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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 10:19

 

2 décembre 2010

Par Dr. & Habil., Prosper Nobirabo Musafiri

ConnectionIVOIRIENNE.net

 

En Afrique, entre 1952-2004, on a recensé 73 putschs réussis dont 35 rien que pour l’Afrique de l’Ouest (Souare : 2007). Pas moins de 101 chefs d’État africains ont quitté le pouvoir par la force dans les cinquante années qui ont suivi les indépendances. Bart affirme que « 2/3 d’entre eux ont été tués, emprisonnés ou condamnés à l’exil » (Bart : 2003).

 

 Incontestablement, ces prises de pouvoir brutales sont devenues moins fréquentes depuis que les pays européens ont ajouté l´article 366 bis à la quatrième Convention de Lomé (1995), qui est une clause de non exécution des partenariats entre l’Union Européenne et les pays d´Afrique, Caraïbes et Pacifique en cas de manquement aux règles de l’Etat de droit (Accord portant modification de la quatrième Convention, ACP-CE de Lomé : http://www.ec.europa.eu/europaid/work/procedures). Toute aide est alors suspendue jusqu’au retour à la démocratie. Mais, de leur côté, les dictateurs africains tiennent bon : 15 chefs d’Etat s’accrochent au pouvoir depuis plusieurs années, les plus coriaces étant Paul Barthélemy Biya (18 ans), Idriss Déby Itno (20 ans) et Colonel Mouammar Kadhafi (40 ans) [On a aussi vu deux anciens dictateurs marxistes, Mathieu Kérékou (Bénin) et Didier Ratsiraka (Madagascar), revenir au pouvoir par les urnes et sous des étiquettes ultra-libérales quelques années après en avoir été chassés.].

 

 Parmi les membres de ce cercle non-sympathique, certains se sont illustrés dans des guerres parfois longues et toujours meurtrières pour la conquête du pouvoir, puisant là l’essentiel de leur « légitimité » : Robert Mugabé au Zimbabwe, Paul Barthélemy Biya au Cameroun, Issayas Afeworki en Erythrée, Idriss Déby Itno au Tchad (après Hissene Habré), Paul Kagamé au Rwanda, Yoweri Museveni en Ouganda, Charles Taylor au Liberia : traduit, depuis juin 2006, devant la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes contre l’humanité, Meles Zenawi en Ethiopie, Joseph Kabila en RD Congo. D’autres ne sont pas parvenus à leurs fins, mais ont conduit des guérillas tout aussi sanglantes. Ce fut le cas de Mohammed Farah Aïdid pendant sept ans en Somalie, de John Garang pendant douze ans au Soudan, de Jonas Savimbi pendant dix-sept ans en Angola, et surtout de Foday Sankoh qui, pendant sept ans a semé la terreur en Sierra Leone en pratiquant des milliers d’amputations de mains, de bras ou de jambes à l’endroit de ses adversaires, civils ou militaires [Foday Sankoh avait été, peu avant sa mort (2003), inculpé par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone de crimes contre l’humanité et autres exactions.] (Gaud et Porgès : 1996). Quant à ceux qui ont détourné massivement les ressources naturelles ou financières de leur pays, ils sont aussi innombrables qu’impunis et il a fallu attendre la mort de Sani Abacha en 1998 (chef de l’Etat du Nigeria) pour estimer le montant du pillage – entre 3 et 5 milliards de dollars – et commencer à en réclamer le remboursement aux banques suisses et britanniques où l’argent avait été mis à l’abri [Les Congolais (ex-Zaïrois) ont moins de chance ; car nul ne songe à rapatrier les 5 milliards de dollars détournés par Mobutu Sese Seko entre 1965 et 1997. Quant au gabonais Omar Bongo, il a bénéficié d’un étonnant « soutien populaire » lorsque la justice française l’interrogea sur l’origine des fonds qui lui ont permis d’acheter autant d’hôtels particuliers, d’appartements et de véhicules de luxe], que dire de Joseph Kabila et d´autres potentats en puissance ?

