Textes de Juliette

13 mai 2011

Le Pays

 

Ainsi donc Tandja est libre !

 

Après quinze mois de détention, l’ancien chef de l’Etat nigérien a été élargi au grand bonheur de ses proches. Cette liberté, il la doit à une erreur judiciaire qu’il trouvera sans doute heureuse. Mais cette joie est loin d’être partagée par tous les Nigériens et les défenseurs des droits humains et de la démocratie. Car ceux-ci ont bien des reproches à faire à l’ex-président du Niger. En effet, l’initiateur du Tazarché devait répondre de quatre chefs d’accusation liés à des détournements de deniers publics. De plus, après avoir passé outre un arrêt de la Cour constitutionnelle pour organiser en toute illégalité son référendum, il est aussi passible de poursuites pour haute trahison. Mamadou Tandja porte également sur la conscience la mort de nombre de victimes de la famine qu’il avait cachée, empêchant ainsi à ses compatriotes de bénéficier d’une assistance humanitaire extérieure. Que de charges aussi nombreuses que lourdes, preuve, s’il en est besoin, que l’accusé s’est évertué, le temps de sa gouvernance, à fouler au pied le serment présidentiel qu’il a prêté. Le dossier Tandja ne doit donc pas être classé à cause de ce vice de procédure. La déclaration d’incompétence de la juridiction de droit commun ayant connu de l’affaire, n’influence que la procédure qui ne concerne que la forme du dossier.

 

Ceci étant, cela n’enlève rien à la pertinence du fond. Ce qui signifie que bien qu’ayant été définitivement libéré par un tribunal ordinaire, l’ancien locataire du palais de Niamey n’en est pas pour autant blanchi, comme essaient de le faire croire ses avocats. L’arrestation et l’incarcération de la première victime de la "tandjanite" sont intervenues dans un contexte marqué par l’absence de la Haute cour dissoute dès l’avènement de la junte. Sous la pression de la famille du présumé coupable et de la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui exigeaient sa relaxe pure et simple, il fallait l’inculper au plus vite pour faire au moins montre de bonne foi. Cette anomalie quasi inévitable ayant été décelée, et maintenant que de nouveaux députés ont été élus, la constitution de la juridiction compétente pour se saisir de cette patate non moins chaude ne devrait plus ni être compliquée, ni traîner. Les nouvelles autorités nigériennes doivent inscrire l’affaire Tandja parmi leurs priorités, et mettre un point d’honneur à le vider vite et bien. Le travail remarquable qu’a abattu la junte, depuis son coup d’Etat "salvateur" jusqu’à la passation du pouvoir à un président démocratiquement élu, aura un goût d’inachevé si, par mégarde ou par méprise, le jugement de Tandja n’a pas lieu. Le régime nouvellement installé sera ainsi comptable de la mauvaise gestion de l’héritage des militaires dont le patriotisme, l’intégrité, la dignité et le sens de la responsabilité et du respect de la parole donnée l’ont emporté sur la tentation de s’accrocher au pouvoir.

 

A la décharge de Mahamadou Issoufou, on peut estimer qu’en relâchant le prisonnier le plus délicat du Niger, le nouveau président pourrait avoir comme souci de respecter la procédure judiciaire qui y est appliquée. Le nouvel homme fort de Niamey qui a vu des vertes et des pas mûres pour s’être toujours opposé au régime de Tandja aura, par le même coup, posé un geste d’apaisement et de tolérance qui prouve à souhait qu’il n’est pas partisan de la loi du talion. Mais pour éviter de créer un dangereux précédent qui risque de faire école dans une Afrique en proie à la mal gouvernance, l’ex-inculpé Tandja doit être jugé par la Haute cour désormais en place. L’on évitera ainsi de contribuer à semer sur le continent, et plus particulièrement au Niger où l’Etat est en train de renaître de ses cendres, les germes du syndrome de l’impunité. Et même s’il existe un arrangement politique entre le parti du nouveau chef de l’Etat et d’autres l’ayant soutenu à l’élection, et qui aurait posé comme condition la libération de l’ex-président, force doit toujours rester à la loi.

 

L’actuel président du parlement nigérien est en plus un ancien Premier ministre de Mamadou Tandja et peut bien, d’une manière ou d’une autre, se sentir redevable à ce dernier. Toutefois, les tenants du pouvoir nigérien ne doivent pas perdre de vue que le dialogue, la tolérance et le pardon qui constituent le ciment d’une nation ne sauraient triompher sans justice. Si deal politique il y a eu, et si le nouveau président tient à manifester, à travers la libération de Tandja, sa reconnaissance à ceux qui ont œuvré à sa victoire, il peut bien trouver d’autres moyens qui n’excluent pas la manifestation de cette justice. Au cas où les avocats de l’accusé n’arriveraient pas à le tirer d’affaire en l’innocentant, en tant que président de la République, il pourra le gracier s’il le veut. Mais avant toute chose, le président déchu et ses complices qu’on viendrait à démasquer, doivent passer à la barre. Ne serait-ce que pour soulager la douleur des victimes directes ou indirectes de leur mal gouvernance, et pour que cela dissuade leurs éventuels émules. De fait, dans l’intérêt de Tandja lui-même, ce procès devrait aller à son terme dans la forme et le fond. La postérité nigérienne en a besoin aussi.

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