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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 20:49

16 décembre 2010

Mutations : Entretien mené par Brice T. Sigankwé

 

 « Cette plainte permet au monde entier de comprendre que tous les Camerounais ne sont pas envoûtés par ce régime maléfique. Tous les Camerounais ne sont pas couchés devant ce régime pervers et obséquieux… L’Uda a fait une tentative pour redorer l’image et elle est entrain de porter ses fruits. Si ce gouvernement avait un peu de bon sens, il devrait nous dire merci… Les biens mal acquis de Paul Biya sont sous-évalués ».Célestin Djamen apparaît aujourd’hui comme un caillou dans la chaussure de Paul Biya. Depuis que sa plainte pour recel de détournement de deniers publics contre le chef de l’Etat camerounais a été jugée recevable au Tribunal de grande instance (Tgi) de Paris, il a multiplié des sorties médiatiques. En voici une.

 

 A combien évaluez-vous les biens que vous estimez que le président Biya a détourné ?
Les biens que le chef de l’Etat est soupçonné  d’avoir détournés s’estiment à des centaines de millions d’euros, c’est-à-dire plusieurs dizaines de milliards de FCfa. En 1997, l’hebdomadaire français, «Le Nouvel Observateur» estimait déjà à 70 millions d’euros (45,9 milliards de F cfa, ndlr) les biens de M. Paul Biya en Europe, chiffre largement contesté, en son temps car sous-évalué.

Sur quelles preuves s’appuie donc votre plainte ?
Je rappelle qu’il s’agit d’une procédure en cours dont les éléments de preuve fournis sont à la disposition des juges saisis de l’affaire. C’est un principe de droit que de ne pas élucubrer une affaire en cours. C’est parce que les juges ont d’ailleurs estimé les éléments de preuve probants et pertinents qu’ils ont ouvert cette enquête. Il y a des Tribunaux en France, relativement plus indépendants d’ailleurs que ceux que nous avons ici chez nous, si tenté que l’on puisse parler de tribunaux indépendants au Cameroun. Il appartient par conséquent en tout cas à ces Tribunaux d’apprécier les éléments de preuve que je leur aie fournis et non à un quelconque tribunal populaire ou médiatique.
Je comprends néanmoins que des journalistes, par habitude professionnelle, demandent des preuves. C’est un instinct professionnel qui ne fait cependant pas d’eux des juges. Je ne vais pas non plus m’amuser à localiser les biens ou les lieux où se trouvent ces biens car ces éléments sont mentionnés dans l’acte d’accusation largement publié. Si les preuves n’existaient pas, l’ouverture d’une enquête préliminaire aurait-elle été envisageable ou possible? J’en appelle donc simplement aux uns et aux autres d’attendre sereinement les conclusions de l’enquête et de nous focaliser sur les questions soulevées par cette plainte. Tenez, par exemple l’application de l’art.66 de la Constitution (du 18 janvier 1996, ndlr).

Pourquoi n’y a t-il pas toujours, 15 années après son adoption dans notre Loi Fondamentale, de décret d’application?Vous sentez-vous en danger depuis cette plainte ?
Je suis menacé, vous avez pu d’ailleurs apprécier ces menaces à peine voilées sur les plateaux de télévision (allusion à des débats sur Equinoxe Tv et Stv, ndlr). Est-ce que cela veut dire que je dois me sentir en danger? Je ne le pense pas car, se sentir en danger est précisément un sentiment de peur ou, si vous préférez, un état d’esprit qui ne m’habite pas et que je ne connais pas. J’ai peut-être tort mais, je regrette de vous dire que je ne suis pas un homme qui a peur; malgré les nombreuses menaces qui l’assaillent.

