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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 11:24

23 mai 2001

Jean-Pierre Kerckhofs

 

Qui n’a jamais entendu parler de "la dette du Tiers Monde" ? De quoi s’agit-il ? Dans les années 60, les pays du Tiers Monde devenus "indépendants" ont besoin de moyens pour développer leurs infrastructures.

 

 A cette époque, les banques privées du Nord disposent de beaucoup de liquidités. Afin de ne pas laisser"dormir" leur argent, elles proposent aux gouvernements du Sud des prêts à des taux très intéressants. La Banque Mondiale se lance également dans une politique de prêts tous azimuts. Ceux-ci servent à financer des projets qui ne profitent pas aux populations locales. En poussant, par exemple, à l’abandon des cultures vivrières au profit des cultures d’exportation. En ouvrant des lignes de crédit au Sud, les gouvernements du Nord cherchent aussi à soutenir les exportations de "leurs"entreprises.

 

 Mais dès les années 70 et au début des années 80, un double phénomène apparaît. D’une part, les pays du Sud ont produit presque tous en grande quantité les matières premières (coton, sucre, cacao, pétrole, …) demandés par la Banque Mondiale. Conséquence inévitable : la chute des prix. Par ailleurs, les Etats-Unis décident d’augmenter les taux d’intérêts pour attirer les capitaux étrangers.

 

 Vu leur hégémonie économique, cela entraîne une augmentation des taux à l’échelle mondiale. Et c’est la spirale qui se met en route. En effet, vu leur chute de revenus (ceux sur lesquels ils comptaient pour rembourser), les pays du Sud sont obligés de contracter de nouveaux emprunts. Et cette fois à des taux très élevés. C’est alors que commence la descente aux enfers. Sans fin….

 

Le Sud aide le Nord à se développer

 

En 1999, l’ensemble du Tiers Monde a transféré, en remboursement de la dette, 114 milliards de $ de plus que ce qu’il a reçu sous forme de nouveaux prêts. En 20 ans, le Nord a reçu l’équivalent de 43 plans Marshall en provenance du Sud ! Parler, en regard de ces chiffres, de "coopération au développement" est tout à la fois ridicule et hypocrite. 

 

En 1982, le Mexique, puis l’Argentine et le Brésil déclarent ne plus pouvoir faire face aux remboursements. C’est ce qu’on va appeler "la crise de la dette".

 

 Depuis lors, le FMI et la Banque Mondiale ont été investis d’une mission : intervenir dans les structures économiques des pays dits "en voie de développement" afin de les "aider" à rembourser. Pour parvenir à de nouveaux crédits, les pays concernés doivent s’engager dans des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS).

 

 Ces PAS les obligent à appliquer les mesures suivantes : priorité aux exportations (ça a si bien marché), dévaluations, suppression des barrières douanières à l’importation, libéralisations, privatisations et compression des dépenses publiques. Où en est-on ? On l’a vu, l’endettement est très loin d’avoir diminué. Au contraire, après avoir déjà remboursé 7 fois l’emprunt initial, le Tiers Monde est toujours endetté 4 fois plus qu’à l’origine !

 

 Le Sud est recolonisé économiquement

 

 Totalement inutiles, donc, les PAS ? Pas pour tout le monde. Pour les créanciers du Nord, ils ont une vertu : outre qu’ils représentent une source de revenus inépuisable (?), ils placent les économies du Sud toujours plus sous leur dépendance. Ils sont en quelque sorte sous tutelle, recolonisés économiquement. C’est le sens qu’il faut donner à "néo-colonialisme".

 

Pour les populations du Sud, les conséquences ont été et sont dramatiques puisque tous les budgets sociaux, de santé et d’éducation ont dû être rabotés. Les articles parus dans ce dossier le montrent : la régression de l’éducation dans le Tiers Monde est dramatique. Au delà des cas particuliers développés, citons encore ceux-ci.
Le Niger consacre deux fois plus d’argent au remboursement de la dette qu’aux dépenses d’éducation. Seul un jeune sur quatre va à l’école en raison de la pénurie d’enseignants et du coût du matériel scolaire. A peine plus d’une fillette sur dix fréquente l’école. Le taux de scolarisation est de 20 % dans les campagnes. 

 

En Zambie, il serait possible de parvenir à un enseignement pour tous en transférant 10 % des dépenses pour la dette au profit de l’éducation. 

 

Au Sénégal, la plupart des élèves, surtout les filles, quittent l’école avant 13 ans pour contribuer aux revenus de leur famille. En 1998, 64,5 % des adultes étaient analphabètes. C’était aussi le cas de 51 % des jeunes entre 15 et 24 ans. Pendant ce temps, le pays remboursait 275 millions $.

 

En Inde, il ne manque pas d’écoles. Mais la plupart n’ont pas d’enseignants ni d’équipements. 17 % des écoles reçoivent des craies et 25 % seulement ont une bibliothèque. Une sur cinq dispose de toilettes. En 1999, le pays a remboursé 10 milliards.

De nos jours, plus personne n’ignore qu’on ne peut s’enrichir exclusivement avec l’argent des autres ; de même, aucun pays au monde ne peut se développer en misant exclusivement sur l’endettement.

"La main qui donne est toujours au dessus de la main qui reçoit" dit l’adage populaire ; "quand votre main a reçu…., elle devient l’obligée intemporelle de celle qui lui a donné…"

Ainsi, à cause ou grâce à l’implication des Etats Unis qui avait sauvé l’Europe du nazisme et au plan Marshall pour la reconstruction qui s’en était suivi, la grande Europe est devenu l’obligée intemporelle des Etats Unis d’Amérique.

De même, les dictateurs africains sont devenus les "choses" des puissances étrangères à qui ils obéissent et des intérêts privés qui les ont fait "roi" au détriment du bien être de leurs populations.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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