité. Il mettra en place une commission indépendante qui proposera les modalités de restitution du sigle «FLN» à la mémoire collective. L’intégration économique et l’unité politique de l’Afrique du Nord s’inscrivent dans l’actualisation des principes fixés par la conférence de Tanger de 1958. En politique étrangère, clarté et constance sont nécessaires. La CNCD présente une plateforme pour le changement démocratique claire, concrète, réaliste, élève la voix afin que la justice soit la valeur la plus forte avec la liberté, cherche à fédérer les initiatives susceptibles de libérer les forces d’expression de représentation, de proposition de la société, afin de dégager une volonté politique et une intelligence stratégique en mesure d’obtenir le changement du système politique de manière pacifique, parce que le peuple algérien ne veut pas d’une ère de violence aux conséquences imprévisibles.

 

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