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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 22:02

23 janvier 2010
Agustín VELLOSO


Le prix Unesco-Obiang : le Bon, la Brute et le Truand


Le Truand

Teodoro Obiang Nguema, le récalcitrant président de Guinée Equatoriale, est un homme très riche. Il a accumulé tellement d’argent et il a acquis tellement de biens que la seule solution qu’il aurait pour se débarrasser de ses billets de banque serait d’y mettre le feu.

Il ne peut pas utiliser cet argent pour parvenir au pouvoir puisqu’il jouit du pouvoir absolu depuis plus de trente ans. Son fils aîné n’a rien à lui envier question richesse et les autres membres de la famille nagent dans l’abondance. L’organisation Global Witness a publié à ce sujet en novembre 2009 un rapport intitulé « La vie cachée d’un accro du shopping, ou comment le play-boy de fils d’un dictateur africain est arrivé à dépenser des millions de dollars aux États-Unis. »

Teodoro Obiang n’a pas non plus besoin de cet argent pour se faire une place parmi les puissants de ce monde. Ceux-ci le traitent bien et même, à certaines occasions, affectueusement. Lorsque l’ex-Secrétaire d’Etat US, Rice, l’a reçu à Washington en 2006, elle lui a dit : « vous êtes un bon ami et vous êtes le bienvenu dans ce pays ».

Il a été reçu à six reprises à Pékin par Hu Jintao, qui lui a dit : « nos relations bilatérales se sont développées avec bonheur ».

Obiang est en bons termes avec la gauche et avec la droite espagnoles. Moratinos, le ministre des Affaires Etrangères (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), affirmait en 2006 que l’objectif de l’Espagne était d’ « accompagner, d’encourager, de motiver la Guinée à avancer dans le processus de démocratisation et de défense des Droits de l’Homme ».

C’est exactement ce que pensait Aznar (Parti Populaire) qui, en 2001, alors qu’il était Président du Gouvernement, « le pria d’avancer dans la démocratisation de la Guinée équatoriale ».

Une délégation parlementaire des deux partis cités et de Convergència i Unió, en visite en Guinée équatoriale en 2007, apprécia « les avancées dans le processus de démocratisation ».

Récemment a été mis en exergue l’un des mérites les plus reconnus d’Obiang : le porte-parole du Parti Populaire à la Commission des Affaires Etrangères du Congrès des Députés d’Espagne, Arístegui, a déclaré, en janvier 2010, qu’il était « profondément hispaniste ».

Malgré tout cela, l’opinion qu’ont de lui les citoyens équato-guinéens, les agences de l’Onu - et d’autres agences internationales - sur les Droits de l’Homme et le développement, ainsi que les organisations des Droits de l’Homme et le commun des mortels est soit négative soit exécrable.


La Brute

Obiang n’ignore pas l’opinion que l’on a couramment de lui et il croit que l’argent peut l’aider à l’améliorer. C’est là qu’entrent en action les groupes de pression (les lobbies), les agences de relation publique et les cabinets d’avocats. Depuis quelques années, des pages électroniques sur internet, des éditoriaux dans la presse et des rapports sur l’évolution du pays et sur ses réussites ont commencé à s’accumuler et à rendre compte des bontés du méchant homme.

L’influence de ces cabinets de lobbying sur les centres de pouvoir est bien connue et on l’apprécie à leur nombre et à leurs gains. On a évalué à 17 000 le nombre de personnes qui travaillent dans ces groupes à Washington et à environ 15 000 à Bruxelles.

Le cabinet choisi par Obiang aux USA, Cassidy & Associates, a gagné, par ses activités, plus de 23 millions de dollars en 2008. Depuis 2004, le dossier Obiang a rapporté à la firme pas moins de 120 000 dollars par mois, selon des informations du ministère de la Justice de ce pays.


L’un des succès de Cassidy est cette déclaration de bienvenue de Rice. La photographie d’Obiang à ses côtés a tellement de valeur qu’aujourd’hui encore, plusieurs années après, elle figure en tête de la page électronique officielle du gouvernement de Guinée équatoriale, à côté des photos des paysages les plus typiques du pays.

La force de ces groupes de pression est mise en évidence par la déclaration de Frank Ruddy, ex-ambassadeur des USA en Guinée équatoriale : « Il y a quelques années, les fonctionnaires ne parlaient pas des relations avec ce pays ou faisaient allusion à ses problèmes et aux terribles violations des Droits de l’Homme. Aujourd’hui, tout le monde peut croire que c’est le frère de Mère Térésa qui gouverne le pays. »

Bien sûr, la publicité positive que lui font ces groupes de pression n’est pas l’unique soutien ni le plus important sur lequel peut compter Obiang. C’est un élément de poids qui s’ajoute à l’appui que lui offrent les gouvernants de pays puissants, de sorte que les deux se complètent.

Le plus important réside dans les actions que ces gouvernants mènent, sous une forme moins visible, au sein des principales institutions internationales et nationales et dans celles à caractère bilatéral avec la Guinée équatoriale. Obiang leur renvoie aussi l’ascenseur, d’une autre façon, principalement au travers d’accords commerciaux, militaires et d’autres types avec les nations qu’ils représentent.

Il y a, aux USA et en Europe, des enquêtes officielles sur l’énorme corruption d’Obiang. Par exemple, un sous-comité du Sénat US a signalé qu’il détenait dans ce pays quelque 700 millions de dollars sur un compte de la Banque Riggs, aujourd’hui disparue (Le rapport, intitulé « Blanchiment d’argent et corruption à l’étranger », est disponible, en espagnol, sur http://www.asodegue.org/dfebrero0305.htm)

En France et en Espagne il y a des juges qui essaient d’éclaircir, manifestement sans succès grâce à la protection des amis d’Obiang, ce dont a entendu parler même le citoyen le plus insouciant : que le compte de la Banque de Santander, avec plus de 26 millions de dollars, comme les propriétés immobilières dans les Asturies, à Madrid et aux Canaries, ainsi que des biens semblables d’une valeur immense en France appartiennent aux Équato-Guinéens.