 

A quel niveau se trouve votre procédure au Tgi de Paris ?
L’enquête préliminaire en France a démarré le 24 novembre dernier. Juridiquement, elle peut durer jusqu’à un maximum de 6 mois. De deux choses l’une. Soit les officiers de police judiciaires closent leur enquête en estimant qu’il n’y a pas lieu à poursuite et dans ce cas, point de procès. Le dossier serait purement et simplement clos. Soit ils estiment que l’enquête est suffisamment consistante et recueillent des indices graves et concordants de mise en état de l’affaire et le procureur peut ordonner dans ce cas au juge d’instruction l’ouverture d’une information judiciaire. Et là, les choses deviendront très compliquées pour le voleur présumé

Pourquoi avoir choisi de déposer  votre plainte en France et non au Cameroun ?
En droit, pour les initiés en tout cas, il y a ce que nous appelons compétence «ratione loci». C’est-à-dire que c’est le lieu où se trouvent les «biens, mal acquis» en l’espèce, qui détermine la compétence du Tribunal. Or il se trouve que les biens que nous estimons avoir été recelés par «le meilleur élève de Mitterrand» (référence à Paul Biya qui se présentait ainsi du vivant de ce président français, ndlr) se trouvent sur le sol français. Par conséquent seul le juge français a compétence pour connaître de l’affaire. Nos dictateurs, quand ils volent aiment toujours à investir ou à dissimuler l’objet du vol dans le pays de leur ancien maître, ce qui est en soit un acte antipatriotique. Ce type de comportement nous oblige à saisir les juridictions où ils ont dissimulé leur butin. Nous aurions tant aimé, même avec une «Justice dépendante», comme c’est le cas au Cameroun, saisir les juges Camerounais. Hélas, hélas, hélas, trois fois hélas.

 

Au cours de votre conférence de presse, vous avez traité le président Paul Biya de «voleur». Ce n’est pas excessif ?
Qu’est-ce qu’un voleur? C’est celui qui s’empare des biens d’autrui contre son gré, avec la ferme intention de se considérer comme le véritable propriétaire. Alors, de ce postulat, considérez-vous que les Biens du Peuple Camerounais appartiennent à M. Paul Biya? Cette appropriation des biens publics a-t-elle recueilli l’approbation du peuple camerounais? Si votre réponse est non aux deux questions alors, vous devez reconnaître avec moi que M. Biya est un voleur et dans le cas d’espèce présumé. L’excès serait d’affirmer que ce dirigeant a une gestion irréprochable et un bilan merveilleux, je crains que celui ou celle qui tient aujourd’hui de tels propos ne se fasse lyncher par les populations, tant les stigmates et les symptômes des détournements et de la mal-gouvernance dans ce pays sont palpables et criards. Il est quand même regrettable que les seules bouées de sauvetage qu’ont les jeunes aujourd’hui pour s’en sortir soient l’exil forcé, la prostitution ou encore la «feymania».

 A votre avis pourquoi?On présente l’Uda comme une organisation marginale en France. Combien d’adhérents avez-vous ?
La Jachaby (Jeunesse active pour Chantal Biya, ndlr) et la Presby (President’s Biya youth, ndlr), ou encore la Cnj ont combien de militants? Sûrement beaucoup plus que l’Uda. Cependant à quoi servent-elles ces associations? A renforcer la dictature bien sûr. Si votre critère c’est de penser que c’est la quantité qui fait la qualité, l’utilité ou la grandeur d’un groupe, permettez-moi, cher compatriote, de vous dire que vous vous tromper. Pour faire plaisir à nos détracteurs, car ils existent et c’est tant mieux, je dirai qu’il vaut mieux une association marginale mais utile aux Camerounais qu’une association non marginale mais complice d’un régime kleptocrate et antinational. Je vais cependant vous répondre sur le contenu, l’Uda compte des centaines de membres répartis partout en France. Je vous réponds malgré le fait que ceux qui s’intéressent à ce type de question sont ceux qui évitent soigneusement de parler de la plainte et de son contenu. A force de fuir ou d’esquiver les réalités, elles finissent toujours par vous rattraper avec un effet boomerang encore plus redoutable.

