Textes de Juliette

15 avril 2012
Dr. Farmo Moumouni et El Hadj Dr. Hassimi Oumarou Maïga

 

Lettre ouverte aux chefs d’État d’Afrique Noire, aux peuples d’Afrique et à leurs prolongements dans le monde

 

Les événements qui se déroulent au Mali préfigurent la désintégration du continent. Après les traites négrières, la balkanisation, les indépendances factices et l’exploitation néocoloniale, on entre dans une zone du non retour où se construisent des stratégies politiques, économiques, militaires, etc., de domination et de confiscation des destins des peuples.

 

Seize millions d’âmes sont en détresse au Mali. Huit cents millions de personnes, au sein des pays aux destinées desquelles vous présidez, s’interrogent sur vos desseins. Un milliard d’Africains, sur le continent vous regardent. En Amérique, en Europe, sur tous les continents, la diaspora africaine s’émeut. Partout, l’Afrique meurtrie, avilie, vous interpelle. Et, la conscience africaine s’insurge contre toute confiscation de son destin, quelle que soit la forme qu’elle revêt.

 

Sommes-nous condamnés à intervenir dans l’Histoire comme instrument entre les mains de forces étrangères, avec souvent la complicité de ceux-là mêmes dont le rôle est de nous protéger ? Après les traites transsaharienne et transatlantique déshumanisantes, le partage de nos terres à Berlin, la colonisation aliénante, les indépendances simulées, le pillage effréné de nos ressources par les multinationales, l’inféodation dans la mondialisation de nos pays aux organisations internationales, et l’instauration en Afrique de démocraties dont les grands électeurs sont hors d’Afrique, de quelle autre soumission, de quelle sorte d’humiliation avons-nous encore besoin pour qu’une saine colère envahisse nos coeurs et qu’une juste révolte brise nos fers?

 

Excellences,

 

Les peuples d’Afrique Noire ne sont pas dupes, ils savent que derrière les événements qui se déroulent au Mali, se profilent des forces étrangères poussant devant elles le spectre de la désintégration du continent et du réaménagement de notre espace selon leurs intérêts. Ils savent qu’au Mali se jouent l’avenir d’un continent et le devenir d’une race.

 

Dans une démocratie, de la même manière que le pouvoir ne se prend pas par les armes, les revendications ne se font pas les armes à la main. Le principe d’un retour à une vie constitutionnelle normale s’entend fort bien, mais que vaut-il dans le cas du Mali, lorsqu’il jette le pays entre les mains d’indépendantistes armés qui portent atteinte à l’intégrité territoriale, et celles d’intégristes intolérants qui menacent la laïcité républicaine ?

 

Les peuples d’Afrique attendent de vous, Excellences, que vous soyez les premiers remparts des assauts contre eux menés, et que d’égal à égal, sans complexe aucun, vous défendiez leurs intérêts, face aux partenaires.

 

Face aux hégémonies qui menacent, l’intérêt des peuples n’est ni dans la partition du Mali, ni dans celle du continent, mais dans l’union de l’Afrique. Cette unification de l’Afrique qui était dès 1960 présentée par Cheikh Anta Diop comme « l’unique moyen de faire basculer l’Afrique Noire sur la pente de son destin historique, une fois pour toute ».

 

Il y a cinquante ans, dans le même ordre d’idées, le visionnaire qu’était Ckeikh Anta Diop recommandait d’ « opposer une fin de non-recevoir à toute idée de création d’États blancs, d’où qu’elle vienne et où que ce soit en Afrique Noire ».

Sur cette terre d’Afrique où l’homme noir a ouvert la marche de l’humanité, sur ce continent qui a été le théâtre du brassage des races et de la rencontre des civilisations, les peuples d’Afrique Noire ne sauraient être, chez elles, reléguer aux seconds rangs.

Trouver « une ligne de synthèse capable de déboucher sur une Afrique unique qui pourrait par les efforts conjugués de tous, être engagée dans l’aventure humaine des peuples» comme disait Boubou Hama, telle est la seule solution viable.

Au regard de ce que l’Afrique Noire, depuis plusieurs siècles, endure, et de sa situation actuelle qui en est la résultante, appelons une insurrection des consciences, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Asie, et dans tous les prolongements de l’Afrique dans le monde :


- Contre l’avilissement de l’homme noir;


- Contre toute forme d’intégrisme;


- Contre toutes les forces externes et internes qui oeuvrent à la division de l’Afrique Noire, pour asseoir leur domination, afin de s’approprier les richesses du sol et du sous-sol africains.

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