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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 22:03

28 février 2010

Thierry Amougou

Dans camer.be

 

Thierry Amougou:Camer.be

 

Ceux qui ont eu la chance de pratiquer un sport ou en pratiquent encore, savent que la meilleure défense c’est l’attaque. S’agglutiner devant ses buts dans l’objectif d’ériger un Mur de Berlin ne sert à rien, si les attaquants adverses qui torpillent votre gardien de but, reçoivent toujours des ballons à flot d’une défense et d’un milieu de terrain adverses qui jouent libres de tout marquage. Cette image qui fait allusion au jeu et à la stratégie explique très bien ce que vise actuellement la délégation du gouvernement camerounais actuellement déployée à travers l’Occident pour séduire la diaspora camerounaise.

 

 La stratégie est claire : vu le courroux d’une partie de la diaspora pour qui le Renouveau National  est à classer dans le triste musée historique des essais politiques évanouis parce que non transformés en « vie bonne » pour les Camerounais, il faut commencer, même tardivement, une lune de miel avec cette diaspora-là que le régime juge plus responsable que celle qui critique et ose s’occuper de son exercice du pouvoir. Comme quoi, il faut attaquer les ennemis du Renouveau National sur leurs terres extra camerounaises, au lieu de se défendre dans un repli national qui ne peut bloquer les attaquants adverses.

 

Ceci dit, si le Renouveau National est libre de mener la tactique qu’il désire pour redorer son blason, en tissant une nouvelle alliance avec la diaspora camerounaise, il peut être instructif, et peut-être utile, pour la gouverne de celle-ci, d’analyser les contours de cette subite campagne de séduction qui débute après près de trente ans d’escroqueries politiques multiformes. Autrement dit, quitter la surface des choses et des joies circonstanciées des uns et des autres lorsqu’ils sont conviés par les services de nos ambassades à rencontrer cette délégation du pouvoir en place, peut mettre en évidence, tant les limites du donjuanisme du pouvoir, que celles des membres de la diaspora qui, quoiqu’ayant le droit de faire ce qu’ils veulent, s’y font prendre les yeux ouverts. Nous allons tenter cette problématisation en trois points que nous pensons porteurs de messages de fonds.

 

La problématique du double dividende

 

 On parle du double dividende en économie de l’environnement, notamment au sujet de certaines taxes écologiques qui permettent à la fois d’assainir notre environnement, mais aussi de renflouer les caisses de l’Etat. Les séducteurs politiques dépêchés par le pouvoir et la frange de la diaspora camerounaise entrée en conclave avec eux, configurent ou reconfigurent les rapports politiques entre les terroirs nationaux et leurs extensions extra- camerounaises. Le caractère nécessairement composite de la diaspora camerounaise fait qu’en son sein, sont reproduites, comme sur l’échiquier politique national, les figures et les caractéristiques de vie d’un « Tanga Nord » et d’un « Tanga Sud » qui structurent spatialement et socio-politiquement Ville Cruelle du regrettable Alexandre Biyidi. En conséquence, le double dividende que vise le Renouveau National ici est à la fois de rallier ceux des « Tanga Nord » extranationaux qui ont des moyens financiers mais pas le pouvoir politique, mais aussi ceux des « Tanga Sud » extranationaux qui espèrent, pour une fois, aller du Sud de Tanga,  synonyme de carences et de pauvreté, vers le Nord de Tanga, synonyme d’abondance et de pouvoir.

 

Du côté des membres de la diaspora invités à ces rencontres, le double dividende existe aussi. Il ne faut en effet pas se leurrer. Cette diaspora camerounaise pilule d’hommes et de femmes de très grande valeur et d’une expertise confirmée dans de nombreux domaines. Ce sont aussi des hommes ambitieux qui, quoique n’affichant pas leurs opinions sur la gestion de leur pays, n’adoptent pas moins par là une attitude, non seulement complice par rapport au pouvoir en place, mais aussi et surtout, qui préserve leurs chances d’être appelés au partage du gâteau national. Ce serait la récompense espérée de leur attitude loyale envers le Renouveau National. Le premier dividende qu’ils visent est donc la récompense de la bouche cousue. Il y a cependant un deuxième dividende. Celui de profiter, sans y avoir participé, du travail de transformation de la diaspora camerounaise en une force sociopolitique, par ceux des Camerounais qui ne sont pas invités dans cette tournée de séduction justement parce que la séduction marche uniquement pour ceux qui, en se laissant séduire, vous donne l’impression d’être le plus grand don juan alors qu’ils visent leurs propres intérêts. Les associations camerounaises comme le CODE, LIBERAL ou la Fondation Moumié et bien d’autres qui refusent de participer au silence complice des invités du Renouveau, sont ainsi exclues de ces rencontres à travers lesquelles, non seulement l’image « Tanga Nord » versus « Tanga Sud », reste en vigueur hors du Cameroun, mais aussi où se matérialise un apartheid et une xénophobie d’Etat : c’est une démarche de révolution conservatrice.

