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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 21:32

6 février 2011

Alain Serbin

 

Le dernier livre de Frantz Fanon intitulé "Les Damés de la Terre", a connu un succès planétaire dès sa sortie. Immédiatement traduit en anglais, en allemand, en italien, en espagnol et dans plusieurs autres langues, le livre devint un best-seller pour tous les progressistes du monde entier, lu, rélu, et abondamment commenté.


Ce qui était dit dans ce livre concernait tous les peuples dominés, ce qu'on appellait à l'époque, 'peuples du Tiers-monde', ou 'sous-développés'. L'auteur du livre, en bon théoricien et combattant, avait développé des thèses assez solides et ses observations sonnaient véridiquement si justes. Tellement justes qu'il apparu pour certains comme un prophète de l'avenir des "damnés", et que l'ouvrage fut considéré comme la 'bible' pour tous les militants progressistes victimes du système dominant. Ce livre de Fanon devenait du même coup, un livre-culte. Les analyses de ce système furent mûrement dévéloppées, que Frantz Fanon devient un Maître à penser, pour toute une génération d'hommes et de femmes, dans le monde entier. Le dernier livre de Frantz Fanon, "Les Damnés de la Terre" reste le livre le plus complet, le plus abouti, puisqu'on retrouve tous les thèmes qu'il avait déjà développé auparavant dès son premier livre, mais cette fois-ci magnifiquement développés, puis après son engagement en Afrique du Nord, il va sociologique l'expliquer avec son deuxième livre, aussi important, censuré en France,  "L'An V de la révolution algérienne". Son dernier livre est, à notre avis le meilleur de son livre.  Dans "Les Damnés de la Terre", Frantz Fanon s'est détaché sur le plan de l'analyse.

 
Frantz Fanon est mort le 6 décembre 1961, d'une leucémie, dans un Hopital de Washington, aux Etats-Unis.
En ce jour d'anniversaire de sa mort, nous avons tenu à lui rendre ce grand Hommage appuyé. Un vibrant hommage pour ce grand penseur du XXè siècle, mais dont les idées vont traverser ce XXIè siècle, et probablement les siècles à venir. Livre-capital qui nous a ouvert les yeux sur le plan de la conscience politique, et nous a permis de mieux comprendre la pensée politique fanonienne. 

 

Réthorique et praxis révolutionnaire

Le thème de la violence, tel que Fanon l'a développé dans son livre, a été le point de départ de son analyse de la situation coloniale, sur le continent africain dans son ensemble. Pour l'auteur, si le système d'oppression mis en place opprime de façon brutale, la meilleure réponse ne peut venir que de la même violence subit. La violence est libératrice, puisqu'elle permet à l'opprimé de rompre brutalement avec ce cycle infernal, cette situation d'infériorisation dans lequel il est tenu en laisse comme un chien. La violence salvatrice contre un ordre insupportable pour les humains normaux. L'opprimé manifeste dès sa prise de conscience de sa condition de dominé un désir d'indépendance individuelle, et pourquoi pas, collective. Il est nécessaire de traverser cette phase révolutionnaire de révendication, avant d'aboutir à une autre phase, quasimment palpable, et qu'on appelle dans un langage militant, la praxis révolutionnaire. Le traumatisme de l'opprimé est la conséquence direct de sa révolte. L'infériorité permanente de celui-ci fut considéré comme congénitale. Il fallait montrer l'erreur d'analyse de l'oppresseur sur d'autres peuples différents d'eux. Se basant sur des bases raciales, le système coloniale a réussi à inférioriser mentalement racialement, socialement d'autres races, d'autres peuples. Ce système qui opprime s'énorgueillise de fabriquer des sujets à sa merci, des sujets infériorisés. L'infériorité permanente de celui-ci constate ce fait comme acquis et établi. Or, rien n'est acquis dans la vie.

