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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 16:32

21 janvier 2011 

Tefy Andriamanana

Marianne


Chine, Togo, Iran… la police française se vend bien à l'export

 

Michèle Alliot-Marie a fait polémique en souhaitant exporter « le savoir-faire » de la police française en Tunisie. Pourtant, cela fait longtemps que nos forces de l’ordre forment leurs homologues. Même les Chinois. 

Le fonctionnaire français est loin d’être dévalorisé dans le monde. Une reconnaissance rappelée par Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, à propos de la Tunisie : « Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Vu le tollé, la ministre a dû s’expliquer face aux députés. Peu après, sur le blog de notre collègue Jean-Dominique Merchet, on apprenait qu’un avion en partance pour la Tunisie avec une cargaison de matériel de maintien de l’ordre avait été bloqué à Roissy sur demande de l’Elysée peu avant que Ben Ali quitte le pays

Mais les propos de MAM n'auraient dû étonner personne. Depuis longtemps, la police et la gendarmerie françaises exportent leur « savoir-faire » à l’étranger et pas forcément dans des paradis démocratiques. Que cela concerne leurs connaissances dans la lutte contre le trafic de drogue, le maintien de l’ordre ou les méthodes du GIGN. Cette coopération en termes de formation est à distinguer de la coopération opérationnelle via l'échange d'informations sur les affaires en cours. Plusieurs structures relevant directement de l’administration ou de droit privé s'occupent de ce domaine.


Il y a tout d’abord la Direction de la coopération internationale, service du ministère de l'Intérieur commun à la police et à la gendarmerie créé en septembre 2010. Auparavant, ces activités étaient gérées séparément par le Service de Coopération Technique Internationale de la Police et la sous-direction de la coopération internationale de la gendarmerie. La DCI est dirigée par Émile Pérez, policier issu du SCTIP, et supervise le réseau d'attachés de sécurité intérieure présents dans 156 pays auprès des ambassades. Selon le Figaro, la DCI gère 1 609 accords de coopération technique à travers le monde citant en exemple la formation au maintien de l’ordre des forces de l’ordre sud-africaines pendant la Coupe du Monde, forces de l'ordre qui ont aussi acheté du matériel français au passage. 


Formation de policiers chinois
Et il n’y a pas que les Sud-africains qui souhaitent s’inspirer de nos CRS. Il y a aussi les Chinois. Au printemps 2008, une délégation de la gendarmerie avait été envoyée en Chine afin de former des policiers partant en mission en Haïti ou au Soudan. Une formation pratique et théorique qui comprenait un volet au maintien de l’ordre. Hasard du calendrier, deux mois avant, les émeutes au Tibet avaient été réprimées dans le sang. Autre exemple de coopération policière France-Chine : la visite d’une délégation du ministère de la Sécurité publique chinois à l’Institut national des hautes études de sécurité et de la justice en janvier 2010. Le site de l’Inhesj précise : « La délégation chinoise, qui s’est montrée vivement intéressée, a souhaité un développement en continu de la coopération franco-chinoise dans le domaine de la sécurité ».

L’exportation de nos méthodes policières passe aussi par d’autres canaux. Même s'ils ont connu un passé très controversé. Au printemps 2010, Charles Pasqua avait été condamné par la Cour de Justice de la République à un an de prison avec sursis pour « complicité et recel d'abus de bien sociaux » dans l’affaire de la Sofremi. La Sofremi était une société de droit privé mais relevant du ministère de l’Intérieur et chargée d’exporter du matériel de sécurité de haute technologie. Ces transactions avaient donné lieu à des commissions versées à des proches de l'ex-ministre de l'Intérieur. Suite à ces scandales, les ministres ont réduit la voilure de la société et l’Etat a vendu ses parts partir de 1999. Elle est désormais détenue par le groupe Sofema lui-même détenu par divers industriels de la défense comme EADS (22% des parts), Safran, DCNS ou Thalès. 


Pourtant l’Etat n’a pas abandonné le marché sécuritaire. En 2001, a été créé Civipol conseil, une société également de droit privé mais détenue à 49% par l’Etat et relevant toujours du ministère de l’Intérieur. L'entreprise s’occupe « de missions d'audit, de conseil, d'assistance technique, et de formation », un autre registre que la Sofremi. Elle peut agir comme opérateur de la DCI et possède ses propres personnels. Civipol a précisé à Marianne2 qu’elle a pour « interdiction de vendre de l’équipement ». Le matériel transporté par l'avion censée rejoindre la Tunisie serait lui issu de la société privée Sofexi. Civipol précise également qu’elle n’a « aucun lien » avec la Sofremi et que tous ses marchés passent par « des appels d’offres internationaux ». 


Question d'argent

 
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Mais l’entreprise travaille aussi partout dans le monde. Elle a notamment formé des maîtres-chiens en Iran dans le cadre de la lutte anti-drogue. « Les Iraniens n’ont rien payé. C’est un projet très spécifique, très encadré par l’ONU », explique la société. En août 2009, elle a formé la police togolaise au maintien de l’ordre. Une formation qui a sans doute évité un nouveau bain de sang lors des émeutes de 2010 contestant la réélection de Faure Gnassingbé comme chef de l'Etat. La répression des émeutes de 2005 contestant l'élection de ce dernier avait causé 500 morts selon l'ONU. « L’objectif était qu’il ne se passe plus ce qu’il s’est passé » et la formation a été « mise en œuvre avec des experts internationaux », précise Civipol.

L'entreprise a également pris la succession de la Sofremi comme co-organisatrice du salon Milipol. Crée en 1984, il regroupe les acteurs du marché de la sécurité intérieure. Depuis 2008, il se tient alternativement en France et au Qatar. Parmi les exposants du dernier salon en France en 2009, la Chine comptait 32 stands contre 85 pour les Etats-Unis ou 47 pour Israël, la France en comptait elle 318. Le maintien de l’ordre et la lutte anti-terroriste étaient les plus gros secteurs représentés. 

Au delà de l’intérêt diplomatique à la coopération policière, il y a aussi un intérêt économique pour les entreprises du secteur. La sécurité intérieure, comme la défense, est un marché comme un autre. D'ailleurs, le groupe Défense Conseil International , société de droit privé détenue à 49,9% par l'Etat, s'occupe des missions de formation similaires à celles de Civipol mais cette fois pour le ministère de la Défense. Le tout est plus une question d’argent que de soutien politique à tel ou tel régime, de la realpolitik à l’état pur. A défaut de Rafale, la France pourra toujours exporter son art du matraquage. 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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