 

 Il aurait été autrement que ces autres associations auraient reçu, en bonne et due forme, des invitations pour préparer cette réunion longtemps à l’avance. Il aurait été autrement qu’elles n’auraient pas découvert sur camer.be, alors que des réunions ont déjà eu lieu, que ceux que l’Ambassade du Cameroun en Belgique désigne par « figures emblématiques » de la diaspora, étaient conviés à une rencontre. Ça s’appelle faire semblant d’inviter et non inviter réellement.

 

 La problématique de la fragmentation de l’unité symbolique d’une diaspora camerounaise qui demande des comptes à ceux qui dirigent le pays depuis plus d’un quart de siècle

 

 Il va sans dire que même si sociologiquement, économiquement, territorialement et démographiquement il serait plus indiqué de parler des diasporas camerounaises, en lieu et place de la diaspora camerounaise, ces deniers temps, il y’a, en dehors de l’unité symbolique qu’elle acquiert part le fait qu’elle vit hors du Cameroun, une autre unité symbolique qui s’est matérialisée en faisant d’elle un acteur extranational qui critique, surveille, note et affiche une attitude de défiance par rapport au Renouveau National. Elle est devenue une nébuleuse politique qui, sans s’inscrire dans les canaux officiels du politique, y agit et s’occupe de ce qui la regarde, c'est-à-dire de la gestion de son pays d’origine. Sans être nécessairement coordonnée en structures et stratégies de conquête du pouvoir, son unité s’est construite autour d’un point focal qui fait en lui-même son unité symbolique : Le Renouveau National a son avenir derrière lui et ne peux plus rien apporter de bon aux Cameroun et aux Camerounais.

 

C’est justement cette unité symbolique que dégage cette diaspora camerounaise depuis quelques temps, que sont venus déconstruire les séducteurs politiques du pouvoir de Yaoundé. Les mousquetaires du Renouveau National sont en Occident pour dire à ceux qui vont écouter leurs éternelles promesses que le régime camerounais n’a pas échoué, qu’il réserve encore un brillant avenir aux Camerounais et surtout à ceux et à celles des membres de la diaspora qui veulent bien croire en lui. C’est une vieille technique coloniale de fragmentation pour mieux régner. C’est elle qui, à Bandung en 1955 et en Afrique en 1960 lors des indépendances, fit alliance avec une frange des mouvements nationalistes pour mieux asseoir les dominations et les exploitations postcoloniales actuelles. Autant les colons dirent des Africains rebelles et indociles qu’ils étaient de « mauvais sauvages » et ceux dociles de « bons sauvages », autant le Renouveau National fait des associations camerounaises qui critiquent son pouvoir, « la mauvaise diaspora », et de celles qui ne disent mot, « la bonne diaspora » avec laquelle il doit construire le Cameroun. C’est une façon de casser cette dynamique contestataire de la diaspora camerounaise, en donnant une prime à ceux des Camerounais de l’extérieur qui se démobilisent et se désolidarisent de cette attitude critique. C’est une façon de dire aux camerounais que ne pas s’afficher en disant exactement ce qu’on pense à un régime inique et en banqueroute, consiste toujours être celui qui gagne, étant donné qu’on profitera toujours des externalités positives générées par celui qui osent dire ce qu’ils pensent à ceux qui exercent le pouvoir. C’est une école de la sournoiserie où se forment obligatoirement les voleurs du Cameroun de demain.