Toutefois, tout a été accaparé par Obiang à travers le contrôle de l’exploitation pétrolière aux mains de multinationales, us principalement (Voir, au sujet de la France, la tribune d’Eulàlia Solé, parue le 6 novembre 2009 dans La Vanguardia ( Vergüenza para Francia) et sur l’Espagne le commentaire publié en mai de la même année sur http:/ɛspacioseuropeos.com/?p=6764)

Pour une raison qui est probablement liée au mépris que l’ardent hispaniste ressent pour l’Espagne, la responsabilité de la publicité en sa faveur incombe, dans ce pays, à une personne incroyablement fruste.

En 2009 elle a déclaré : « Jusqu’à il y a quelques mois je ne savais pas qu’en Guinée équatoriale on parle espagnol ». Malgré un curriculum aussi peu prometteur, elle peut dire aujourd’hui : « Je dirige avec une grande fierté, bien sûr, le Bureau d’information de la Guinée équatoriale en Espagne et dans d’autres pays ».

Même si l’on apporte du crédit à ce qu’elle dit, on comprend d’autant moins pourquoi elle utilise, pour ses communications de directrice de ce bureau, une adresse de courrier électronique associée à Centauro, une entreprise spécialisée dans les affaires en relation avec les numéros 803 et 806, c’est-à-dire les lignes érotiques, plutôt qu’une adresse associée à l’ambassade ou à tout autre organisme officiel de la Guinée équatoriale.

Elle se présente, de manière ampoulée et maladroite, sur un forum internet sur la Guinée équatoriale : « Salut, je suis N.B. Je suis journaliste, je travaille pour plusieurs supports et j’ai eu la chance de faire la connaissance d’Armando, qui m’a fait découvrir ce forum et un grand nombre de vos histoires. »

Comme elle ne réussit pas à atteindre la notoriété qui doit selon elle être associée à sa « fonction », elle passe ses journées à essayer d’encourager la fréquentation, bien qu’il se peut aussi qu’elle soit payée à la tâche. Dans un autre message sur le forum elle se réfère à un reportage sur la Guinée équatoriale qui, disait-elle, allait paraître dans la revue Hola en août 2008 : « C’est moi qui ai souligné l’intérêt de réaliser ce reportage, placé exclusivement sous une approche émotionnelle, comme il convient concrètement à cette revue. »


Le Bon

L’un des conseillers en image d’Obiang lui a présenté une idée géniale : prendre l’initiative d’une action de propagande spectaculaire que tout le monde louerait pour ses mérites intrinsèques et qui soit mise en œuvre en association avec une institution prestigieuse pour l’opinion publique internationale.

Enthousiasmé par cette idée, Obiang se rendit à la Conférence générale de l’Unesco d’octobre 2007, où il annonça sa proposition de créer le « Prix de l’Unesco-Obiang Nguema Mbasogo pour la Conservation de la Vie », qui serait financé par le gouvernement de la République de Guinée équatoriale.

Compte tenu du traitement qu’Obiang réserve à la vie de ses compatriotes, le nom du prix s’avérait trop sanglant, même pour l’Unesco, qui pourtant traîne une histoire peu édifiante de relations avec des trafiquants d’armes et des dictateurs.

Sur une nouvelle idée d’un conseiller, le gouvernement de la Guinée équatoriale présenta devant l’Unesco, le 29 septembre 2008, le document intitulé « Création du prix international Unesco-Obiang Nguema Mbasogo pour la recherche en Sciences de la Vie »

Le corrupteur et la corrompue n’avaient pas prévu les effets collatéraux de cette proposition mal venue. Ce qui les en a empêchés, c’est l’omnipotence de celui qui est habitué à acheter tout ce qu’il désire avec de l’argent et l’alignement de l’Onu et de quelques unes de ses agences sur la politique néolibérale, qui les amène à saisir toute opportunité de mener une opération de propagande pour justifier leur triste existence par-delà tout autre considération, y compris leurs obligations statutaires. (Voir Prolongation de l’appel à candidatures du Prix International UNESCO-Obiang Nguema Mbasogo pour la recherche en sciences de la vie 2009. Initialement fixée au 25 septembre 2009, la soumission des dossiers est prolongée jusqu´au 30 décembre 2009.)

Quand cette proposition fut connue quelques gouvernements qui prévoyaient le fiasco se mirent à émettre une série de critiques et des organisations non-gouvernementales qui avaient Obiang dans le viseur exprimèrent leur dénonciation. Et en janvier 2010 on annonça publiquement que l’Unesco suspendait provisoirement le prix. L’Unesco invoqua une « révision des procédures » qui affectait aussi d’autres prix, ce qui apparut comme une tentative minable de donner un air de normalité à ces manigances avortées.

La mobilisation de ces ONG influentes et de quelques individus solidaires a réussi à contrecarrer un scandale qui, bien que peu reluisant pour les Équato-Guinéens, a au moins mis en évidence une fois de plus quelques points importants :

1. La vénalité des organismes internationaux et leur incapacité à atteindre leurs objectifs et ceux de la Charte des Nations Unies.

2. Les tentatives et les combines d’Obiang et de ses soutiens politiques et économiques pour obtenir ce que tout l’argent du monde ne peut pas lui permettre d’obtenir : avoir l’appui de son peuple et être respecté par le reste de l’humanité.

3. L’importance de l’action de groupes et de personnes opposés aux abus et à la corruption des puissants.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Guinée Equatoriale
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