 

C'est une perpétuelle évolution qui change le cours de la vie sur terre. On ne peut accepter indéfinimement une condition d'oppression. La violence de l'oppresseur ne se donne pas sulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, mais elle cherche aussi surtout à les déhumaniser. Pour que ces hommes réduits à l'état d'esclaves s'affranchissent il n'y a que la révolution. La révolte dans la violence comme leurs maîtres. La violence révolutionnaire reste donc la seule option pour se libérer. Rien à voir du mépris affiché de l'envahisseur-colonisateur, mais une soif de vivre pleinement sa propre libérté. Le système mis en place dans les pays dominés a permis d'enfanter des individus totalement soumis, lobotomisés, dépouillés de toute leur personnalité. Une dépersonnalisation ambiguë qui n'est rien d'autre que l'aliénation mentale. Des gens qui ne sauront plus jamais qui ils sont, d'où qu'ils viennent, ni d'où ils vont. Pour récupérer sa propre personnalité, l'individu a d'abord besoin de se remettre en question, savoir où il est, et là où il veut aller. Ainsi, il faudra passer par ce stade-là, libérateur de cette violence individuelle, qui est une forme d'aliénation coloniale pour lutter contre l'oppresseur. Il faut souvent se faire violence soi-même pour se retrouver.

 

Ce constat est valable en tout point de vue, pour chaque individu. Dans le premier chapître de ses "damnés de la terre", Fanon l'avait intitulé ' De la violence', et il écrit ceci : <La décolonisation est toujours un phénomène violent car la colonisation n'est pas une machine à penser, n'est pas un corps doué de raion. Le colonialisme est la violence à l'état de nature et ne peut s'incliner que devant une plus grand violence >. L'auteur y décrit aussi l'état permanent de cette violence. La violence qui a présidé à l'arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la déstruction des formes sociales indigènes, démoli sans réstriction les systèmes de références de l'économie, les modes d'apparence, d'habillement, cette violence-là sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où décidant d'être l'histoire en actes, la masse colonisée s'engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d'action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. Disloquer le monde colonial ne signifie pas qu'après l'abolition des frontières on aménagera des voies de passage entre les deux zones. Pour Fanon, la libération du système colonial ne doit pas se limiter à imiterensuit ce même système. Il faut rompre totalement avec ce système colonail. Libération nationale, renaissance nationale, restitution de la nation au peuple. Commonwealth, quelques que soient les rubriques utilisées ou les formules nouvelles introduites, la décolonisation est toujours un phénomène violent, écrit Fanon, dès les premiers lignes des "Damnés".

 

Avant de faire observer qu'à quelque niveau qu'on l'étudie : rencontre inter-individuelle, appelations nouvelles des clubs sportifs, composition humaine de cocktails-parties, de la police, de conseils d'administration dea banques nationales, ou privées, la décolonisation est très simplement le remplacement d'une 'espèce d'hommes' par une autre 'espèce d'hommes'.  L'auteur nous montre aussi dès les premères pages, les mécanismes qui amènent à la violence. Les injustices sont la première remarque que fait ces colonisés qui n'acceptent plus cet état d'asservissemet sur leur propre sol. C'est ce que Fanon a pu observé dans tous les pays africains auxquels il a séjourné, que ce soit au Ghana, au Mali, au Sénégal, en Egypte ou au Congo de son ami Patrice Lumumba. Ce dernier pays sombrera d'ailleurs dans un chaos avec des violences populaires inouïes, dès l'accession à son indépendance. Les colonisés belges tirant les ficelles de cette anarchie politique. Le grand leader panafricain, le premier ministre Congolais Patrice Lumumba sera assassiné par ses ennemis. C'est dans cette Afrique centrale que Fanon va tâter les difficultés de ces nouveaux pays africains nouvellement libérés du joug colonial. A la violence du colonisateur, le colonisé n'a pas les moyens de lui montrer l'animalité de sa violence. Alors, pour lui répondre, le colonisé n'a qu'une seule option, qu'un seul choix, c'est par la violence.

