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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 01:22

2 octobre 2010

Enoch Djondang

 

Les derniers attentats du MEND à Abuja au Nigeria, en marge des festivités du cinquantenaire de ce pays, sonne le glas d’une évolution qui devrait interpeller l’opinion publique africaine. En effet, on avait pris la mauvaise habitude de lier le terrorisme à l’islamisme radical et aux pays arabes et musulmans, au point de stéréotyper en terroristes potentiels les “barbus“ en soutane dans l’imagerie populaire, par grands médias interposés. La faute incombe en partie aux médias occidentaux et arabes qui ont fait des faits terroristes leurs “unes“ quasi-quotidiennes, occultant ainsi d’autres réalités positives ou moins violentes de ces pays ciblés.

Mais quand, dans une même période, des faits similaires de violence aveugle se déroulent tant dans des pays et milieux dits musulmans que chrétiens, il y a lieu de se poser des questions si, finalement, il n’y aurait pas un fil conducteur commun entre ces évènements et ces milieux ? 

Pour notre analyse, nous allons revisiter plusieurs contextes qui prévalurent dans certaines parties de l’Afrique. 

La Somalie, devenue le pays de nulle part, abandonné à lui-même et où l’on tente des solutions sans grand lendemain : à l’origine de l’effondrement de ce pays et de son morcellement en plusieurs entités distinctes et officieuses, le coup d’Etat ayant renversé le dictateur Siad Barre, il y a près de deux décennies. C’était en même temps la fin du rêve d’un Etat unitaire moderne. Pour succéder au général Barre, les clans montent en selle et s’organisent en milices rivales, en détruisant au passage les derniers insignes de l’Etat que sont l’armée et l’administration. La guerre civile s’installe avec son cortège de fléaux qui émurent jusqu’au gouvernement américain et l’ONU : toutes les interventions aboutiront à l’échec et à l’enfoncement de ce pays dans un gouffre sans fin. 

L’Union Africaine tente sa “solution“, sans en avoir les ressources. La situation sur le terrain dérape de jour en jour : le gouvernement “légal“ aux yeux de la communauté internationale s’avère aussi piètre que celui des chefs de guerre chassés par l’armée éthiopienne il y a quelque temps. Les insurgés “islamistes“ progressent partout. Aujourd’hui, le problème est : “comment sortir les forces de l’Union Africaine“ du piège et de la défaite en cours ? L’Union Africaine peut-elle continuer à soutenir un processus et une guerre qu’elle risque de perdre à tout moment ? Quant aux méthodes, de la rébellion armée aux détournements des navires marchands, en passant par les otages et les bombes, tout semble avoir été essayé en Somalie. Dans ces conditions, on ne voit pas comment le problème de ce pays sera résolu par “morceaux choisis“ et sans une entente internationale forte, visant notamment à attaquer les racines endogènes du mal somalien et à couper les sources d’approvisionnement de la belligérance et du terrorisme ? 

AQMI, la bête noire du Sahel : là encore, il ne faut pas se fixer sur les derniers faits d’armes de ce groupe, pour limiter la problématique du terrorisme dans le Sahel. A la base de tout, c’est d’abord la pauvreté et le désarroi grandissant des populations nomades, restées en marge des évolutions nationales depuis 50 ans et menacées dans leur existence par un désert qui devient cruel pour leurs modes de vie traditionnelle séculaire. Les rebellions dites “touaregs“ n’en sont que la triste expression. Cependant, l’on devrait se poser la question suivante : comment des pays pauvres comme le Mali ou le Niger, pourraient-ils résoudre seuls le problème des populations du désert saharien, alors que globalement c’est l’ensemble de leur population respective qui est en danger ? Que des accords soient signés entre gouvernements et groupes rebelles tribaux et quelques avantages distribués aux élites des régions mécontentes, c’est vraiment du provisoire pour montrer “patte blanche“ et une volonté de préserver l’Etat tel qu’hérité de la colonisation. Au-delà de cette façade, la réalité devient plus cruelle. 

AQMI se présente comme une nébuleuse qui prend en otage les populations d’un vaste espace difficilement contrôlable par les gouvernements, et ayant beaucoup d’affinités. A partir de ce moment-là, AQMI va sacrifier les identités touaregs en se cachant derrière elles pour sévir. Ce groupe terroriste sait très bien que les gouvernements ne resteront pas les bras croisés devant ses actions. Il sait très bien que tout sera mis en œuvre par les services de renseignements de divers pays pour tisser une toile invisible et contraignante autour de ces populations. La possession de véhicules puissants et de moyens de communication derniers cris attirera aussi d’autres gammes sophistiquées de moyens pour le combattre sans pitié. Les montagnes isolées du désert saharien n’offrent pas une garantie durable comme les montagnes escarpées de la frontière afghano-pakistanaise. Le temps aussi joue contre cette nébuleuse terroriste. Car, soit elle se transforme en une force politique civilisée, revendiquant par exemple un territoire ou la participation à la gestion des Etats où elle sévit – ce qui signifie des mutations internes et des purges en son propre sein, soit elle poursuit dans sa logique clandestine et elle sera confrontée à la lassitude et à la révolte d’une partie des populations qui lui servent de sanctuaire. 