La problématique de l’au-delà et de l’en deçà de la recherche du double dividende

Les questions de la double nationalité, du droit de vote des Camerounais de la diaspora, de l’insertion socioprofessionnelle et des Camerounais en détresse hors de leurs pays, sont certes importantes même si c’est la problématique affichée et non réelle de cette campagne transnationale de séduction.

La Fondation Moumié est une association à buts panafricains. Elle pense, sans négliger ces thèmes sus évoqués, que les préoccupations situées au-delà des revendications corporatistes, sont les plus capables d’enclencher des dividendes collectifs, tant pour le pays, que pour ceux qui vivent à l’extérieur de celui-ci. Elle donc la conviction que des valeurs nobles existent encore et sont utiles dans un exercice du pouvoir au service, non des dominations, mais de la vie des hommes. Que des stratégies opportunistes et parfois machiavéliques existent entre des hommes n’est ni contestables, ni nouveau. Cependant, si on conçoit la politique comme l’action au service de l’intérêt général, et le pouvoir, comme l’instrument pour y parvenir, la quête d’un mieux-être économique, social, politique et environnemental des sociétés africaines en général, et camerounaises en particulier, devrait être cette valeur suprême et sacrée qui tempère et  annule les calculs égoïstes d’un régime en campagne de séduction afin de convaincre qu’il peut faire ce qu’il n’a jamais pu faire en plus de 25 ans de pouvoir. Dans une Afrique où le développement est la chose la plus recherchée et vers laquelle doivent confluer tous les efforts, n’avoir que le lexique politique de Paul Biya à brandir aux populations qui souffrent réellement, devient comparable à de la camelote que les négriers vendaient aux chefs traditionnels africains pour mieux capturer leurs frères dans les arcanes du commerce triangulaire. Ceux qui acceptent ces inepties sont des hommes qui vendent à ces mêmes négriers le fer avec lequel ils vont fabriquer les chaînes de leurs capture et mise en esclavage. Ne sommes-nous pas déjà des esclaves d’après les discours qui nous viennent du pays ?

Ceci dit, être responsable et vouloir que le politique et la politique sortent de cette approche sournoise, roublarde, machiavélique et corporatiste, consiste à poser la problématique de la gestion du pouvoir au-delà et en deçà des promesses et des rafistolages partisans. Au-delà pour penser large et collectif dans ses actions. Et, en deçà, pour regarder la vie réelle des peuples ou des acteurs du bas qui paient au prix fort les combines et arrangements des acteurs du haut dont les intérêts, sans toujours le vouloir de façon concertée, se construisent une solidarité de classe dirigeante. La Diaspora camerounaise de laquelle fait partie la Fondation Moumié, ne revendique pas coûte que coûte une invitation de l’Ambassade du Cameroun. Ce serait confondre être dans la salle du film et le sort meilleure qu’on veut réserver aux populations qui ne s’y trouvent pas toujours. La diaspora camerounaise que promeut la Fondation Moumié est celle qui revendiquerait moins des rencontres corporatistes avec les équipes au pouvoir, que le bilan sans complaisance de l’exercice du pouvoir du Renouveau National ou de tout autre régime qui a le destin du pays entre ses mains. C’est ça la responsabilité collective de ses actions et de ses actes. Que ceux qui sont conviés demandent donc aussi aux mousquetaires du Renouveau National pourquoi la Constitution camerounaise est malmenée ; pourquoi les manifestants sont tués par l’armée camerounaise ; pourquoi les journaux sont fermés ; pourquoi des journalistes meurent en prison ; pourquoi l’ADDEC est brutalisé ; pourquoi ELECAM est le point final des revendications démocratiques ; pourquoi plus de 25 ans de pouvoir ne suffisent pas ; quel régime a produit l’opération Epervier et pourquoi les Camerounais sont dits esclaves de Paul Biya par des ministres.

C’est ça la responsabilité collective d’une association et d’un citoyen. Celle de l’équipe au pouvoir est de mériter ou pas la confiance de la diaspora après avoir répondu, entre autres, à ce types d’interrogations. Si poser ce genre de questions et en tirer les conclusions qui s’imposent par rapport à un régime veut dire qu’on n’aime pas le Cameroun, alors la Fondation Moumié n’aime pas le Cameroun car elle les pose et continuera à le faire partout où cela s’impose en Afrique.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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