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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 11:21

Vincent Rémy

 TÉLÉRAMA, 23 juin 2010

 

 

Plus rien de vivant ne bouge dans un monde noir et brun autrefois grouillant de crevettes et de crabes […].

Les pêcheurs maudissent leurs filets noirs de pétrole […].

De jeunes enfants nagent dans l'estuaire pollué […].

Le marais est désert et silencieux, sans même un chant d'oiseau.

 

Carte postale : "Le Nigeria et ses plages Shell-Exxon"


Ce reportage, terrifiant, était le 16 juin dernier en une du New York Times.
Golfe du Mexique ? Non, golfe de Guinée.

Delta du fleuve Niger, pas du Mississippi.

Mangrove africaine qui a nourri les populations pendant des siècles grâce à l'abondance de ses poissons, de ses coquillages, de sa vie sauvage.

Adam Nossiter, chef du bureau du NYT en Afrique de l’Ouest, révèle des chiffres accablants :
Le delta du Niger, où la richesse du sous-sol est inversement proportionnelle à la pauvreté de la surface, a enduré l'équivalent d'un Exxon Valdez chaque année depuis cinquante ans.

Pollution tranquille, silencieuse, insidieuse.

Les puits fuient, les pipelines rouillent.

Les compagnies ne s'appellent pas BP, mais Royal Dutch Shell ou Exxon Mobil.

Peu importe. Elles ont les mêmes arguments : c'est la faute à pas de chance.

Ou plus exactement « aux voleurs et aux saboteurs ».

Seulement 2 % des fuites sont dues à des problèmes d'installation ou des erreurs humaines, prétend même la porte-parole de Shell à Lagos.

Bien sûr…

Le jour de la publication de cet article du New York Times, Barack Obama obtenait, pour la mangrove américaine, les excuses de BP et la création d'un compte séquestre doté de vingt milliards de dollars.

La veille, le président américain, dénonçant une « philosophie » hostile à toute régulation, avait annoncé de « meilleures réglementations » et un « plan de restauration du golfe ».

Et il engageait ses compatriotes à une « mission nationale » : le développement de nouvelles énergies, qu'il comparait aux grands défis du passé, conquête de la Lune ou mobilisation pour la Seconde Guerre mondiale…

Quel lien entre ces deux informations, la déréliction du golfe de Guinée et le défi d'Obama ?

La réponse est dans l'article d'Adam Nossiter :

Que le désastre du golfe du Mexique ait pétrifié un pays et un président qu'ils admirent tant est un sujet d'étonnement pour les gens ici constate-t-il, avant de rapporter les propos d'un responsable local : Obama se préoccupe de cette catastrophe-là, personne ne se préoccupe de la nôtre. Nous n'avons pas de médias internationaux pour parler de nous, alors tout le monde s'en fiche. Propos de bon sens.

 Que la vivacité de la démocratie soit liée à la bonne santé de la presse est plus que jamais une évidence : les Américains ont beau avoir élu le président le plus sensible aux questions sociales et environnementales qu'ils aient jamais eu, Barack Obama n'a trouvé la force de résister aux lobbies pétroliers et de revenir sur des concessions antérieures que sous la pression médiatique.

Cette pression ne doit pas faiblir.

Mais elle doit surtout devenir planétaire.

Et pour cela, Internet est nécessaire mais n'a de sens qu'avec le maintien d'une grande presse quotidienne.

Face à la rapacité des compagnies pétrolières occidentales, exploitant l'impéritie ou la faiblesse des États africains, notre responsabilité citoyenne est immense.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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