 

Les violences anti-humanistes sont les conséquences des désordres coloniaux qui s'ensuivirent. Il n'est plus question pour les colonisés d'écouter les mensonges coloniaux lorsque celui-ci lui parle des valeurs humanistes qu'il est incapable d'appliquer aux autres. Chaque fois qu'il est question des valeurs occidentales, il se produit chez le colonisé une sorte de raidissement, de tétanie musculaire. La décolonisation est la rencontre de deux forces congénitalement  antagonists. Dans la période de décolonisation, il est fait appel à la raison des colonisés. On leur propose des valeurs sûres, on leur explique abondamment  que la décolonisation ne doit pas signifier régression, qu'il faut s'appuyer sur des valeurs expérimentées, solides, côtées. Or il se trouve que lorsqu'un colonisé entend un discours sur la culture occidentale, il sort sa machette, ou du moins, il s'assure qu'elle est à portée de sa main.

 
La violence avec laquelle s'est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l'agressivité qui a empregné la confrontation  victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensée des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ces valeurs.  Dans le contexte colonial, le colon ne s'arrête dans son travail d'éreintement du colonisé que lorsque ce dernier a reconnu à haute et intelligible voix la suprématie des valeurs blanches. Dans la période de décolonisation, la masse colonisée se moque de ces mêmes valeurs, les insultes, les vomit à pleine gorge.

 

Contexte national et réveil des damnés

Les damnés de la terre, ce sont ceux dont le système occidental a fabriqués, dominés, et fait d'eux des êtres sans importances, sinon pour leurs forces de travail forcé fournis. Ce qui a fait que, dans la première partie, la violence peut se justifier.Préfaçant le livre de Frantz Fanon "Les damnés de la terre", Jean-Paul Sartre écrit : < Fanon est le premier depuis Engels à remettre en lumière l'accoucheuse de l'Histoire>. Il poursuit, <Au siècle dernier, la bourgeoisie tient les ouvriers pour des envieux, déréglés par des grossiers appétits mais elle prend soin d'inclure ces grands brutaux dans notre espèce : à moins d'être hommes et libres comment pourraient-ils vendre leur force de travail. En France, en Angleterre, l'humanisme se prétend universel. Avec le travail forcé, s'est tout le contraire ; pas de contrat; en plus de ça, il faut intimider; donc l'oppression se montre. Nos soldats, outre-mer, repoussant l'universalisme métropolitain, appliquent au genre humain le ' numerus clausus' ; puisque nul ne peut sans crime dépouiller son semblable, l'asservir ou le tuer, ils posent en principe que le colonisé n'est pas le semblable de l'homme.Notre force de frappe a reçu mission de changer cette abstraite certitude en réalité : ordre est donné de ravaler les habitants du territoire annexé au niveau de singe supérieur pour justifier le colon de les traiter en bête de somme. La violence coloniale ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser. Rien ne sera menagé pour liquider leurs traditions, pour substituer nos langues aux leurs, pour détruire leur culture sans leur doner la nôtre; on les abrutira de fatigue>.

 
L'auteur des 'damnés' en fait même une observation lorsqu'il parle de la décolonisation qui ne passe pas inaperçue car elle transforme des spectateurs écrasés d'inessentialité en acteurs privilégés, saisis de façon quasi grandiose par le faisceau de l'Histoire. En ce sens, cette décolonisation est véritablement  création d'hommes nouveaux. Il y a donc exigence d'une remise en question intégrale de la situation coloniale. 
Ayant vécu la violence coloniale dans sa chair, et en tout point de vue, le colonisé n'a qu'une idée en tête, c'est rompre ce cycle infernal dans lequel le colonisé tente de l'enfermer indéfiniment. Pour le colonisé, cette rupture par la violence représente le praxis absolu. Quittant la situation d'asservissment, l'heure est venue de se reveiller et travailler pour rebâtir la nation naissante.

 
Visionnaire, l'auteur met en garde les colonisés, car il ne s'agit pas de remplacer un colonisateur par un autre colonisateur. La bourgeoisie nationale qui prend le pouvoir à la fin du régime colonial, par exemple, est une bourgeoisie sous-développé. Sa puissance économique est presque nulle, et en tout cas, sans commune mesure avec celle de la burgeoisie métropolitaine à laquelle elle entend se substituer. Dans son narcissisme volontariste, la bourgeoisei nationale s'est facilement convaincue qu'elle pourrait avantageusement remplacer la bourgeoisie métropolitaine. Mais l'indépendance qui la met littéralement au pied du mur va déclencher chez elle des réactions catastrophiques et l'obliger à lancer des appels angoissés en direction de l'ancienne métropole. Les cadres universitaires et commerçants qui constituent la fraction la plus éclairée du nouvel état se caractérisent en effet par leur nombre, leur concentration dans la capitale le type de leurs activités : négoce, exploitations agricoles, professions libérales. Au sein de la bourgeoisie, on ne trouve ni industriels, ni financiers.