 

 Avant ces tristes épisodes, et après une trentaine d’années de règne des partis uniques, les pays africains avaient été rappelés à « l’ordre » par la communauté internationale, la France en tête [Discours de La Baule, 30 juin 1990], et priés de bien vouloir s’engager dans un processus démocratique à valeur universelle, c’est-à-dire celui qui prévaut en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. Les institutions de Bretton-Woods (Banque mondiale et Fonds Monétaire International) – qui tiennent les pays africains sous perfusion financière – en ont même fait une « conditionnalité ». Il a donc fallu absolument entrer dans ce nouveau moule et les choses n’ont pas été simples pour l´Afrique des dictateurs. Dans certains cas, on a convoqué des conférences nationales dites « souveraines » pour définir en commun les nouvelles règles du jeu. Ailleurs, on a tenté de ruser, comme en Côte d’Ivoire en suggérant une forme de multipartisme au sein du parti unique, ou en feignant de ne pas comprendre. Presque partout, les leaders politiques africains en place ont fait un usage plutôt dévoyé de cette démocratie nouvelle qu’on leur imposait. C’est surtout autour du multipartisme que les malentendus se sont accumulés, à la fois sur la forme et sur le fond (Bouquet : 2004&2007).

 

 En effet, au plan idéologique, les divergences ont vite apparu entre plusieurs modèles de société qui n’avaient guère été encouragées pendant les années noires des partis uniques, de telle sorte que les oppositions, rendues presque obligatoires par le « multipartisme » sauvage, ont dû se chercher d’autres fondements pour exister et sont malheureusement trop souvent restées dans le repli sur l’identité tribalo-ethnique. Par ailleurs, il a fallu jongler autrement avec le système clientéliste sur lequel reposaient les régimes tyranniques africains post-coloniaux. De telle sorte que le modèle démocratique d’inspiration occidentale a trébuché et connu des applications chaotiques dans la plupart des Etats africains. L’actualité récente continue d’ailleurs de fournir des illustrations décourageantes de l’usage qui en est fait, que ce soit au Kenya, au Guinée Conakry ou en Côte d´Ivoire, où la communauté internationale semble, hélas, très tentée de valider de véritables dénis de démocratie. Elle préfère parler de démocratie « émergente ». La démocratie est-elle en passe de devenir la clé passe partout, c´est-à-dire, une espèce de bâton magique ou remède universel susceptible de ramener de l´ordre dans le chaos africain ? Pas vraiment ! Car, la démocratie en Afrique est devenue un « business » qui rapporte gros et dans lequel beaucoup mangent sans scrupules. Progressivement, on a détourné l’esprit de la Baule et l’alternance démocratique a été vidée de son contenu. Au pouvoir, on suscite la création de partis fantômes, le temps de faire du nombre pour se maintenir aux affaires. De plus en plus, l’électeur piégé puis alerté, sait qu’il vote pour reconduire les mêmes pouvoirs, lesquels usent de tous les artifices pour se maintenir indéfiniment. Le plus souvent à son détriment. C’est le propre des démagogues qui ont tendance à user d’un argument facile pour réprimer : la paix sociale et la stabilité n’ont pas de prix. Autre chanson : la démocratie doit se « tropicaliser » ; elle n’est jamais achevée. Il est vrai qu’en Afrique, elle n’avance pas beaucoup. Mais surtout par la faute de ses élites au pouvoir.

 

 1. Du rififi à l´ivoirien en direct sur France 24 : l´éléphant a le pied cassé !

 

 Le processus électoral en Afrique est devenu un véritable tonneau des Danaïdes ; c´est-à-dire tout le monde se précipite pour aller vite aux élections, mais les tyrans qui sont collés à leur « siège » se refusent d’y organiser sincèrement. Toutefois, il y a ceux qui incarnent l’espoir : le Ghana, l´Afrique du Sud et dans une certaine mesure la Guinée du général Sekouba Konaté. Dans ces pays, on fait l’effort de respecter les règles du jeu. Et les bénéfices sont bien visibles. Il y a aussi ceux qui font un pas en avant et dix en arrière. Comme la RD Congo où le parlement peine à entériner la liste de membres de la Commission Électorale Nationale Indépendante. La démocratie ne se limite pas à organiser des élections. Elle signifie également que des droits humains (civils, politiques, économiques, sociaux et culturels) sont garantis et surtout respectés. Or, la réalité en Afrique des garnements au pouvoir est tout autre : menaces, assassinats et intimidations avant et pendant les élections, du rififi avant la proclamation provisoire des résultats, exil forcé des opposants au régime en place, etc. Finalement, les élections en Afrique servent à d´autre chose : entretenir le plus de chaos possible afin d´accéder à la mangeoire du pouvoir, sinon se maintenir éternellement (Prosper Nobirabo, Chaos, désordre et impunité comme stratégie politique pour accéder sinon se maintenir au pouvoir en Afrique : Septembre 2010). Et pourtant en Occident, par exemple, l’organisation des élections repose sur une armée de volontaires qui se sacrifient sans discontinuité. En Afrique par contre, c’est le lucre : on profite pour se remplir les poches. La démocratie à l’africaine se traduit par des crises de leadership, le vol des urnes, la dilapidation de fonds, les rancunes à vie par suite du mauvais partage du butin, la scission des formations politiques. Le comble de ridicule est atteint le Mardi 30 octobre 2011 lorsque un pugilat en direct à la télévision est venue illustrer, devant les caméras du monde entier, l’ampleur des tensions au sein de la Commission électorale « indépendance » en Côte d´Ivoire. Juste au moment où son porte-parole, Bamba Yacouba, allait annoncer des premières indications chiffrées, deux hooligans pro-Gbagbo, commissaires à la Commission électorale « indépendance » (CEI), l’ont empêché de s’exprimer et arraché de ses mains les procès-verbaux des résultats dans différentes régions dont il s’apprêtait à donner lecture. Selon les deux flics du pouvoir ivoirien, ces résultats n’avaient pas été validés selon les règles, ce que le porte-parole a contesté. Pour éviter le pire dans l´avenir, l’Occident devrait arrêter de financer un système qui ne fonctionne pas et qui se perpétue aux dépens des peuples. Les führers africains en veulent parce que cette forme d’assistanat – qui renforce la dépendance – leur profite. Pas du tout à la grande masse des citoyens qui aspirent à une véritable démocratie. En cela, la marche vers la démocratie constitue un véritable jeu de mascarade en Afrique. Une grande escroquerie au terme des vingt années après la Baule.

