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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 16:02

Relu pour vous
Publié en juin 2010
Roger Buangi Puati

 

La crise, du grec crisis qui veut dire jugement, que connaît la République Démocratique du Congo est multiforme. Notre pays souffre depuis tellement longtemps que d’aucuns qualifient l’agonie du Congo comme une malédiction. Le grand malade peut guérir et retrouver la vigueur de ses jambes au cœur de l’Afrique comme un Etat fort, prospère et moteur du continent noir. Mais comme tout souffrant, le Congo mérite un diagnostic sérieux pour que le traitement salvateur qui lui redonnerait de sa superbe soit efficace. Seule une analyse profonde et sans complaisance est susceptible de le conduire hors du tunnel dans lequel il se fourvoie depuis plusieurs décennies.

 

Chacun peut y aller de son enquête et de ses priorités, aussi aimerais-je souligner d’emblée que la mienne n’a pas la prétention d’être totalisante et encore moins totalitaire. Mais l’observateur et l’engagé que je suis pose le regard suivant sur la société congolaise : érosion du sens spirituel et éthique, divisionnisme, défaitisme, charlatanisme. Car, il convient d’affirmer que ce n’est pas le Congo qui est malade mais son peuple.

 

1. Erosion du sens spirituel et éthique

 

A la base de l’émergence de toute civilisation il y a existence des principes normatifs qui régissent les comportements et règlent les rapports de l’ensemble de tous les membres du corps social. Autrement dit, ce sont les normes, les règles et les lois qui créent une civilisation. Une société civilisée est un produit de la culture. La barbarie et la sauvagerie se caractérisent par l’absence de limites dans les agissements et les choix des individus dans une communauté humaine donnée. Chacun opérant à sa guise et au gré de ses intérêts, les forts engloutissent les faibles comme le lion se saisit du petit de la gazelle et le déchire sans état d’âme pour assouvir sa faim voire accumuler ses réserves. C’est la sphère de la nature.

 

Il nous faut lever l’équivoque qui cherche à confiner l’éthique dans le champ du religieux pour honorer la foi ou pour la disqualifier. La morale n’est pas liée à une religion ou à la foi. Du reste, quelqu’un comme Saint Paul l’a compris quand il écrit : « Quand les païens, sans avoir la loi, font naturellement ce qu’ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, eux qui n’ont pas de loi. Ils montrent que l’œuvre voulue par la loi est inscrite dans leur cœur ; leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intérieurs qui tour à tour les accusent et les défendent » (Romains 2, 14-15). Il faut donc tordre le cou à l’idée que se font détracteurs et encenseurs de la religion en stigmatisant ou en exaltant sa dimension morale comme étant son exclusivité ou son essence. Bien faire et mal faire sont donnés également aux croyants et aux non croyants. La religion n’est donc pas un ensemble de principes moraux que doit accomplir le croyant, au risque de s’attirer les foudres du ciel. De par sa foi, le croyant est invité à suivre la voie de la droiture axée sur l’amour premier de Dieu. Aussi l’éthique devient une réponse reconnaissante subséquente au don gratuit de Dieu. Faire de la morale un préalable à l’amour et à la grâce de Dieu, faire de l’éthique la centralité de la foi en Dieu, c’est verser dans le fétichisme de la performance et de la glorification de l’ego. La religion n’intervient qu’en dernier ressort, lorsque nous constatons l’abîme existant entre ce que nous voulons faire et ce que finalement nous faisons, entre notre connaissance de la loi et le résultat paradoxal de nos actes. La foi n’intervient donc qu’au carrefour où l’homme réalise son incapacité à faire le bien qu’il désire et à éviter le mal qu’il déteste. La foi en Dieu vient alors au secours de l’échec et de l’angoisse de l’homme qui touche les limites de sa seule volonté et de son orgueil d’autosuffisance morale.

 

S’ouvre alors un gouffre sous les pieds de l’homme constatant, non sans dépit, la contradiction profonde qui existe entre sa volonté de bien faire et le résultat de ses actes. Paul l’illustre si bien lorsqu’il affirme: « Le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais…Car je prends plaisir à la loi de Dieu, en tant qu’homme intérieur, mais dans mes membres, je découvre une autre loi qui combat contre la loi que ratifie mon intelligence ; elle fait de moi le prisonnier de la loi du péché qui est dans mes membres » (Romains 7, 19ss). Constatant cette crise anthropologique, l’auteur dit sa misère et son désespoir en un cri qui interpelle : « Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ? » (Romains 7, 24). Cette incohérence entre notre volonté de bien faire et le résultat médiocre voire malfaisant de nos actes peut plonger l’humain dans une telle béance et un vide de sens que plus rien n’arrive à le retenir dans un élan ultime et fatidique qui le précipite dans les bras de la mort. Paul, quant à lui, trouve un réconfort et un soulagement qui lui évitent de sombrer : « Grâce soit rendue à Dieu par Jésus Christ, notre Seigneur ! » (Romains 7, 25).