 

La bourgeoisie nationale des pays sous-développés n'est pas orientée vers la production, l'invention, la construction, le travail. Elle est tout entière caractérisée dans les activités de type intermédiaire. Etre dans le circuit, dans la combine, telle semble être sa vocation profonde. La bourgeoisie nationale a une psychologie d'homme d'affaires non de capitaines d'industrie. Et d'embargo installé par le colonialisme ne lui ont guère laissé le choix. Dans le système colonial une bourgeoisie qui accumule du capital est une impossibilité. Or, précisément, il semble que la vocation historique d'une bourgeoisie nationale authentique dans un pays sous-développé soit de se nier en tant que bourgeoisie, de se nier en tant qu'instrument du capital révolutionnaire que constitue le peuple.

 
Dans un pays sous-développé, une bourgeoisie nationale authentique doit se faire un devoir impérieux de trahir la vocation à laquelle elle était déstinée, de se mettre à l'école du peuple, c'est-à-dire, de mettre à la disposition du peule le capital intellectuel et technique qu'elle a arraché lors de son passage dans les universités coloniales. Nous verrons malheureusement que, assez souvent, la bourgeoisie nationale se détourne de  cette voie héroïque et positive, féconde et juste, pour s'enfoncer, l'âme en paix, dans la voie horrible, parce qu'anti-nationale d'une bourgeoisie classique, d'une bourgeoisie bourgeoise, platement, bêtement, cyniquement  bourgeoise. C'est ce que Fanon appelle les "Mésaventures de la conscience nationale", dans un chapître. Observateur averti, l'auteur des "Damnés" a su merveilleusement analyser la situation de l'après-indépendance dans les pays nouvellement indépendants. Le témoignage de l'Angolais Mario de Andrade, est très intéressant : Depuis la Conférence d'Accra, en particulier, la guerre d'Algérie représenta l'idéal révolutionnaire et installa l'espérance des colonisés. Les émissaires de FLN algérien, par la voix vibrante de Frantz Fanon, bien souvent, s'imposaient par la force de l'exemple d'un ' vécu libérateur' et ils suscitaient les initiatives les plus avancées pour dynamiser la solidarité des opprimés. Ainsi le projet de la "légion africaine" que Fanon considérait comme la ' réponse concrète des peuples africains à la volonté de domination coloniale des Européens', mais qui ne fut jamais constitué. N'y avait-il pas un certain irréalisme à fixer des tâches au nom des peuples africains, tâches qui pour être réalisées devraient s'inscrire dans le cadre concret des régimes politiques ? Autrement dit, la marge d'indépendance des pays africains était insuffisante pour permettre de mener à terme les révolutions pour la libération du continent. 


Il importe ! Ce par quoi Fanon était un militant engagé c'est d'avoir contribuer à forger, par sa théorie et par sa praxis, cette "Afrique à venir". Fanon nous dit qu'avant l'indépendance, le leader incarnait en général les aspirations du peuple : indépendance, libertés politiques, dignité nationale. Mais, au lendemain de l'indépendance, loin d'incarner conrètement les besoins du peuple, loin de se faire le promoteur de la dignité réelle du peuple, celle qui passe par le pain, la terre et la remise du pays entre les mains sacrées du peuple, le leader va révéler sa fonction intime : être le président général de société de profiteurs impatients de jouïr que constitue la bourgeoisie nationale. Dans les pays sous-développés le leader représente la puissance morale à l'abri de laquelle la bourgeoisie, maigre et démunie, de la jeune nation décide de s'enrichir. Ainsi donc, l'instauration d'un parti unique est la forme moderne de la dictature bourgeoisie sans masque, sans fard, sans scrupules.