 

 Le Sénégal de Léopold Sédar Senghor, la Côte d´Ivoire du Vieux et le Kenya de Daniel Toroitich Arap Moi, qui étaient il n´y a pas si longtemps sur la bonne voie, ont dérapé. Le mouvement démocratique, qui avait inspiré en 1990 une série de conférences nationales « souveraines » pour mettre fin à la dictature, a pété le plomb. Plusieurs questions se posent.

 

 D´abord, qui est le responsable de cette série de catastrophes ? Les puissances européennes – qui ont colonisé l´Afrique au XIX e siècle et détruit ses systèmes politiques et sociaux traditionnels, ses institutions et son droit coutumier – en se retirant, les Européens ont laissé le pouvoir aux sultans, c´est-à-dire à une petite élite de dirigeants formés à l´occidentale, animés par des idéologies et des ambitions irréalistes, dans des pays totalement dépourvus de classes moyennes politiquement responsables, d´une société « civile » ouvrant la voie à la démocratie.

 

Ensuite, qui, en dehors de l´Afrique, a un intérêt matériel pressant à ce que les choses aillent mieux ? Les Européens – outre le fait que l´Europe est le principal importateur des produits agricoles et des matières premières africaines – l´état calamiteux de l´Afrique signifie que des centaines de milliers, et même des millions, de jeunes désespérés tentent de fuir l´Afrique maudite pour des pays où coulent le lait et le miel ; autrement dit, où ils pourront trouver des emplois des plongeurs aux restaurants et la sécurité. Bref, un avenir. Leur exode à peine contrôlé a déjà créé de graves problèmes sociaux et des tensions politiques.

 

Enfin, qui a compétence pour aider l´Afrique à s´en sortir ? Ni les Nations-Unies encore moins les États-Unis d´Amérique en tout cas pas la Chine. Les seuls qui puissent le faire, ce sont les Européens, parce qu´ils connaissent mieux le continent africain. Pourtant aucun gouvernement européen ne peut agir individuellement. L´Union européenne dans son ensemble pourrait collectivement assumer la responsabilité de trouver avec les Africains eux-mêmes un plan de sortie capable d´arrêter le déclin du continent africain et de le remettre sur la bonne voie. Les Européens pourraient créer avec les Africains une sorte de haute autorité commune qui aiderait à rétablir l´ordre, à instaurer un régime de droits civils, politiques et sociaux, à réformer les systèmes de santé et d´éducation, à développer des infrastructures économiques et à mettre en place des administrations compétentes. Assurément, ce serait un projet de longue haleine qui peut s´étaler sur cinquante ans ou plus, mais ce projet pourrait représenter le salut de l´Afrique et une grande action pour les Européens. Pour moi, ce n´est pas une question de morale ou de complaisance ; car, les Européens auront au moins l´occasion de dire aux africains les yeux dans les yeux ce qu´ils peuvent dire aujourd´hui aux Tutsis et Hutus au Rwanda : « Chers messieurs/mesdames ! Vous commettez aujourd´hui le génocide ? Vous violez systématiquement les femmes, fillettes et vieillards ? Vous êtes déchirés par l´ethnisme hystérique ? Vous n´êtes pas les seuls. Tout ça, nous connaissons. Nous avons fait le pire que vous. Essayons maintenant de trouver ensemble un moyen de vous faire sortir de l´abîme du désespoir ».