 

L’éthique est le fondement de toute organisation humaine

 

L’éthique comme discipline s’interrogeant sur la justesse de l’action en vue du beau, du bon, du vrai et du juste est le fondement de toute organisation humaine qui se donne comme horizon l’harmonie et le développement intégral. Il ne convient pas d’appréhender le terme de développement en tant qu’accumulation des biens matériels mais dans une perspective de bien-être solidaire et d’un bonheur partagé entre membres d’une même communauté dans les trois domaines qui circonscrivent les besoins fondamentaux de l’homme à savoir, la sécurité, la reconnaissance et l’échange.

 

Que nous visitions les sociétés africaines qui ont produit de grands empires et de grands royaumes, les valeurs éthiques ont toujours constitué le centre de préoccupation des dirigeants et des sujets. Les peines sanctionnant les actes délictueux et les crimes peuvent parfois choquer les esprits dits modernes. Mais chaque fois, il s’agissait de protéger la société du relativisme moral, prélude du déclin de toute société humaine. En ce qui concerne la plupart des sociétés bantoues, la cosmogonie voulant que Dieu ait imprimé une harmonie que seul le mal peut briser pour le grand malheur de tous, chaque membre du corps social devient pour ainsi dire le gardien de cette harmonie indispensable à la vie de tous. La disharmonie provoquée par le mal d’un ou de plusieurs membres de la société s’exprime en termes de cataclysme naturel, de désordre climatique, d’épidémies graves, d’amaigrissement de récoltes, de stérilité ou de défaite face aux adversaires du clan, de l’ethnie ou du royaume. Il était impérieux de sauvegarder la cohésion sociale, l’équilibre et les interactions spirituelles entre le monde visible et celui des esprits. Il n’était pas bon de fâcher les ancêtres. Cela veut aussi dire qu’un chef trop faible et qui laisse prospérer le mal expose l’ensemble de la société à des malheurs sans nombre. Le bien, cela va sans dire, consolide le bonheur de tous.

 

Le long et sombre tunnel du mobutisme nous a entraînés dans une crise morale et une perte des valeurs subséquentes à ce règne dont des effets néfastes se sont incrustés de manière indélébile dans les habitudes du Congolais. Il me semble important de rappeler que certaines maximes dénotent une certaine conception de la société. Jamais dans les sociétés traditionnelles bantoues, on ne trouvera une maxime affirmant : « Muana moninga mawa te » (pas de pitié pour l’enfant d’autrui), puisque le sens de responsabilité était poussé à un point tel que lorsqu’on avait la garde de l’enfant du voisin, rien ne devait lui arriver. Qu’un enfant se blesse dans les bras de sa mère est certes triste, mais que la même chose lui advienne alors qu’il est sous la responsabilité d’une tierce personne était considéré comme grave. Sous le règne du Mouvement Populaire de la Révolution (Mobutu), briser l’autre, au besoin le dépouiller a été proclamé comme une valeur digne d’éloge : « Angindi ! ». Le voleur est adulé. Celui qui détruit son semblable est un « elombe » (un homme fort) et sa victime est un « yuma » (une poule mouillée). Et la justice dans tout cela ? Impunité totale pour les courtisans du chef. Un peuple s’exprimant ainsi révèle la gangrène qui ronge son être profond.

 

Les assassinats d’opposants politiques sont au Congo la forme de gouvernance la plus prisée par tous les régimes

 

Selon la maxime « muana moninga mawa te », on peut, à partir de rien, monter un mensonge pour disqualifier un concurrent, détruire un adversaire, voire mettre en danger son intégrité physique. La vie d’un contradicteur cesse d’être sacrée. Aussi les assassinats et l’élimination physique d’opposants politiques sont devenus au Congo la forme de gouvernance la plus prisée par tous les régimes depuis l’occupation du pays par les Européens jusqu’à ce jour. La médisance et l’affabulation sont devenues une espèce de seconde nature chez grand nombre de nos compatriotes. On tue symboliquement et grâce à l’Internet nous découvrons chaque jour un peu plus le degré de cruauté auquel est parvenu notre peuple. Lorsque l’humain n’est plus traité avec dignité, où chercher le salut du Congo ? Pour beaucoup de Congolais, notre richesse ne s’articule qu’autour des minerais du sous-sol de notre pays. Pour notre part, nous considérons que la première et la plus grande de toutes les richesses c’est le capital humain. Le mystère que constitue l’humain n’est plus respecté. L’altérité de celui-ci est détruite sans ménagement, par méchanceté, puisque « muana moninga mawa te ». Or, quelle est l’essence du mystère ? Le mystère n’a rien à voir avec la peur. Il est une réalité spirituelle insaisissable dans laquelle on ne peut entrer avec fracas et force mais avec respect et délicatesse. Mais malgré tout, le mystère gardera son caractère d’intangibilité. Le mystère nous échappe toujours. Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer affirme qu’avec le Christ nous n’avons plus d’accès direct à l’autre. Dieu médiatise toute relation. Avant que le bien ou le mal que je fais à autrui ne l’atteigne, c’est d’abord Dieu qui est touché. Ainsi, dans chaque être qui crie c’est le Christ qui crie. Derrière chaque être humain qui pleure, c’est Dieu qui pleure. Du point de vue biblique, c’est Dieu qui est traité injustement, lorsqu’on inflige de l’injustice à autrui. « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger. J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. J’étais en prison et vous m’avez visité… ».