Expérience et exemple algériens

Les observations de Frantz Fanon sont tirées de ses voyages et contacts en Afrique, et de sa propre expérience de médecin, de théoricien, d'homme politique, entièrement dévoué, engagé non seulement dans la lutte pour la libération de l'Algérie, mais plus que cela, c'est l'ensemble du continent sous-domination, qui l'intéressait le plus. Sa propre vie est aussi un itinéraire intéressant pour un homme de conviction qu'il était.
Après ses études en France (médecine psychiatrique à Lyon), Frantz Fanon est partie travailler en Afrique. Le Sénégal qui était son choix n'étant pas prêt à l'accueillir, c'est en Afrique du Nord, en Algérie, qu'il va exercer, en tant que psychiatre à l'Hopital de Blida. Arrivé en 1955, il est interne à cet Hopital psychiatrique de Blida pour soigner des malades mentaux algériens. Là-bas, il va en tirer des matières qui vont approfondir ses études sur les colonisés. Ses observations pertinentes vont se développées, et se rendre compte de sa propre condition, dans une réalité coloniale la plus abjecte. Il note l'impact des dégâts de la colonisation dans le mental du colonisé. Sensible, en 1956, il décide d'écrire une lettre au Ministre Résident, Gouverneur Général de l'Algérie. Il y dénonce certaines pratiques et comportements à l'égard des malades arabes algériens. Surtout encore, les sanctions des grêvistes  : <(...) Monsieur le Ministre, la décision de sanctionner les grévistes du 5 juillet 1956 est une mesure qui, littéralement me paraît irrationnelle. Ou les gévistes ont été terrorisés dans leur chair et celle de leur famille, alors il fallait comprendre leur attitude, la juger normale, compte tenu de l'atmosphère. Ou leur abstention traduisait un courant  d'opinion unanime, une conviction inébranlable, alors toute attitude sanctionniste était superflue, gratuite, inopérante.(...) Depuis de longs mois ma conscience est le siège de débats impardonnables. Et leur conclusion est la volonté de ne pas désespérer de l'homme, c'est-à-dire de moi-même. Ma décision est de ne pas assurer une responsabilité coûte que coûte sous le fallacieux prétexte qu'il n'y a rien d'autre à faire. Pour toutes ces raisons, j'ai l'honneur, Monsieur le Ministre, de vous demander de bien vouloir accepter ma démission et de mettre fin à ma mission en Algérie, avec l'assurance de ma considération distinguée. Docteur Frantz Fanon.>


Cette démission de Fanon à un poste aussi important de Médecin-Chef, est d'une cohérence qui l'honore. 
De cette expérience, Fanon aura tiré des maitères pour ces futures écritures. Plus tard, il va s'engager corps et âme dans le combat contre la présence coloniale française en Algérie. Il sera par la suite expulsé du pays. En 1957 donc, il quitte l'Algérie pour suivre les combattants algériens du FLN en Tunisie. C'est dans ce dernier pays que va naître un Grouvernement Provisoire de la Révolution Algérienne, le GPRA. Tout en travaillant à l'Hopital de Manouba, à Tunis, en tant que médecin-psychiatre, Frantz Fanon va participer activement à l'organisation et à la collaboration du journal algérien anticolonialiste " EL `MOUDJAHID". C'est dans cette période qu'il va écrire beaucoup. Des articles pour le journal, dans lequel il assume la responsabilité. Le GPRA va le nommer comme Ambassadeur à Accra, au Ghana. Fanon va représenter l'Algérie, son pays d'adoption,  et prendra par aux diverses conférences, congrès, débats, défendant la position de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. Entre 1958 et 1961, il va voyager beaucoup, surtout en Afrique noire : Ghana, Libéria, Mali, Sénégal, en Afrique centrale, notamment au Congo de Patrice Lumumba. De tous ces voyages, il aura tout le loisir d'observer et de comprendre cette Afrique, qui venait à peine de sortir du joug colonial. 


