Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

 

Rechercher

2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 03:03

31 août 2011
DNA

 

Nigeria / Désastre environnemental dans le delta du Niger

 

Une odeur de pétrole étourdissante flotte sur la jetée. Les pirogues, l’eau, le sable, les mangroves sont couverts d’une couche brunâtre et visqueuse. Un tableau quotidien pour les habitants de Bodo, dans le sud du Nigeria.

Le pétrole a beaucoup apporté au pays, mais ses habitants le subissent au quotidien. (Photo AFP)

Le pétrole a beaucoup apporté au pays, mais ses habitants le subissent au quotidien. (Photo AFP)

 

Comme tant d’autres villages du royaume ogoni, Bodo a vu son environnement se dégrader au cours de 50 années d’exploitation pétrolière marquées par des fuites.

 

On est en plein cœur du delta du Niger, une région paradoxale, pauvre mais richissime en hydrocarbures. De nombreuses multinationales y opèrent.

 

Dans un rapport sans précédent, l’ONU a dénoncé l’ampleur et l’impact de la pollution en pays ogoni. La contamination est telle qu’elle exigerait la plus vaste opération de nettoyage jamais entreprise dans le monde, dit cette étude (DNA du 7 août).

 

Cuisiner et se laver avec une eau surchargée en benzène, cancérigène

 

Sur la jetée de Bodo, des villageois foulent pieds nus le sable souillé. Certains se couvrent le nez de la main ou avec un mouchoir.

 

Le pétrole a beaucoup rapporté au Nigeria, premier producteur d’Afrique. Il a coûté cher à de nombreux Ogonis qui vivaient de la pêche et de l’agriculture. Ils ont vu leurs moyens de subsistance détruits au rythme des fuites.

 

«Les habitants ici sont des pêcheurs et des agriculteurs, ils dépendent des ressources de la mer. Avec ces fuites, on ne peut plus rien faire», résume Michael Kobah, enseignant de 49 ans. Las d’attendre une éventuelle intervention extérieure pour décontaminer sa région, il s’est lancé dans la plantation d’arbres, dans l’espoir qu’ils purifient l’air.

 

«Nous devons maintenant aller à 50 milles, en haute mer, pour attraper le moindre poisson», se lamente Friday Gimmogho, 31 ans, bredouille sur la jetée. Et Patricia Boribor, 62 ans, dit avoir abandonné ses terres qui ne produisaient plus rien.

 

À quelques kilomètres de Bodo, dans le village de Nisisioken Ogale, les habitants ont été sommés par le PNUE de ne plus utiliser l’eau de leurs puits. Les prélèvements ont montré qu’elle contenait 900 fois plus de benzène, un hydrocarbure cancérigène, que la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Une eau que les villageois boivent et avec laquelle ils cuisinent et se lavent depuis des années.

 

Nisisioken est traversé par un oléoduc de la compagnie nationale nigériane NNPC dont les fuites ont contaminé les nappes phréatiques. «L’oléoduc est très mal entretenu. Ils ne prêtent pas attention à notre communauté, dénonce Austin Kpalap, 31 ans. Ils ne s’intéressent qu’à ce qu’ils se mettent dans les poches. La plupart vivent à Abuja ou à Lagos, ils ne sont pas ici, ils ne ressentent pas la pollution ambiante.»

 

Sur ce site couvert de brut, les oiseaux chantent mais l’air est irrespirable

 

Quelques kilomètres plus loin, à B-Dere, un chemin de terre étroit débouche sur une marre entourée de verdure. Les oiseaux chantent, mais l’air est irrespirable. Le site est couvert de brut. Le géant anglo-néerlandais Shell, premier opérateur au Nigeria, a été particulièrement implanté en pays Ogoni, dont il s’est retiré en 1993. Mais la zone est encore traversée par deux oléoducs que le groupe possède dans le cadre de la SPDC, une co-entreprise avec la NNPC, et compte de nombreux puits inactifs.

 

Shell, qui assure prendre très au sérieux le rapport et les recommandations de l’ONU, soutient que le sabotage, le vol et le raffinage clandestin de brut obtenu en perforant les oléoducs sont les principales causes de pollution. «70% des fuites dans le delta sont dues au sabotage», affirme Mutiu Sunmonu, patron du groupe au Nigeria. Le raffinage illégal et les attaques d’oléoducs par des groupes armés contribuent à la pollution et posent un véritable problème, admettent tous les observateurs.

Partager cet article

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Beurre et argent du beurre
commenter cet article

commentaires

Textes De Juliette