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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 23:25

25 janvier 2011

Source: Noir, fier et conscient


Pour tous les amateurs de politique, constitutionnalistes en herbe et autres spectateurs de la mascarade mélodramatique dont prend la forme la vie politique sur le continent Africain, avec sa petite quinzaine d’élections, l’année 2011 sera sans nul doute le festival de la république bananière. Cet échec programmé du modèle républicain appliqué sur le continent Africain va être le thème principal de cet article où l’on s’intéressera aux raisons constitutionnelles et psychologiques de celui-ci.

Le régime politique qu’ont adopté la grande majorité des Etats Africains néo-coloniaux est le régime présidentiel, en Afrique noire seuls le Swaziland monarchie absolue, le Lesotho monarchie parlementaire et depuis peu l’Ethiopie où s’est mis en place un régime parlementaire n’ont pas adopté ce type de gouvernement. Né aux Etats Unis d’Amérique le seul Etat au monde où il n’a provoqué ni coup d’Etat ni instabilité politique chronique, ni dérive dictatoriale (quoi que cela soit discutable) ce type de régime s’est particulièrement bien exporté sur le continent Américain à l’exception des nations appartenant au Commonwealth (Canada, Barbade, Jamaïque), sur le continent Africain ou encore dans des Etats très recommandables tels que l’Iran, le Yémen ou encore la Biélorussie. Il est à noter que ce régime est absolument absent en Europe (sauf Biélorussie) continent bien connu pour le bon fonctionnement relatif de la vie politique, l’autre Etat notable détourné du présidentialisme constitutionnel est le Japon, une monarchie constitutionnelle.

Le régime présidentiel est la preuve « vivante » qu’il y a bien une différence à faire entre le concept philosophique de démocratie et le concept juridique de république deux mots souvent confondus et pris pour synonymes. Dans les faits, on peut soupçonner les régimes présidentiels d’être installés par l’ONU ou élaborés par les leaders politiques locaux afin de donner aux institutions d’un pays donné une forme « républicaine » donc en langage médiatique et courant « démocratique » c’est à dire fréquentable tout en permettant dans la pratique à ceux qui en sont les tenants une surpuissance politique accordant aux présidents africains des comportements de gouverneurs coloniaux, au président Américain des manières de dieu vivant ou aux présidents Biélorusses et Iraniens d’exercer un despotisme éhonté.

Le principe de base d’un régime présidentiel est la séparation stricte des pouvoirs là où les régimes parlementaires préféreront le dialogue et la collaboration. Ces régimes sont aussi caractérisés par un déséquilibre très important entre un pouvoir exécutif fort et un pouvoir législatif faible. Comme l’indique le nom donné par les constitutionnalistes à ce type de régime, la figure la plus importante est le président, élu au suffrage universel celui-ci est à la fois chef du gouvernement et chef de l’Etat, il est irresponsable devant le parlement tout comme son gouvernement, il possède un incroyable pouvoir de nomination lui permettant de placer ses collaborateurs aux plus hauts postes de fonctionnaires du pays, il peut opposer son veto aux lois du parlement, ses décrets font force de loi sans même que l’assemblée ne puisse avoir de droit de regard. Bref, le président est presque omnipotent et rien ou presque ne peut mettre de frein à ce pouvoir qu’il gardera entre les mains pendant la durée de son mandat qui a d’ailleurs tendance à toujours s’allonger sur le continent Africain.

Si ce type de gouvernement peut être une force dans un fédération rassemblant des populations ethno-culturellement semblables et où les collectivités locales disposent d’une très large autonomie ce qui est le cas du Brésil et des Etats unis où les compétences fédérales sont bien limitées à quelques domaines le plus souvent en rapport avec les relations étrangères donc la défense, la sécurité intérieure et extérieure, le commerce international, la finance fédérale, la diplomatie. Il se révèle destructeurs dans les pays sans majorité ethno-culturelle dotés de constitutions unitaires et où le rôle du président s’étend à de très nombreux domaines ayant une influence directe sur la vie nationale.

Les pays d’Afrique qui ont adopté ce régime avec une nuance pour le Rwanda et le Botswana se situent tous dans la deuxième catégorie, le mot d’ordre de la vie politique Africaine sera alors « laissez moi, et mon entourage, être calife à la place du calife ».  Les convoitises autour du pouvoir présidentiel sont encore exacerbées par la malédiction Africaine: la richesse de son sous-sol. Faire de la politique en Afrique reste le meilleur moyen de s’enrichir, voir le seul pour des individus médiocres et désireux d’argent rapide. Pour toutes ces raisons, beaucoup sont prêts à prendre les armes pour avoir leur place au palais présidentiel. Et la prise du pouvoir, pour le pouvoir lui même est la seule finalité du multipartisme Africain qui contrairement à ce qui se voit ailleurs n’est pas idéologisé, la quasi-totalité des partis se réclameront de la mouvance démocratique, progressiste et socialiste, agiteront l’argument ethnique pour trouver du soutient dans la population, tenteront de soudoyer l’aristocratie coutumière mais seront absolument incapables de présenter un programme sincère et digne de ce nom, on ne peut donc pas parler en Afrique de bonne gouvernance ou de mal gouvernance quand la réalité est la non-gouvernance, ces pays ne sont pas gouvernés. Il faut donc plus voir l’Afrique comme une propriété privée de quelques dynasties présidentielles et de la communauté internationale que comme des Etats à part entière où la gestion adéquate de la société est la principale motivation des élus.

En Afrique, le régime présidentiel s’exerce dans un environnement ethno-culturel délabré, dans des pays artificiels sans identité où aucun groupe ethnique n’excédera les 40% de la population, contexte qui dans une volonté sincère de démocratisation imposerait un parlementarisme avec exécutif très faible à même de représenter l’intégralité de la diversité légitime du pays ainsi qu’un système fédéral très autonomiste capable de garantir à chaque peuple son espace de souveraineté, les républiques bananières cultivent un régime dans lequel LE personnage omnipotent, par l’unicité de sa personne est voué à être perçu comme un étranger ou même comme un ennemi par plus de la moitié de ses administrés qui dans leurs habitudes de vote ont tendance à choisir « le gars du coin », de la même ethnie qu’eux qui sera le plus enclin à améliorer leur village.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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