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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 00:00

15 mars 2012
Patrick Mbeko


En mars 2011, lorsque les assassins de l’OTAN ont envahi la Libye, j’étais presque seul à défendre le Guide libyen. L’argument de la plupart de mes compatriotes africains était que Kadhafi est un dictateur qui a passé 42 ans au pouvoir et qu’il devait partir. J’avais beau expliqué que la longévité du pouvoir ne fait nécessairement pas d’un dirigeant un dictateur mais rien. De plus, contrairement à la croyance populaire, Kadhafi n’était pas le chef de l’État libyen mais le « Guide », ailleurs on dirait SAGE.

 

Et contrairement à la plupart des pays africains, la Libye a connu une véritable révolution culturelle dans les années 70. Voilà pourquoi ce pays avait un mode de fonctionnement différent de celui de plusieurs pays africains dont les populations sont terriblement aliénées par le discours dominant du Nord. La plupart des Africains sont convaincus que « l’alternance » qu’ils observent en Occident durant les élections est signe de ce qu’ils appellent « démocratie ». Or il n’en est rien et je vous démontrerai pourquoi. Quand on me demande par exemple qui choisir entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, je réponds : « À la limite, Nicolas Dupont-Aignan ou Eva Joly »,  même si je sais qu’ils ne passeront jamais. En fait, contrairement à ce que le public africain et occidental croit, il n’existe pas de véritable alternance politique dans la plupart de ces pays dits « démocratiques ». Ce que la plupart de gens ignorent, c’est que tous ces politiciens font partie des mêmes cercles du pouvoir, des mêmes réseaux. Ceux qui n’y font pas partie, sont OUT d’office (Le cas du Front National par exemple). C’est comme choisir entre deux doigts d’une main. Posez-vous, par exemple, la question de savoir pourquoi les socialistes français ont soutenu les actions de Sarko en Côte d’Ivoire contre un autre socialiste (Laurent Gbagbo), ou pourquoi ont-ils cautionné la colonisation de la Libye entreprise par Sarkozy et ses amis de l’OTAN? Avez-vous remarqué les similitudes entre Hollande et Sarko sur la Syrie?  Pensez-vous vraiment que la politique de la France envers l’Afrique changera avec Hollande?

 

L’Histoire, avec les Socialistes, nous a déjà donné la réponse à plusieurs reprises. Le cas Obama ne vous rappelle-t-il pas quelque chose? Quand on parle du FN, les Africains sourcillent. Je les comprends. Mais se sont-ils déjà demandés pourquoi ce parti (que je ne supporte pas en passant) est très souvent diabolisé par les grands médias occidentaux? Je vais vous le dire. C’est simplement parce qu’il tient un discours contraire aux intérêts de l’establishment. Le jour où le FN adoptera le type de discours que tiennent l’UMP et les Socialistes sur les questions économiques et financières, les choses changeront pour lui. Savez-vous que Hollande et Sarkozy font partie d’une mystérieuse organisation dénommée «  Le Siècle »? Cette organisation, peu connue du public, réunit les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française. On y retrouve des politiciens de droite et de gauche, les patrons des plus grandes entreprises françaises, des journalistes de premier plan dans les médias qui « font l’opinion », et quelques universitaires. Le Siècle compte un peu plus de 500 membres choisis par cooptation, auxquels s’ajoutent 200 invités renouvelés chaque année. Nicholas Sarkozy et François Hollande ne sont que de simples « garçons de course » d’un système ultra-puissant. Donc, lorsque vous allez voter, vous choisissez entre le pouce et l’index.

 

Et vous appelez ça « démocratie ». Aux États-Unis, c’est encore pire parce que les votes ne servent en réalité à rien. Le président est choisi d’avance. Le reste, c’est de la poudre aux yeux. Croyez-moi. Les élections au Ghana, en Iran ou dans la plupart des pays d’Amérique latine, sont plus démocratiques qu’en France, aux USA ou même en Grande-Bretagne. Il faut avoir l’esprit « décolonisé » pour comprendre cela. Ceux qui passent pour des « démocrates » aux yeux des Africains sont en réalité des « pantins » d’un système très puissant. Le Bilderberg, la Trilatérale ou le Council of Foreign Relations (CFR). Ça ne vous dit peut-être rien, mais c’est dans ces structures étranges que se décident les affaires du monde. Obama, Bush, Sarko, Stephen Harper, David Cameron, etc. sont les bras exécutant dociles de cet énorme système au fonctionnement opaque. Et ce sont ces gens-là qui débarquent en Afrique et vous demandent d’organiser des élections financées par eux. Et lorsque le vainqueur n’est pas leur allié ou « pion », alors ils disent que ces élections sont entachées de fraudes massives. Comprenez-vous maintenant pourquoi l’élection du Rwandais Paul Kagame, le client numéro un des impérialistes en Afrique, avec ses 95% de voix, est « plus transparente » que celle d’un Mugabe qui a obtenu un score de loin inférieur à celui de son homologue rwandais? Comprenez-vous pourquoi on s’agite terriblement en Russie et non en RDC où on préfère utiliser une phraséologie ambiguë pour décrire les fraudes massives du président sortant; un autre client de l’empire, en mauvaise odeur de sainteté avec ses maîtres ? Selon l’historien belge Ludo Martens, « les puissances impérialistes appellent “démocratisation”, la création de plusieurs partis néocoloniaux qui mangent tous des mains des puissances extérieures et de la grande bourgeoisie locale. Le peuple peut, lors des élections “libres et transparentes”, choisir entre plusieurs partis néocoloniaux qui servent tous les mêmes maîtres et appliqueront les mêmes politiques imposées par l’Occident et le FMI. »

 

Le grand intellectuel américain Noam Chomsky a dit un jour ceci : «  Nous sommes le pays le plus fasciste du monde. Le pouvoir de ce pays a horreur de la démocratie»… Comprenne qui pourra.