 

Le ministre de la Communication, Issa Tchiroma vous accuse de ternir l’image du Cameroun.
J’espère que cette plainte va contribuer à redorer l’image du Cameroun, terni par 30 années de gabegie, de détournements, de vols et de maffia de toutes sortes. Beaucoup de Camerounais se reconnaissent dans cette plainte qui leur rend leur fierté et un honneur qu’ils croyaient définitivement perdus. Cette plainte permet au monde entier de comprendre que tous les Camerounais ne sont pas envoûtés par ce régime maléfique. Tous les Camerounais ne sont pas couchés devant ce régime pervers et obséquieux. Les membres de ce gouvernement se comportent comme des rats d’égouts. L’Uda a fait une tentative pour redorer l’image et elle est entrain de porter ses fruits. Si ce gouvernement avait un peu de bon sens, il devrait nous dire merci. Il y a beaucoup de griots dans ce gouvernement qui n’ont obtenu leur strapontin ministériel que moyennant monnaie sonnante et trébuchante et c’est la raison pour laquelle ils se livrent avec autant de zèle et de légèreté à leur sport favori: la danse du ventre, devant leur maître et seigneur que l’un d’eux a même qualifié de «créateur». Qui ternit l’image du Cameroun, lorsqu’on refuse à la Diaspora le droit de vote? Qui ternit l’image du Cameroun lorsqu’on observe un peu partout en Occident, dans certaines ambassades du Cameroun, des toilettes qui ne fonctionnent pas? Qui ternit l’image du Cameroun lorsqu’on voit revenir, sans qu’aucune autorité ne s’en émeuve, des maladies «préhistoriques» comme le choléra? Qui ternit l’image du Cameroun lorsqu’on assiste, en plein cœur de la capitale (Yaoundé), à la distribution et au rationnement de l’eau potable par les camions-citernes de pompiers ? J’arrête là la liste des méfaits de ce régime qui risque d’être interminable.

 

Que pensez-vous de «l’opération épervier» ?
C’est une opération de règlement de compte politique -comme vous le savez sans doute- du moins c’est ma conviction. C’est si vrai que les juges ne savent plus sur quels montants de détournements s’accorder à imputer aléatoirement aux «présumés coupables» alors qu’ils devraient être des «présumés innocents». Leur dossier est totalement vide et la plupart des faits qui leur sont reprochés sont prescrits. Les premiers «éperviables» ont eu le malheur de lorgner vers le fauteuil du «grand Manitou». Mais la vérité finira par triompher et l’arroseur finira par être arrosé.

 

Paul Biya a reçu John Fru Ndi en audience à Bamenda. En tant que militant du Sdf, que vous inspire cette rencontre ?
Peut-on combattre un régime criminel pendant 20 ans et aller, sans changement significatif dans l’attitude du régime en cause, manger à sa table? Quelles conséquences pourraient avoir ces images sur ceux qui espéraient encore à la lutte? Peut-on dialoguer et négocier avec celui qui a volé la Présidentielle de 1992 comme si de rien n’était ? Peut-on serrer délibérément les mains sales sans se les salir soi-même? Que penseront nos électeurs et l’ensemble du Peuple Camerounais devant ces images déroutantes? Voilà les questions que je me pose aujourd’hui sans avoir la prétention d’y avoir des réponses définitives. Toutefois, sur un plan personnel, je n’approuve pas cette rencontre entre Paul Biya et John Fru Ndi. C’est presque comme si Churchill rencontrait Hitler!

Qu’est-ce que le candidat aux prochaines élections présidentielles que vous êtes, propose aux Camerounais pour les 7 ans à venir ?
Je propose une Réforme profonde de la Santé, une Nation ne peut relever les défis que si et seulement si ces enfants sont en bonne santé ou susceptible de bénéficier des soins de qualité convenables. Ensuite, il faudrait. «re-définir» et refonder notre système éducatif car l’aliénation ou le relèvement d’un peuple passe par l’Education. Or dans notre pays le système éducatif est basé sur les fondements néo-coloniaux. Il faudrait, par ailleurs, rendre la Justice indépendante, lutter avec acharnement et détermination pour l’emploi des jeunes, combattre par conséquent le chômage des jeunes -catégorie sacrifiée- qui cause des drames familiaux et autres

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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