Plus au Sud, au Nigeria et dans une zone dite “chrétienne“ de surcroit, le MEND vient compliquer la donne terroriste dans ses contours médiatiques actuelles. En effet, le MEND était déjà dans le terrorisme, par ses prises d’otages d’étrangers dans la région pétrolière du Delta du Niger. Jusqu’ici, le MEND soignait son image en se présentant comme un justicier qui ne demande qu’une juste répartition de la manne pétrolière nigériane. De ce point de vue, et eu égard à la période de règnes implacables des généraux, ce groupe terroriste pouvait s’attirer des sympathies dans certaines opinions. Mais d’où vient-il que le MEND introduise dans cette partie de l’Afrique la méthode des attentats à la bombe qu’on connaissait plus au Moyen Orient arabe? Les mentalités négro-africaines ont en horreur le sang versé aveuglément. En d’autres termes, le MEND recourt à un procédé qui va le desservir davantage et rétracter l’opinion contre lui et ses partisans. En effet, le fait que les bombes frappent plutôt des innocents, la logique qui risquerait de prendre le dessus dans l’opinion nigériane et même africaine est de ne pas faire de cadeaux aux commanditaires de cette forme de lutte, quelles que soient leurs revendications. L’imitation aveugle de ce qui se passe sous d’autres cieux est à la mesure de l’inconscience et de l’irresponsabilité de certaines élites africaines mécontentes. 

D’une manière générale, que constate-t-on de commun entre ces différentes situations ? D’abord que le terrorisme s’établit plus facilement là où il y a eu un précédent de guerre civile et de milices armées rebelles : c’est le cas en Somalie, au Niger, au Mali et dans l’ex Biafra du Nigeria. Ce qui n’exclut pas d’autres pays ayant connu des troubles majeures lors des trois dernières décennies. L’on pourrait en déduire que les zones où l’autorité de l’Etat et le droit ont été ignorés durant le temps d’un conflit majeur, seraient des terreaux propices au développement de groupes terroristes. Même plusieurs années après l’extinction d’un conflit interne, il faut rester vigilant et ne pas donner des prétextes à des marginaux de recourir au terrorisme, en habillant leur cause de “vrais faux justiciers“ sur les cendres mal gérées de ces anciens conflits. 

Le deuxième constat est que les gouvernements et l’opinion publique ne se réveillent que quand les choses ont déjà pris de l’ampleur. Comment imaginer que des individus réussissent à se procurer des véhicules et des armes sophistiquées et se tailler des sanctuaires où ils peuvent se déplacer à leur guise et frapper, sans que les gouvernements n’aient pu prévenir cela ? C’est là toute la question du dysfonctionnement et du détournement des services nationaux de sécurité de leurs missions républicaines, au seul profit d’asseoir des pouvoirs autocratiques et claniques. Ces déviances permettraient aux groupes extrémistes de tisser les complicités nécessaires pour étendre leurs tentacules dans le système de gouvernance honnis et frapper fort et bien, sans grand effort. Au Niger, par exemple, la soif aveugle du pouvoir du général Tandja et de ses acolytes a coûté des ressources inutiles de ce pays qui aurait pu aider à atténuer le problème des rebellions Touareg et Toubous du Nord. 

La transhumance des “afghans“, c’est-à-dire des terroristes de diverses nationalités qui ont fait leurs preuves au Moyen Orient et qui offrent leurs services sur carte là où ils sont sollicités. On a signalé leur présence déterminante en Somalie parmi les insurgés, et on soupçonne cette présence ou des connexions avec AQMI. Sauf dans le cas du MEND, qui reste à élucider, il est clair que la force du terrorisme international n’est pas seulement sa capacité de contrôler des territoires comme en Afghanistan, au Pakistan ou en Somalie ou au Yémen, mais surtout d’ébranler les systèmes de sécurité des Etats où sévissent des groupuscules affiliés. Car, disons-le tout de suite, il n’y a personne à islamiser dans le désert du Sahara, la vérité est ailleurs ! Les coups de mains que se donnent les groupes rebelles entre frontières de deux ou plusieurs Etats, sont des ponts prédisposés à une collaboration efficace à une vaste échelle internationale entre “anciens camarades“, y compris ceux qui ont choisi le terrorisme pur et dur comme méthode de lutte. 

Le dernier point sur lequel nous voulons insister est que le terrorisme impose aux populations prises en otage, une guerre qui n’est pas la leur, même faite en leurs noms. Les intérêts sont ailleurs, auprès des commanditaires du terrorisme et il n’est pas exclut que certains Etats utilisent en sous main cette arme redoutable pour déstabiliser leurs ennemis stratégiques. Sinon, comment comprendre, dans l’exemple du Sahel, que certains otages des groupes terroristes sont justement les meilleurs défenseurs du sort des populations et qu’on aille jusqu’à les exécuter quand même ? Avec qui AQMI entend-t-il développer sa zone de prédilection et offrir aux populations une vie meilleure ? Ce n’est que de l’utopie et de la supercherie ! 

Le Tchad a déjà rempli une bonne partie des conditions propices au terrorisme au cours de son Histoire récente. Il aborde son cinquantenaire sans avoir apporté de solutions véritables aux problèmes structurels qui conditionnent son existence en tant qu’Etat tourné vers la modernité. Ce n’est pas la victoire d’un chef sur les autres qui constitue la solution durable. Les prises d’otages continuent et de manière rocambolesque, depuis celle de la Française Françoise Claustre qui “légitima“ cette forme odieuse de terrorisme. Seules les bombes ne sont pas encore arrivées sur la place publique. Mais qui sait si, en ce moment, certains inconditionnels de la “lutte armée“ n’auraient déjà envisagé cette solution diabolique pour le cas où leurs méthodes actuelles ne passeraient plus ? Loin de nous de mépriser les frères mécontent armés et leurs partisans dont nous ne souhaitons que leur retour “au bercail“, étant opposé à la violence politique et militaro-clanico-politique ! 

Cependant, au vu du pourrissement de l’environnement institutionnel et sécuritaire africain, favorisant la montée des formes les plus aveugles et cruelles du terrorisme, prions Dieu pour que ce qui s’est passé à Abuja n’inspire jamais diaboliquement des compatriotes : ce sera le comble du désarroi et de la déchéance collective!

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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