 

La plupart des pays occidentaux sont loin d’être des vraies démocraties. Si vous ne me croyez pas, lisez Circus politicus de Christophe Deloire, directeur du Centre de formation des journalistes, et Christophe Dubois grand reporter de l’émission 7 à 8, paru chez Albin Michel cette année. La présentation de l’éditeur : Circus politicus révèle les dessous d’un véritable « putsch démocratique », une tentative de neutralisation du suffrage universel par une superclasse qui oriente la décision publique. Il montre comment le Pouvoir a capitulé devant les puissances financières. Il dévoile les stratégies de double discours et d’hypocrisie française entre Paris et Bruxelles. Histoires, anecdotes, preuves, documents… tout dans ce livre tend à démontrer que les Indignés ont raison de réclamer une « vraie démocratie » ! Entrons dans ce Circus politicus où le peuple est jugé dangereux et la démocratie archaïque. Nous voici dans les réunions ultra secrètes des Conseils européens où tout se joue, dans les coulisses, dans de mystérieux clubs d’influence où les banquiers américains expliquent la vie à nos politiques, dans les officines et les bureaux d’agents secrets… La France est sous la tutelle d’un pouvoir aveugle. La souveraineté, nationale ou européenne, n’est plus qu’une image pieuse entretenue par des « idiots utiles ». Une enquête inédite, iconoclaste qui fait surgir une réalité qu’il vaudrait mieux affronter plutôt que de la nier. Et le site AgoraVox d’en rajouter : « Ces groupes ont littéralement neutralisé la démocratie pour imposer leurs visions du monde. Et c’est là que nous constatons que la propagande des médias, la majorité des journalistes connaissent l’existence de ces groupes et le hold up de la démocratie qui a eu lieu et aucun d’eux jusqu’à présent n’a fait d’investigation traitant de “complotistes”, ceux qui tentèrent d’alerter le monde de la présence d’un plan dont le but est clairement la décapitation du système démocratique à travers la mise en place du désordre économique »… Et voici un extrait du livre sur le président « démocratiquement élu » de la France, Nicolas Sarkozy : « (…) Un an plus tard, Sarkozy prononcera un second discours de Toulon pour défendre son bilan. En réalité, les belles paroles mettront en évidence la vacuité des actions. Car le chef de l’État ne dirige plus grand-chose. La régulation des banques est maintenant à l’initiative du comité de Bâle. »

 

Comment les Africains peuvent-ils prendre comme exemple de « démocratie » un tel système? Un système fasciste qui ne vit que des guerres et des souffrances. Malgré les 42 ans de pouvoir de Mouammar Kadhafi que certains brandissaient pour justifier la colonisation de la Libye par l’Otan, le peuple libyen vivait très bien − mieux même que la plupart des Canadiens, Américains et Français− contrairement aux Congolais et aux Rwandais avec leurs chefs de l’État « démocratiquement élus ». En 2007, la romancière camerounaise Calixthe Beyala, après son retour de la Libye, confiait au journal Figaro : « Je n’ai point rencontré d’homme affamé, mourant sur les trottoirs. Tout au contraire, j’ai été dans des hôpitaux gratuits, ultramodernes, où chaque citoyen avait accès aux soins; j’ai rencontré des hommes heureux de me dire qu’à 25 ans, chacun d’entre eux avait automatiquement droit à un appartement climatisé avec eau et électricité. » Quel dirigeant occidental a pu offrir à son peuple ce que Kadhafi a offert aux Libyens? Bush, Obama, Sarkozy ou Cameron ont-ils offert à leur peuple la moitié de ce qu’a offert Kadhafi à son peuple? Les statistiques sur les conditions de vie en Occident se passent de tout commentaire.

 

Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir des élections transparentes dans nos pays, mais seulement faire les choses selon nos us et coutumes dans le respect de nos populations. Il est temps pour les Africains de  sérieusement réfléchir au modèle politique, économique et social qu’ils doivent établir pour leur propre bien. Je ne dis pas que tout ce que fait l’Occident est mal. Loin de là. Les structures politiques traditionnelles africaines ne fonctionnaient-elles pas bien avant l’arrivée du colon? Nous ne sommes pas obligés de faire du copier-coller à tout bout de champs. Nous imitons aveuglement des gens qui ne sont transparents ni en parole, ni dans leurs pratiques, bref, ni dans leur vie. Les Africains sont terriblement mystifiés par l’Occident. Pour eux, l’Occident est synonyme de progrès, de démocratie et de développement. L’endoctrinement des populations occidentales et africaines par le pouvoir (l’establishment) a été d’une efficacité redoutable. Le contrôle absolu, déguisé en démocratie, peut continuer encore longtemps parce qu’on ne peut se rebeller contre ce qu’on ignore. « La vérité de ce qui se passe, écrit David Icke, est tellement énorme que la majorité des gens ne voudront pas la croire. » Les esprits « occupés » par le discours dominant reproduisent les clichés des maîtres. Et quand on leur parle de certaines vérités que les médias nous cachent bien souvent, ces «têtes occupées » brandissent le qualificatif de « théories du complot ». Comme dirait Noam Chomsky, ce genre de qualificatifs que certains brandissent « quand ils ne veulent pas que vous réfléchissiez à ce qui se passe vraiment. »

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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