 

Il suffisait à un individu de revêtir une petite marque de distinction du régime pour que partout où il veut sévir qu’il intimide ses « proies » en ces termes : « Yo oyebi ngai ? » (Tu me connais, toi ?). Autrement dit : « Je suis un VIP et à ce titre tout m’est permis. » Aussi pouvait-il se permettre de déposséder ceux qui n’ont pas de défenseur en leur lançant au visage : « Miso makasi ndoki te » (Je n’ai certes pas froid aux yeux mais je ne suis pas sorcier) ou bien « batu ya logique bakozwa te » (l’honnêteté ne paie pas). Alors qu’ailleurs, on enseigne que : « kiaku kiaku, kingana kingana » (ce qui est à autrui ne t’appartient pas, ce qui est à toi te revient). Cette inversion des valeurs est source de beaucoup de nos malheurs et le symbole visible d’un renversement des valeurs spirituelles et donc du déclin de notre société congolaise en tant que nation civilisée. C’est un retour à la loi de la jungle, à la loi du plus fort, à la sauvagerie. Point n’est besoin d’être croyant ou versé dans les Ecritures pour avaliser la maxime biblique qui dit : « Malheur à ceux qui appellent le bien mal et le mal bien ». Point n’est besoin d’un démiurge punisseur pour voir qu’une société construite sur des bases aussi friables et peu glorieuses s’effondrer comme un château de sable. Un voleur est bien un voleur et non pas un brave. Un malfaiteur est bien un malfaiteur et non pas un homme courageux. Voilà la vérité.

 

Le pouvoir de la lettre de recommandation

 

Le diplôme, la formation, la carrière ou l’ancienneté ne voulait rien dire. Au royaume zaïrois des passe-droits, pour obtenir un emploi ou un document, il fallait décrocher une lettre de recommandation d’un ministre, d’un secrétaire d’Etat ou d’un officier supérieur de l’armée. Du reste, beaucoup de nos compatriotes vivant pourtant dans des pays démocratiques ont gardé ce réflexe. Ils rechignent à entreprendre quelque démarche administrative normale que ce soit, prétextant qu’ils ne connaissent personne qui puisse leur faciliter l’accès à un service, à un droit. « Nayebi moto kuna te ». Mobutisme quand tu nous tiens !

 

L’espace public, considéré comme une forêt dense par ceux qui détiennent le pouvoir et où ils viennent se servir et ramener le butin de leurs forfaits dans l’espace privé, familial, clanique ou ethnique, ne peut assurer le bonheur de tout le peuple. La solidarité africaine tant louée trouve ici ses limites, puisqu’elle ne s’exerce qu’à l’intérieur d’une communauté liée par le lien du sang. Cette solidarité informelle n’étant rien d’autre qu’une sangsue qui casse la véritable solidarité institutionnelle et sociétale comme on peut la voir dans les démocraties occidentales (assurances maladie, chômage, invalidité, accidents, annulation, vieillesse…).

 

Il y a eu au Congo des femmes congolaises qui ont trouvé leur voie grâce à leur intelligence et à leurs compétences, mais dans bien de situations, la femme réduite à l’état de chair de jouissance ne pouvait espérer un emploi convenable que par la promotion-canapé. Certaines qui, bien que qualifiées, se refusaient à cette forme d’humiliation exercée par les tenants du pouvoir étaient purement et simplement marginalisées au profit de certaines autres aux compétences douteuses mais à la cuisse légère ou forcées à cet état. La femme, la mama dont le corps est sacré dans nos sociétés traditionnelles était profanée. Dans les villages Ne Kongo, par exemple, lorsqu’une femme était assise sur un tronc d’arbre couché, un homme qui osait enjamber celui-ci était punissable d’atteinte à la pudeur.

 

La pratique éthique conduit l’homme vers la maîtrise de ses émotions, la justesse de son jugement, l’équilibre de ses décisions, la tempérance dans ses réactions, la mesure de son langage, la précision de ses actes et la liberté de sa conscience. Bref le contrôle de son être tout entier. Est héros, disent les Pères de l’église, celui qui domine son instinct. Dans la société congolaise d’aujourd’hui, on est loin du compte. Le ventre, le bas-ventre et l’ambition personnelle président au choix des individus, même les plus instruits. On magnifie ce qu’on avait vilipendé hier. Beaucoup parmi ceux qui s’opposent ne le font que pour remplacer à la mangeoire ceux qui sont au pouvoir.