 

2. Présidentielles de 2011 en RD Congo : le ver est dans le fruit

 

Si en 2006 – à l’époque de la Commission électorale « indépendante » de triste mémoire en RD Congo – les mauvaises langues avaient accusé l’abbé Apollinaire Malu-Malu d´appartenir au camp présidentiel (ancien membre influent d’un bureau d’études de la présidence de la République), le futur prix « Nobel » de Montreux en Suisse, le « révérend » Pasteur Daniel MULUNDA est accusé d’être plus « raïstique » que le raïs congolais lui-même. Pire, les « jaloux » dénoncent que son nom serait sur la liste des membres fondateurs du parti présidentiel (PPRD) et qu’il est toujours dans le pré-carré de la « haute » hiérarchie congolaise qui ne se gêne pas de lui confier des dossiers sales de la République, notamment l´opération arme contre 50$USD en RD Congo. Tout Kinshasa en parle : la démission théâtre de Matthieu PITA, candidat du Parti Lumumbiste Unifié (PALU), pour permettre à son parti de se choisir un autre candidat. Mais la question est de savoir quel gage d’indépendance le nouveau joker du Palu pourrait-il présenter ? Les affaires se gâtent également dans le rang de l´opposition parlementaire (Ndjoli étiqueté Mouvement de Libération du Congo de Jean Pierre Bemba, détenu à la Cour pénale internationale à la Haye ; Ndaye apparenté au mouvement de Roger Lumbala et enfin Kankonde qui a eu tort d´être ressortissant de la même province que Ndaye). L´agitation constatée lors de la désignation des candidats de l’opposition sont à la base des désolations supplémentaires notamment l´humiliation à l’endroit de l´opposition non parlementaire (rejet de la candidature du fils du président national de l´UDPS). L´ « opposition » à la congolaise s´est tiré la balle dans le pied et il paie au jour d´aujourd´hui le prix fort de ses contradictions éternelles. Tenez, on se rappellera qu´ en 2002, au Dialogue inter-congolais à Sun City en Afrique du Sud, l´ « opposition » à la congolaise a été roulée dans la farine – dans la mesure où elle s’était présentée en ordre dispersé – au motif qu’elle était plurielle. Ainsi, faute d’un chef charismatique et crédible face aux mouvements politico-militaires très soudés et disciplinés, l’opposition s’est retrouvée reléguée au dernier rang ou confinée dans le rôle ingrat de marchepied des seigneurs de guerre. La moisson avait été maigre et ingrate pour cette « opposition » qui pouvait s’enorgueillir d’avoir les mains propres face à ceux-là qui sont aujourd’hui épinglés dans le Rapport de Mapping de l’ONU. Aujourd’hui, l´opposition récolte le fruit de ce qu´elle a semé, c´est-à-dire qu´elle s’est montrée incapable de se choisir un chef pour jouer le rôle de modérateur en cas de malentendu. Au Congo Kinshasa, le ver est dans le fruit ! Il ne nous reste plus que nos mouchoirs pour essuyer nos larmes !

 

3. Damné Union Africaine !

L´Union Africaine (UA), ex Organisation de l´Unité Africaine, vous la connaissez ? C´est cette sale pute sans titulaire ni domicile fixe, née sous la volonté dictatoriale des despotes africains réunis à Addis-Abeba en Éthiopie et abandonnée à son sort depuis des lustres pour des raisons financières. Comme à sa naissance le 25 mai 1963, l´Organisation de l´Unité Africaine, actuelle Union Africaine vit aujourd´hui les moments les plus durs de son histoire. Sa gamme de toilette coûte cher et les dragueurs se font rares. Dévaluation oblige. Cette situation amène l´Union Africaine (UA) à se retrouver – comme toute bonne fille de joie – dans la rue. Que c´est dur d´avoir affaire à ces dictateurs chefs d´État africains, champions au non- respect de la parole donnée et aux promesses non-tenues !

