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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 19:10

10 juillet 2013
Juliette Abandokwe


Depuis le 24 mars dernier, les exactions en tout genre de "Seleka" se sont concentrées sur des pratiques de grand banditisme dignes des plus grands méchants de western américains. Qu'on aie assisté à une ou deux semaines de pillages aurait été explicable, sans être bien sûr justifiable. Mais au-delà d'un temps de battement pour permettre aux différents éléments de retrouver leur place, cela devenait franchement très suspect. 

Rappelons-nous que Seleka était dès le début un mouvement composé d'éléments très hétéroclites et munis d'objectifs tout aussi divers. Déja pour commencer, si Bozizé avait été un bon président, qui aurait au moins essayé de développer un tant soit peu la Nation centrafricaine, il n'aurait pas eu en face de lui une rébellion aussi massive et déterminée. De plus, nous avons assisté à un mouvement multicéphale à son entrée à Bangui le 24 mars, avec plusieurs chefs dont on ne pouvait prédire ni le devenir ni le pouvoir de nuisance pour la population. 


Qui sont les Seleka d'aujourd'hui.....? et pour qui roulent-ils surtout.....?

Noureddine-Adam.jpgEntre le démarrage de Seleka en début décembre 2012 et son "cantonnement" à la ligne rouge de Damara à fin décembre, des transformations essentielles dans le leadership du mouvement avait préparé la prise du pouvoir à Bangui. La crise de gouvernance au sein de Seleka s'étant déclaré étonnamment tardivement, nous avions vite vu que les postes de chefs et de porte-parole se disputaient âprement, et que cette division allaient coûter la vie à la cohésion du mouvement.

Division fabriquée ou non, très ancienne stratégie ennemie en tout les cas, ceux qui contrôlent la RCA depuis 10 ans, qui ont porté, cautionné et financé un Bozizé pour qu'il ne reste qu'un pauvre pion, ont repris le dessus après un court instant de flou général. Le temps de reprendre leurs esprits pendant que les éléments de Seleka trépignaient d'impatience derrière la ligne rouge, et le tour était joué. Tout le monde savait que le boulanger Bozizé n'allait pas tarder à reprendre ses discours de zizanie qui justifieraient très largement son renversement. En effet, Bozizé n'a jamais montré la moindre once d'humilité ou de volonté de faire un effort pour éviter le pire. En était-il même capable, ou n'était-ce pour lui que l'introduction de politique de la terre brûlée qu'il avait déjà démarré avec Cocora? Sa dernière déclaration où il défiait le peuple centrafricain, disant qu'il allait falloir compter avec lui lors des élections de 2016 n'a été qu'une provocation de trop. 

S'en est suivi ce que nous savons tous, et que nous déplorons aujourd'hui, ainsi que les moult interprétations des tenants et aboutissant, de ce qu'il faudrait faire et qui est responsable, avec les variations opportunes habituelles. Certains, de mémoire très courte, essaient de prouver au monde que mieux que Bozizé on ne pouvait pas avoir. Certains autres aussi cherchent à argumenter que ceux qui avaient "soutenus" l'avancée de Seleka sont aujourd'hui des criminels et devront s'asseoir dans un Tribunal pour être jugés. En bons automates à l'esprit du colonisé typique, cultivant la négation et la manipulation, il est déclaré sans ambage que l'expression d'une opinion pouvait devenir un crime quand le résultat sur lequel se porte ladite opinion ne nous arrange pas, et persuade le monde que rien ne justifiait le départ d'un Bozizé pourtant arrivé au bout des ressources de son "butin de guerre" de 2003, après une décennie de violences étatiques, d'oppression brutale faite de détentions arbitraires, d'intimidation et d'assassinats, de crimes économiques massifs et de refus catégorique de travailler pour le bien de la Nation. Vouloir se débarrasser d'un tel lot de désolation nationale, est devenu un crime, juste pour occulter la masse de crimes impunis précédents, et par refus de prendre le risque de critiquer des maitres contre lesquels se sent complètement impuissant. Et pour ceux-là, à l'instar de tout tyran bien pensant, vouloir autre chose qu'une médiocrité abyssale, seule proposition de "programme politique" à disposition, est un crime. Des interlocuteurs stériles et sans intérêt dans un contexte de crise politico-économique qui dure depuis plus d'une décennie, et surtout les petites puanteurs que Bozizé laisse derrière lui dans sa fuite désespérée.

Aujourd'hui, à trois mois et demi du renversement du clan Bozizé, les exactions la Seleka "libératrice" semblent peu à peu se calmer, à l'instar des apparents efforts de désarmement, malgré que la configuration politique donne toujours autant de fil à retordre dans des débats sans fin. Sans trop donner d'importance à la dimension géostratégique sous-régionale, ce sont surtout les discussions sur la transition et les élections prochaines qui mobilisent et échauffent les esprits. 

Et pourtant cette dimension, plus particulièrement la relation entre la RCA et le Tchad, se banalise dans les esprits, ou a découragé la plupart des Centrafricains tant le déséquilibre des forces est grand. "On sait bien ce qui se passe, mais qu'est-ce qu'on peut faire...". La soumission à l'intolérable est là depuis, à la grande joie des prédateurs. Mais la liberté de penser est pourtant là aussi. 


Le noyau du début de Seleka n'a plus aucune espèce de pouvoir aujourd'hui. 

Dans tous les grands débats aujourd'hui, on sait que la République Centrafricaine représente encore et plus que jamais la 24ème région du Tchad, dont le gouverneur n'est autre que Noureddine Adam, d'une faction Seleka catapultée sur le terrain plusieurs semaines après le début, pour être prêt, derrière la ligne rouge de Damara, à prendre le contrôle lors de l'entrée à Bangui, au bénéfice de son employeur Idriss Deby. Tous les matins, il téléphone à son chef pour lui rendre les comptes de la situation locale, et intervient régulièrement dans les médias nationaux tchadiens.  