 

2. Divisionnisme

 

Dans le langage et la perception que beaucoup ont de l’Afrique, le concept d’ethnie ou de tribu, souvent péjoratif, est primordial pour désigner des « peuplades » sauvages ou peu évoluées. Or la notion d’ethnie, vocable relativement nouveau, est une invention coloniale de catégorisation démographique et ne saurait réellement rendre compte des liens entre groupes sociaux à l’intérieur des entités politiques de l’Afrique impériale. On a souvent évoqué des guerres ethniques, tribales dans le continent. Certes, il y a eu des guerres dans cette Afrique-là, mais pas jusqu’à l’annihilation des peuples. Des guerres qui sont sans commune mesure avec les guerres dévastatrices que l’Europe a connues avec ses moyens technologiques hypersophistiqués. Au vu des crimes et des conflits qui émaillent l’histoire ancienne et récente de l’Afrique, il ne nous est pas permis de dire que les Africains sont de nature tolérants. Toutefois, il convient de reconnaître aux Africains une relative facilité à pardonner. L’exemple de l’Afrique du Sud le montre clairement. Dans aucune partie du monde, en tout cas pas en Europe, on aurait imaginé solder le très lourd passé de l’apartheid par le pardon, quand on sait le cortège d’humiliations, de massacres et de négation subi par la majorité noire autochtone du fait d’une minorité des descendants des migrants venus d’Europe. Notons que l’Afrique est le continent qui compte la plus grande diversité de peuples. Certaines minorités n’auraient jamais survécu si l’Afrique impériale était dirigée par des spasmes internes d’extermination. Les massacres interethniques rwandais ou le génocide contre les populations congolaises par le gouvernement monoethnique tutsi ne sauraient s’expliquer uniquement par une sorte de barbarie congénitale propre aux Africains. Ce serait trop facile. Aussi douloureux et honteux que soient ces événements pour nous Africains, des éléments historiques exogènes constituent la base de la fièvre intermittente qui se manifeste depuis 1913 au Rwanda, puis au Burundi voisin. L’héritage colonial de partage du pouvoir politique entre groupes sociaux, la classification anthropologique des populations issue de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, la voracité des multinationales et la convoitise des puissances étrangères en matières premières sont autant des ferments de tragédies qui s’étalent sous nos yeux. L’erreur du Rwandais Paul Kagame ou du pouvoir burundais serait de penser l’alternance politique que sur une base ethnique ou la confiscation du pouvoir par l’un des groupes antagonistes dompterait définitivement le monstre destructeur dans ces deux pays. Pire : j’apprends aujourd’hui qu’une partie de la population de ces deux pays pense descendre de Sem et voudrait avoir une prééminence sur l’autre censée, elle, avoir pour ancêtre Cham. Certains dirigeants extérieurs et même des puissances politiques à l’échelle mondiale semblent soutenir de telles inepties qui, en fait, constituent déjà le levain des drames en préparation. La voie d’une coexistence pacifique et du partage du pouvoir requièrent plus d’imagination et de dépassement des identités meurtrières, pour parler comme l’intellectuel libanais Amin Maalouf. La possibilité d’un vivre-ensemble et du progrès commun doit avoir pour socle la juxtaposition des savoirs, des forces et des disponibilités dont les seuls critères seront la compétence et le talent mais surtout pas la volonté de domination d’une frange de la population fondée sur des contours ethniques.

 

Dans l’Afrique impériale ou précoloniale, au sein d’un même royaume pouvaient cohabiter plusieurs peuples différents. Prenons l’exemple du royaume confédéral du Kongo, nous trouverons en son sein des solongo, des zombo, des woyo, des vili, des yombé, des nsundi, des nianga ou buendé, des bembé, des ndibu, des manteké, des ntandu, des mbata, des téké, des lari, des kuni, des kamba, des nsangi, des balumbu, des yaka, des bayangala etc… Ces peuples, ayant chacun ses spécificités propres, savaient pourtant se reconnaître les mêmes valeurs et un destin commun : peu leur importait les différences rituelles, musicales, chorégraphiques, artistiques, gastronomiques, traditionnelles. Tous ces peuples formaient un seul et même royaume reconnaissant aux petites entités une autonomie d’organisation et de développement interne.

 

Le découpage de l’Afrique, ayant constitué des ensembles plus grands ou plus petits selon les intérêts coloniaux en morcelant, en écartelant royaumes et empires ou ne créant des nouvelles entités politiques, a créé une situation nouvelle, démultipliant ainsi le besoin d’une renégociation du vivre-ensemble entre des centaines de peuples différents à l’intérieur d’un méga-Etat, si l’on prend l’exemple de la République démocratique du Congo. D’où la nécessité de prendre conscience que le Congo n’est pas une nation découlant du lien du sang. Nous sommes une nation par l’esprit et c’est ainsi que nous devons nous comprendre. Ce n’est donc pas par une descendance biologique commune immédiate que nous nous constituons en tant que nation. La réalité d’être une nation ne sera effective que si nous réalisons que ce n’est pas par les gènes mais par un projet de destin commun que nous pouvons et devons devenir une nation. Il nous faut donc chercher ensemble un nouveau socle d’appartenance, celui de l’esprit, du projet commun et non pas du sang et de l’hérédité. Compte tenu de notre histoire, la conscience nationale n’est pas une donnée immédiate, c’est une dimension à façonner, une réalité à construire, un horizon à bâtir avec beaucoup de volonté et de dépassement des a priori entre différents groupes humains.