En 1959, il écrit son deuxième livre, " L'AN  V  DE LA REVOLUTION  ALGERIENNE" (aux Editions Maspéro, Paris). Un livre sociologique très riche. Fanon analyse la société algérienne telle qu'il l'a observé. Un ouvrage très intéressant. Son introduction n'est pas tendre avec le système colonial français. Le livre sera censuré, interdit de vente en Métropole. Dans ses écrits, Fanon ne mâche pas ses mots dans cette introduction où il dit franchement sa foi et que l'indépendance de l'Algérie est inéluctable: <La Révolution algérienne réside d'ores et déjà dans la mutation qui s'est produite chez l'Algérien, et que le colonialisme a définitivement perdu la partie en Algérie, tandis que de toute façon, les Algériens l'ont définitivement gagnée.> Rappelons qu'à l'époque de sa publication l'Algérie n'était pas encore indépendante.

 

Le livre "L'an V de la révolution algérienne" prophétisait déjà, alors même que la guerre se poursuivait et que l'indépendance n'était pas proclamée. La perspicacité de l'analyse montre bien la puissance de la pensée fanonienne et la certitude de sa finalité. Fanon, dans ce livre souvent peu connu, montre bien l'Algérie inconnue, une société écartelée entre son ancrage dans l'islam, sa religion essentielle, et l'avenir que le pays veut se donner. Observateur averti, il l'avait démontré déjà dès son premier livre. Dans "L'AN   V   DE LA REVOLUTION ALGERIENNE", Frantz Fanon confirme qu'il est un excellent visionnaire et un bon sociologue. Sa pertinence surprend encore aujourd'hui. Son essai sur la revolution algérienne a fait de lui, un des meilleurs observateurs de cette société musulmane. Son engagement lui a permis par la suite de mener de front son combat pour l'éveil de la conscience endormie des peuples africains et d'ailleurs. Témoin passion, Frantz Fanon a tenté de nous montrer le chemin à suivre. Il a surtout tenter aussi de montrer le développement d'un processus de libération au cours de cette lutte pour la liberté d'un peuple. Son livre répond à pas mal d'interrogations. La libération peut aussi s'acquérir sans les fusils ni les bombes. On le voit, le discours de Fanonest adhésif. A l'époque ce genre de discours était dérangeant pour le système colonial. "L'An  V  de la révolution algérienne" n'a pas échappé à la censure. Pour Fanon, la Révolution en profondeur, la vraie, parce que précisément elle change l'homme et renouvelle la société, est très avancée. Cet oxygène qui invente et dispose une nouvelle humanité, c'est cela aussi la Révolution algérienne, comme il la décrit si bien dans son livre, sur la cinquième année de la révolution des Algériens. 


Cet ouvrage est important à plus d'un titre, puisqu'il permet de mieux situer l'auteur, sa pensée et expliquer le sens de son engagement dans un pays qui n'est pas forcément le sien, mais qui peut être aussi de tous les hommes. L'Algérie ne fut qu'un test pour lui. Il pourrait  bien commencer dans sa pays natal, mais voilà, il est aussi le produit de cette émigration qu'un jour ou l'autre tout individu du tiers-monde est amener à effecteur ailleurs. 


Homme engagé, maître à penser pour les damnés de la terre

(A la mémoire de Marcel Manville, compagnon de Fanon)