Depuis que la RCA est restée suspendue du Processus de Kimberley le 23 mai 2013 (garantie de traçabilité des diamants), le diamant centrafricain prend pratiquement exclusivement le chemin du Tchad. Les grandes mafias du diamant n'en ont que faire des systèmes de traçabilité du diamant et ont développé moult stratégies pour contourner la traçabilité "officielle". Les activités maffieuses du clan Deby ne sont d'ailleurs un secret pour personne. 

Le commerce ilicite et maffieux du diamant centrafricain a donc encore de très beaux jours devant lui, au nez et à la barbe du très bien pensant Processus de Kimberley. C'est comme ça que dans un 2ème temps on pourrait légitimement s'interroger sur les véritables raisons de la suspension de la RCA du Processus de Kimberley, losqu'on sait que cette législation sert à empêcher le financement de "rebellions" soit de groupements armés non-étatiques. A condition bien sûr qu'on soit dans le contexte d'un Etat, ce qui n'est pas très sûr en RCA à l'heure actuelle. En tout cas, nous sommes catégoriquement dans le contexte d'un Etat dépouillé de sa souveraineté nationale.

En effet, lorsqu'on considère que dans les faits la République Centrafricaine est une annexe du pré-carré d'Idriss Déby, président du Tchad "démocratique", et que Seleka ainsi que l'essence du gouvernement de la République Centrafricaine, en théorie souveraine et indépendante, est dans les fait contrôlé par un proche collaborateur de Deby, on peut dire sans trop se tromper que Seleka, occupée à piller le diamant centrafricain pour le bénéfice majoritaire de Deby le Tchadien, ne correspond pas vraiment à un groupement armé non-étatique dont personne n'a le contrôle. D'où une prévention quelque peu décalée d'une suspension de l'Etat centrafricain du Processus de Kimberley. 

Lorsqu'on considère que le Ministre en charge de la Sécurité, Rounga centrafro-tchadien, est intimement lié au Tyran du Palais Rose, la majeure partie de sa famille vivant au Tchad, et que Mahamat Bahar, Chef des Renseignements Militaires au Ministère de la Défense, communement appele B2 (Chef du 2ème Bureau), poste clé au sein de l'Etat-major, est zaghawa pure souche, on doit comprendre que la RCA est aujourd'hui sous occupation tchadienne purement et simplement. 

Le fait donc de considérer que Seleka n'est rien d'autre qu'une bande de voyous incontrôlés est une manière de contourner voire d'occulter le vrai rôle de Seleka en RCA aujourd'hui, qui n'est entre autre qu'un instrument d'entretien d'un désordre calculé pour garder la main mise sur le fonctionnement du gouvernement centrafricain. Car sans sécurité, pas de prêts, ni d'investissements, ni de développement, et surtout une crédibilité constamment sur la sellette pour le chef de l'Etat.

La Seleka d'aujourd'hui, grossièrement télécommandée par le Palais Rose à Ndjamena, représente donc tout simplement une garantie que le peuple centrafricain restera à genou, sans possibilité d'émancipation, impuissant devant le pillage systématique des ressources de son sous-sol. En somme, la concrétisation du rêve d'Idriss Deby et l'assurance qu'il n'y aura pas à Bangui une base arrière pour son opposition, ainsi que la garantie d'une source d'enrichissement énorme. 

Nous nous souviendrons certainement sans peine de la garde prétorienne de Bozizé composée à 50% de Tchadiens zaghawa pour surveiller le pré-carré de Deby. Ces éléments ayant été retiré par Deby en automne dernier, il était prévisible qu'un régiment tchadien, ou pro-Deby, allait forcément tôt ou tard venir le remplacer. Nous sommes donc servi aujourd'hui, malgré le "désarmement de gré ou de force" des éléments incontrôlés de Seleka. Ne soyons pas dupe. A la fin de ce désarmement, nous aurons une nouvelle "garde prétorienne" en place pour surveiller et quadriller le pré-carré débyque centrafricain, la 24ème région du Tchad. 

Deby pourra faire tout ce qu'il voudra pour écraser toute velléité de résistance, tant au Tchad qu'en RCA, au Congo Brazzaville et ailleurs dans la sous-région. Harceler, humilier, casser, torturer, tuer, on a déjà tout vu avec l'ancien chef d'Etat-major de Hissène Habré aujourd'hui en ballottage judiciaire. Mais il ne pourra pas tuer ce qui anime ses opposants, ni violer chez qui que ce soit la liberté de penser.

Personne n'est éternel. Mais il s'inscrira dans l'Histoire de l'Afrique comme un des pires tyrans que le continent aura vu, pas seulement pour son peuple, mais aussi pour les peuples environnant.

Car soyons lucide. Tant que Deby sera au pouvoir, il n'y aura pas de paix ni de développement en République centrafricaine. Mais sa mise en disponibilité, tout comme un bon casse-tête chinois, est une autre histoire...

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Published by Juliette Abandokwe - dans Articles de Juliette
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commentaires

José du Tchad 11/07/2013 22:23

Bien dit Mme Abandokwe. J'étais choqué la semaine dernière de voir à la Télé-Tchad Michel Djotodia enlever ses lunettes, pourtant claires, avant se saluer Déby. Cela frôle l'asservissement.

Juliette Abandokwe 27/09/2013 08:26



La question à se poser est au niveau des choix à disposition.... Tout est dans le rapport de force. Qui détient le vrai pouvoir....?



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