 

Nous ne devrions pas occulter cette réalité, car le retour en arrière est certainement impossible, surtout au vu des intérêts de ceux qui lacèrent encore notre destin. Il nous faut peiner, nous faire violence et détruire les divinités d’identité ethnique et tribale, assoiffées de sang et de sacrifices humains, pour parvenir à ce but. Comme nous venons de le voir, il n’y a que peu d’exemples d’entités politiques de l’Afrique impériale qui se soient construites sur une base monoethnique avec le triptyque identitaire autour du nom du territoire, d’un peuple et d’une langue. Qu’il y ait eu un royaume Kongo sur un territoire nommé Kongo, un peuple Kongo et une langue kongo ; un royaume Zoulou, sur un territoire Kuazoulou, un peuple et une langue zoulou, n’oublions pas que le terme peuple recouvre ici une réalité beaucoup plus complexe qu’une ethnie ou une tribu et que des échanges et des mariages entre différentes composantes de la population ont toujours eu lieu dans ces Etats ancestraux. Même si la réalité de la guerre ne peut être escamotée, il nous faut tordre le cou à l’idée fausse répandue en Europe d’une Afrique précoloniale barbare organisée en Etats monoethniques continuellement en confrontation les uns contre les autres. Pour que la réalité pluriethnique, qui est une bénédiction, devienne réellement une chance pour le Congo, il nous faut mourir à nous-mêmes pour naître de nouveau. Qu’est-ce à dire que cette nouvelle naissance que je propose ?

 

Les religions contiennent une sagesse universalisable

 

Les religions ont ceci de particulier, c’est de contenir une sagesse universalisable. Il n’est pas nécessaire d’être un adepte d’une religion en particulier pour être instruit par celle-ci. Prenons Jésus, non pas comme un maître de religion, mais comme un maître de sagesse s’adressant à tout homme et à toute femme en quête de sens. Une nuit, un docteur de la caste des pharisiens du nom de Nicodème, intrigué par l’enseignement et les prodiges de ce jeune homme venu de la Galilée, vient le voir de nuit. Le savant dit à Jésus toute son admiration. Dans sa réponse, Jésus lui dit ce qu’il considère comme une vérité incontournable: personne ne peut atteindre la félicité s’il ne naît de nouveau. Pendant longtemps cette parole m’a hanté. Que veut dire Jésus dans cette affirmation ?

 

Lorsque nous interrogeons l’histoire de la réception de ce passage dans nos milieux d’église, nous constatons, malheureusement, qu’il a été exclusivement confiné dans une morale individuelle. Il a été interprété comme une sommation à la conversion comportementale. Il a été compris comme une rupture dans le champ de l’éthique personnelle. Alors l’homilétique a fait entendre à son auditoire : « ne volez pas, ne mentez pas, ne buvez pas de boissons alcoolisées, ne commettez pas d’adultère et patati et patata. » On peut bien me dire que Jésus pouvait avoir sondé le cœur de Nicodème pour le pousser à un agir juste selon Dieu. Mais j’ai de la difficulté à le croire. La discussion de ces deux hommes s’articule plutôt autour du ministère de Jésus, de la manière dont ce dernier est perçu par l’intelligentsia religieuse locale et des questions que le Temple se pose sur sa personne. Faut-il rejeter ce ministère nouveau ? Faut-il le recevoir ?

 

Pour Jésus, le seul obstacle empêchant ce docte et ses compagnons de société d’accueillir la nouveauté qu’il représente c’est l’enracinement dans une tradition, l’appartenance trop marquée à un cercle, c’est le conditionnement du connu et une fierté exacerbée d’être un descendant d’une nation donnée. Toutes ces appartenances finissent par phagocyter son homme, scléroser ses capacités de choix et anémier sa liberté d’option nouvelle. Ce déterminisme clanique, ethnique, national, religieux enferme l’homme dans un carcan qui le prive de toute possibilité de nouveauté. Surtout lorsque cet homme porte sur lui la fierté de son peuple. Car le nom Nicodème signifie bien « peuple vainqueur ». Comment ne pas être handicapé face à la nouveauté portée par un homme venu de la Galilée, une région mal famée. L’obsession de la fierté ethnique, tribale, nationale, sociale nous empêche de recevoir ce qui est positif chez les autres. Si on se dit qu’il y en a point comme nous, on est engourdi de cœur et les autres, différents de ce à quoi nous sommes habitués, ne peuvent plus rien nous apporter.