Testament politique, le dernier livre de Frantz Fanon, "Les Damnés de la Terre"(paru d'abord aux Editions François Maspéro à Paris, en 1961, puis reédité à plusieurs reprises, traduit et lu dans le monde entier, et que les Editions La Découverte/Gallimard, ont repris) , ce livre est le meilleur de ces trois livres publiés de son vivant. "LES  DAMNES  DE  LA  TERRE" est l'aboutissement de ce grand penseur qu'est Frantz Fanon. On y trouve dedans tous les thèmes qui lui tenaient à coeur.   Les propos contenus, les analyses développées, font que cet ouvrage reste un Grand livre publié par celui qui dérangeait par sa sincérité. Il a éclairé les lampions de ceux qu'on a appellé jadis les peuples damnés, les peuples du Tiers-monde, fabriqués par le système injuste colonial. Frantz Fanon, Noir, originaire d'Afrique, Penseur donc, philosphe n'a pas laissé indifférent tout ce qu'il a pu écrire de l'Afrique. Il a lutter à sa manière contre toutes formes d'oppression ou d'injustice. Ses écrits restent encore actuels. Le racisme reste à combattre. Le nécolonialisme est toujours là. Toutes ces bêtises qui créent l'injustice, Fanon l'a vu et a essayé de les combattre. Il n'était pas toujours compris. Surtout pas auprès de ses propres frères, et il a fallu des années pour qu'on reconnaisse ses qualités de philosophe et de grand écrivain. Il s'était engagé de tout son corps pour combattre les injustices. Une consolation, il a vu juste et a visé juste. Puisque ses écrits restent encore de nos jours très valables. Bien entendu que Fanon reste encore d'actualié. Il a su capter les préoccupations des peuples damnés. Avec cette audace de le crier passionnellement. On a dit beaucoup de choses injustes à son encontre mais Frantz Fanon reste une voix valable de l'Afrique d'hier et d'aujourd'hui. Hier encore, ses trois ouvrages publiés étaient difficilement trouvables dans une quelconque librairie dans un pays du Tiers-monde. aujourd'hui, on peut les trouver. Il reste à les lire et à comprendre son message. 


Quarante-six ans après sa mort, Frantz Fanon est plus que vivant. En ce jour de l'anniversaire de sa disparition, plusieurs manifestations ont lieu un peu partout. Nous pensons précisément au Cercle Frantz Fanon.


Ce qui nous amène d'évoquer le souvenir d'un Ami que nous avons connu en 1998, à l'aéroport de Zürich et à Tripoli, où nous nous rendions pour une conférence en Libye, le pays de Mouhammar Kaddafi.


Cet ami s'appelle MARCEL MANVILLE. Un homme âgé, certes, mais dont la frâicheur de l'esprit nous a agréablement surpris. C'est lui qui nous a longuement parlé de son ami Frantz Fanon, son compatriote. Ils ont fait la guerre ensemble en France, (la deuxième guerre mondiale de 1939-1945), et qu'il avait retrouvé en Algérie dans le début des années soixantes. Fanon était médecin-psychiatre, et lui, un Avocat.


Nous profitons aussi de l'occasion pour lui rendre un Grand Hommage. Grâce à lui, nous avons eu approfondir notre connaissance sur son compagnon Frantz Fanon. A Tripoli, nous habitions dans le même Hôtel El Mehari, et tous les soirs, j'allais le retouver et nous allion manger au restaurant. Esnuite, il m'invitait pour une promenade au bord de la mer, et dans les souks. 


Marcel Manville fut le fondateur du Cercle Frantz Fanon, pour perpétuer les oeuvres de son ami Frantz Fanon. Il est lui-même l'auteur d'un seul livre autobiographique "Les Antilles sans fard" publier aux Editions L'Harmattan à Paris, en 1992, dans lequel il apporte encore un témoignage sur la jeunesse et la vie de Fanon.
Marcel Manville m'a dédicacé son livre. Je garde encore les souvenirs des photos qu'on avait fait en Afrique du Nord (Tripoli : Promenades dans la ville, dans les souks pour les achats des souvenirs libyens, etc...) que je conserve jalousement en souvenirs. Mon ami, mon grand papa, Marcel Manville nous a quitté la même année, en décembre 1998, en pleine playdoirie dans un tribunal parisien ! Une mort qui nous a affecté. Son action sur le Cercle Frantz Fanon se poursuit et existe toujours. Chapeau à l'ami et Papa Manville !!!

Aujourd'hui, nous avons encore besoin des hommes comme Fanon pour nous éclairer de la nuit qui continue de nous obscurcir. Nous vous que les Damnés de la terre ne soient plus "damnés" du tout. C'est un combat pour tous les hommes épris de justice et de paix. Une façon pour tous les humains que nous sommes tous les hommes de la même planète, et qu'en nous tenant la main, on bâtira un monde plus juste. 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Culture et littérature
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