 

Anathème ? Une fois encore le grand mot est lâché. Incontestablement, la crise s´acharne sur l´Union Africaine. En cinq décennies, cette institution africaine n´a connu que la misère. C´est toute la machine qui se trouve noyée, bloquée et contrainte d´appeler tout le temps au secours. Ces cinquante années d´existence de l´Union Africaine n´auront pas répondu aux aspirations minimes des Africains qui voyaient en cette structure un véritable arbre à palabres où les problèmes des pays membres allaient se régler. Malheureusement, les espoirs suscités sont à la hauteur des déceptions. La somnolence, la paralysie et le boycott ont – comme une maladie – atteint l´Union Africaine qui n´est plus aujourd´hui que l´ombre d´elle-même. L´Organisation de l´Unité Africaine, aujourd´hui Union Africaine n´est jamais parvenue à résoudre le moindre problème des Africains. Des exemples ? La Côte d´Ivoire, la RD Congo, le Soudan, la Somalie, le Rwanda, etc. L´horreur est là, présent dans nos consciences. Les présidents africains se comportent comme des notables de villages et l´Union Africaine n´a eu à cultiver que des égoïsmes en son sein. Fatalité ? L´esprit de la Conférence de Berlin est difficile à quitter les Africains qui sont voués au désordre et au chaos. Pourquoi l´Afrique doit-elle se morceler alors que l´Europe va inévitablement vers l´union ? Le bilan dramatique de l´Union Africaine d´aujourd´hui n´accuse pas seulement des États membres qui se sont toujours distingués, jusqu´alors, par leur non-paiement des cotisations. Mais aussi, par le manque de créativité de ceux qui sont passés au secrétariat général et à la présidence de cette « institution ». Au fil des ans, l´espoir de liberté et de démocratie a fait place à la déception. Avec la dévaluation et tout ce que l´Afrique a sur le dos comme problèmes, l´Union Africaine deviendra plus que jamais dépendante de l´extérieur. Comme on pouvait s´y attendre, le dernier anniversaire de l´Union Africaine a été fêté sans faste. Fêté ? Mot impropre s´il en est ! C´est peu dire, en effet, que le cœur de ceux qui ont mis cet enfant bâtard au monde et des autres Africains, n´y est pas. Les grands fléaux de l´Union Africaine sont toujours les mêmes : blocage du processus de démocratisation, guerres inter-ethniques, essoufflement des économies, inégalités sociales, haine raciale, etc. Et le plus grand fléau qui risque d´accompagner l´Union Africaine à sa dernière demeure est son incapacité à réconcilier les Africains. En effet, l´Union Africaine reste toujours cet éternel bébé qui croit que tant que l´Organisation des Nations Unies (ONU) n´intervient pas quelque part en Afrique, aucune solution ne peut-être trouvée. Regardez ce qui se passe aujourd´hui au Congo Kinshasa (RD Congo) et vous en serez édifiés. La maison Union Africaine est en ruines. Le malheur de cette institution est de n´avoir jamais voulu grandir, même quand on lui en donne l´occasion. Son arme est l´absence d´esprit d´entreprise. Et son mérite est de n´avoir jamais rien réussi. Partout où l´Union Africaine fout sa gueule, ce sont les pleurs et les grincements de dents. A ce rythme, à quoi servent les sommets de l´Union Africaine, sinon qu´à masquer un désastre politique et économique derrière une question de volonté. Comme d´habitude ou presque, alors que Laurent Gbagbo veut confisquer le pouvoir en tentant d´empêcher l’annonce des résultats provisoires des élections du dimanche 28 novembre dernier en Côte d´Ivoire, on ne ressortira des placards au cours des prochaines assises de l´Union Africaine, que les vieux dossiers. Avec à la clé, comme pour distraire les esprits des Africains, la terrible dégradation des économies de leurs pays respectifs. A moins qu´on décide de s´en passer, l´absence flagrante de résultats concrets devrait aujourd´hui conduire les États membres de l´Union Africaine à des changements. Les crises ivoirienne, guinéenne, camerounaise ; les drames congolais et somaliens avec leur fardeau de misères ; le problème des arriérés des contributions des États membres n´a jamais trouvé un début de solution. Il faudra beaucoup d´imagination pour mettre sur pied un nouveau style de rencontre.

 

Au-delà des discours publics, la seule question importante n´est, pour ainsi dire, jamais posée : quelle Union veut-on en Afrique ? C´est pourtant la seule qui mérite d´être soulevée ! De cette non-réponse découlent toutes les ambiguïtés actuelles, les échecs politiques, les incohérences et les assauts de dictature qui affectent dangereusement le continent africain. Tant que le problème ne sera pas résolu et que les pays membres de l´Union Africaine n´auront pas pris leurs responsabilités, cette institution sera toujours boiteuse. Il est nécessaire d´envisager pour le futur une structure plus solide, susceptible de trouver de remède aux maux dont souffre le continent africain.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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