 

Naître à une nouvelle compréhension de soi-même

 

Jésus invite Nicodème non pas à changer de comportement mais à naître à une nouvelle intelligence, à une nouvelle compréhension de lui-même, de sa relation aux autres, au monde et aux réalités qui l’entourent. C’est au niveau noétique que se situe le discours de Jésus à Nicodème et non pas au niveau éthique. C’est à l’intelligence de son interlocuteur que Jésus s’adresse. L’intelligence étant le centre qui décide des pensées, des paroles, des attitudes et des actions. Nous voyons donc que limiter la réalité de la nouvelle naissance au seul champ éthique c’est ne prendre qu’une partie de l’être humain. Et lorsque l’intelligence n’est pas touchée par le renouveau, l’éthique est poussive et tatillonne. De plus dans la construction d’un Congo uni et fort, ne pas consommer de l’alcool, ne pas commettre d’adultère ou ne pas insulter son prochain n’a qu’une portée insignifiante au niveau collectif et face aux défis auxquels nous sommes confrontés. Par contre avoir un regard nouveau sur l’autre, celui qui n’est pas issu de ma province, de mon ethnie, de ma tribu, de mon clan, est cardinalement déterminant pour notre avenir commun. Car le génie, le talent, l’inventivité et la créativité ne se limitent pas à un seul groupe humain.

 

Lorsque chaque Congolais ne se résumera plus à sa parenté, à sa famille, mais ira au-delà de sa fratrie de sang vers une concitoyenneté d’esprit avec d’autres Congolaises et Congolais d’origines ethniques diverses dans une communauté de destin, animés par un seul dénominateur commun ; l’amour du Congo, et portant un seul et même projet : un Congo grand, fort, prospère et uni, alors nous nous mettrons à espérer, à construire un espace de bonheur partagé. Naître à cette nouvelle réalité est un minimum exigible pour que le Congo, ce paradis sur terre, devienne un pays de félicité pour tous. Le Congo que nous avons à construire n’est donc pas une communauté de sang, mais un projet d’esprit dépouillé de toute velléité d’appartenance clanique, tribale ou ethnique. Non pas que nous oubliions les origines des uns et des autres, mais aller vers la construction d’une identité commune et nationale.

 

Tout en respectant les rêves qui se déclinent en des termes comme « demain le Kasaï », « demain le Kongo Central », « demain le Katanga », « demain l’Equateur », nous devons par-dessus ces identités respectables embrasser un plus grand rêve ; une identité nationale congolaise. C’est alors que le Congo nouveau commencera sa gestation en nous pour enfin devenir une réalité. Car, c’est d’abord en nous que le Congo de demain, en tant que projet d’esprit et de projet commun doit se former et se forger avant de devenir une réalité visible. Il faut que le Congo, le grand, le Congo libre devienne d’abord une réalité d’esprit avant de devenir cet Etat dont nous rêvons. La nouvelle naissance n’est donc rien d’autre que l’unité de toutes les Congolaises et de tous les Congolais autour d’un projet commun indépendamment de toute appartenance régionale, tribale, sociale, religieuse ou philosophique.

 

Qui sont alors nos héros ? Ceux issus de notre seule ethnie ? Sommes-nous obligés, contre la réalité historique et animés par simple esprit de coterie, à nous évertuer de réhabiliter des Congolais qui, par leur gestion calamiteuse des affaires de l’Etat, ont plongé le Congo dans le chaos ? L’idéal de vérité et l’exigence d’honnêteté intellectuelle doivent conduire notre jugement et nous pousser à quitter le terrain étroit du lien du sang pour penser plus grand et plus large que notre village et notre contrée. C’est à ce prix qu’émergera la nation congolaise que nous devons tous appeler de nos vœux.

 

3. Défaitisme

 

« Mboka yango, bateka yango kaka », c’est le verdict auquel sont arrivés certains de nos compatriotes, devant tous les malheurs incessants qui s’abattent sur notre peuple. Ayant perdu confiance dans des lendemains qui chantent, ils prônent désormais la liquidation du pays. « Fichez-nous la paix. Vendez-nous ce maudit pays et qu’on n’en parle plus ». L’exaspération et la désillusion sont telles que beaucoup d’entre nous ont cessé d’y croire. Comment, à leurs yeux, oser espérer un avenir radieux pour les Congolais après tant de promesses suivies de multiples déceptions ? Si l’on ne saurait blâmer la lassitude et la déception qu’ils ressentent, comment soutenir l’idée que le pays que les ancêtres nous ont légué soit cédé au plus offrant ? Accepterions-nous que tant de sang et tant de morts pour la souveraineté de ce pays n’appellent pas à un élan pour une lutte redoublée face aux forces de négation de notre liberté et de notre bonheur commun ? Si nous n’arrivons pas encore à la liberté, il n’y a qu’une conclusion qui s’impose : nous Congolais n’y croyons pas vraiment. La conclusion est dure à entendre pour tous ceux qui jour et nuit se battent avec des moyens dérisoires pour parvenir à cette liberté tant désirée. C’est dur pour tous ceux qui, dans leur chair, ont connu la brutalité des régimes politiques successifs au Congo suite à leur engagement en faveur de la dignité humaine. C’est injuste vis-à-vis de ceux qui sont tombés « les armes à la main » pour obtenir la liberté à laquelle nous aspirons.

 

Dans le combat, tous les peuples se rassemblent comme un seul homme

 

Mais je me dois de préciser mon idée. Des peuples longtemps enfermés dans la dictature, la misère et la servitude comme nous ont réussi à briser les chaînes de l’oppression. Les peuples de l’Est européen, ceux d’Asie et d’Amérique latine, ayant fortement cru dans la liberté, ils ont mobilisé tous les outils nécessaires à cette fin. Pensée, moyens, stratégies et énergies ont été mis ensemble au service d’une volonté farouchement tournée vers un seul horizon appelé liberté Qu’il s’agisse de l’ex. Yougoslavie, de l’ex. RDA, de la Pologne, de l’Ukraine, de la Corée du sud, du Japon, du Liban, de l’Inde, du Brésil, de l’Argentine, de la Bolivie, du Venezuela, de la Libye ou de l’Afrique du sud. Dans leur combat tous ces peuples se sont rassemblés et mobilisés comme un seul homme, de diverses manières certes, mais toujours avec une détermination à toute épreuve pour mettre à bas des pouvoirs corrompus et dévoyés. L’élite a réussi à mobilisé les masses en leur expliquant les vrais enjeux de la lutte qu’ils initiaient. Or, chez nous au Congo il existe une fracture entre l’élite et la base. L’élite réfléchit, écrit et parle des langues étrangères pour exprimer sa pensée et ses aspirations. Les populations ont de la peine à se saisir des leviers du changement et nous nous retrouvons à nous rejeter la responsabilité de l’échec. Le peuple reprochant aux élites de trop parler sans véritablement agir pour changer le cours des choses, et les intellectuels soulignant l’indifférence et l’apathie d’une masse en panne de motivation.

 

La langue est un outil précieux d’une révolution que nous désirons de tous nos vœux, car je ne crois pas dans une alternance politique élective pour l’instant. Il nous faut non pas d’une révolution d’un groupe parrainée par des puissances extérieures avec des contrats signés d’avance, à l’insu du peuple qui hypothèque son futur, mais une révolution conduite par le peuple lui-même. Car notre peuple ne deviendra véritablement libre que s’il prend totalement une place dans sa propre libération. Un groupe de « libérateurs » n’aura de cesse de répéter au peuple que celui-ci lui doit tout. Cette forme de chantage est inadmissible car personne ne peut se sentir au-dessus du peuple pour le soumettre. Dans nos langues locales nous pouvons instruire la population de l’urgence et du bien-fondé d’une telle révolution. Toutes les institutions doivent y prendre part y compris les églises. Croire fort à une réalité c’est déjà la réaliser en partie.

 

4. Charlatanisme

 

Comme on croit, on vit. Ce principe vérifié tout au long des siècles est une vérité dans la société congolaise. Le terrain du spirituel envahi par le religieux est symptomatique d’une société à la dérive. Le nombre toujours croissant de communautés religieuses dénote d’une société malade dans ses fondements économiques et sociaux, dans ses articulations politiques et dans ses assises culturelles et anthropologiques. Toute la question est de savoir comment le Congolais se pense en tant qu’être et en tant que sujet au sein de la société à laquelle il appartient.

 

Pour répondre à cette question fondamentale, le champ du religieux est, me semble t-il, le mieux à même de nous livrer des précieux indices pour une analyse plus fine de notre interrogation. La multiplication de ce qu’il est convenu d’appeler des églisettes répond aux besoins d’un manque multifactoriel. Manque de perspective sociale, manque de promesse existentielle, manque de sens et de but, manque de résultat dans l’effort investi. Lorsque dans une ville comme Kinshasa, on a un taux de chômage atteignant plus de 80% de la population active, nous nous retrouvons dans un univers dépourvu de possibilité d’une promotion sociale. Lorsqu’un étudiant arrive à la fin de ses études et ne peut espérer un emploi digne correspondant à sa formation, on est en présence d’une société sans promesse. Lorsqu’un commerçant voit son capital s’éroder à la suite de dévaluations successives de la monnaie nationale, on se trouve dans un paysage anémiant et vorace du mérite des plus courageux. En quête de sens, les Congolais se tournent vers les dieux en investissant de manière pathologique l’espace du religieux. Devant une société qui ne répond pas à leurs besoins, ils donnent la primauté à l’invisible sur le visible. Il est pathétique de voir à quel point même les intellectuels sont capables de suspendre tout discernement dès lors qu’ils se trouvent devant les multiples gourous qui surgissent dans la société congolaise. Beaucoup d’entre les Congolais en mal de reconnaissance créent leurs propres églisettes en s’autoproclamant pasteurs du jour au lendemain. Inutile de leur demander s’ils ont la formation nécessaire pour exercer leur ministère, puisque les apôtres de Jésus n’étaient que « des simples pêcheurs dans le lac de Tibériade » et que « le Saint-Esprit fait le reste du travail ». Ce qu’ils ignorent ce que la culture juive dans laquelle tous ces apôtres sont nés les a formés dès leur jeune âge et qu’il y a donc des préalables qu’un non-juif ne peut appréhender que par l’étude. Le Saint-Esprit ne suffit pas. Blasphème ? Non, réalité.

 

Ils débitent des sornettes et autres fausses prophéties pour distraire leurs ouailles

 

Bible à la main, Messires les Prophètes, Révérends, Evangélistes, Bishops et Archibishops fragilisent notre lutte en débitant des sornettes et autres fausses prophéties pour distraire leurs ouailles, nos concitoyens. Plutôt que d’affronter la réalité à mains nues, beaucoup de nos compatriotes préfèrent laisser faire les dieux, se contentant eux de prier. Tosambela mingi. L’intelligence engourdie, ils répètent : « Dieu va nous aider, il ne nous laissera pas tomber. » Drogués au Bon Dieu, ils n’ont plus besoin ni de réfléchir ni d’agir. Le ciel pourvoira. Confiants dans leurs charlatans, ils attendent le salut des anges. Ici Dieu est pris pour un fétiche, une sorte de talisman qu’on peut interroger pour qu’il aligne les billes sur un bâton et les fasse tenir en équilibre.

 

Notre indépendance, je le crois, ne sera effective que si elle est avant tout spirituelle. Kimbangu, Kasa-Vubu, Lumumba, Kalonji, Bolikango et leurs amis, moins instruits et trop jeunes pour la majorité d’entre eux, ont fait face au pouvoir colonial belge, parce qu’ils avaient inscrit leur lutte dans un limon spirituel. Mais une spiritualité réaliste qui prenait en compte le contexte socio-politique sur lequel il fallait agir pour changer leur monde, un monde où l’homme noir n’était qu’un sous-homme, un esclave. Cette détermination avait fini par avoir raison du pouvoir colonial avec sa puissance de feu, ses universitaires, son argent et son prestige politique sur la scène internationale. Aujourd’hui, en dépit de nos titres universitaires, nous sommes terrassés par un pays comme le Rwanda, certes soutenu par de grandes puissances extra africaines. L’une des raisons principales est que nous avons fait de l’indépendance de notre pays qu’une question purement politique. Nous avons congédié les Pères de l’indépendance, nous les avons humiliés, tués, mis en concurrence les uns par rapport aux autres. Nous avons récupéré l’œuvre pour laquelle ils se sont battus sans en connaître l’essence profonde à savoir, son caractère spirituel. Ayant oublié notre condition d’esclave d’autrefois, ayant effacé le souvenir de nos Pères, nous avons profané notre indépendance et nous nous retrouvons sous la botte d’un petit pays qui hier encore était sans importance stratégique. Retourner à l’esprit de nos Pères, quitter le terrain des délires religieux et de transes spasmodiques de l’intérieur des églisettes plus ou moins pentecôtisantes qui assomment et cassent les ressorts de notre conscience politique, retrouver la noblesse de l’abnégation et accepter de mourir pour la liberté plus tôt que de vivre esclave. Bref, quitter le charlatanisme pour s’inscrire décidément dans la réalité du Congo d’aujourd’hui pour un avenir autrement plus digne, plus réjouissant et plus exaltant pour toutes les Congolaises et tous les Congolais.

 

5. Vers un nouvel espoir

 

Fort heureusement, chaque jour j’observe des cercles de réflexion se créer à l’intérieur comme à l’extérieur du Congo, des synergies se mettre en place, dépassant nos identités meurtrières pour construire des projets dignes d’éloge susceptibles d’incarner un espoir pour notre peuple tout entier. Des initiatives de qualité voient le jour un peu partout où se trouvent des Congolais pour inverser le cours des choses. Oui j’ai foi en l’avenir, j’ai foi dans ce sursaut citoyen qui s’exprime dans les milieux de la jeunesse, des femmes congolaises, des intellectuels, des églises, de la société civile en général. La conscience politique qui grandit chaque jour un peu plus chez les Congolaises et les Congolais est un espoir pour demain. J’invite la société congolaise dans son ensemble à reconsidérer la place de la femme dans notre lutte. Le rôle de la femme est fondamental dans l’émergence d’une société congolaise démocratique, respectueuse de la dignité humaine et soucieuse du bien être de chacune et de chacun. L’engagement déterminant et massif attendu de la femme doit être favorisé, car le jour où les femmes congolaises se lèveront avec force, aucun pouvoir ne leur résistera. Debout, Congolaises et Congolais !

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Published by Juliette Abandokwe - dans RDCongo
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