Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

 

Rechercher

26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 19:11

26 juillet 2010

Mouafo Djontu

 

 

 

 

Pius Njawé: le disciple de la non-violence ou le pouvoir du savoir face au pouvoir

 

 A l’annonce du décès de Pius Njawé, j’ai cru à un mauvais rêve comme on a l’habitude d’en faire. J’attendais me réveiller pour compter le cauchemar au premier ami rencontré. Ce n’était point un rêve mais une réalité. Plus d’une question m’ont traversées l’esprit. Toutes tournaient autour du pourquoi………… ?

 

 Ce témoignage fait suite au bref échange que j’ai eu dans un cyber-café, au quartier Anguissa le 24 juillet 2010, avec un autre monument de l’univers médiatique camerounais, Jean Vincent Tiènéhom. JVT, comme l’aime à le présenter ses collègues, m’invite à faire un témoignage sur la rencontre que j’ai eu avec Pius Njawé à Genève lors de la remise du prix Moumié à l’ADDEC le 30 mai 2009. 

 

 Je n’oublierai jamais cette journée du 30 mai 2009. Avant d’embarquer pour le lieu, le restaurant le Plat d’argent transformé en galerie d’art, où Moumié a été assassiné, il est plus de 11 heures, Pius Njawé en compagnie de Shanda Tonme (COMICODI), Madeleine Afité (ACAT-Cameroun) et moi-même nous affirme « n’être pas ignorant des difficultés inhérentes à l’entreprise de la construction d’un mouvement de la liberté dont il se revendique être un artisan ». Après cet échange, le comité d’organisation nous conduit au lieu de l’assassinat de Moumié, pour un recueillement. Pius Njawé, dans son témoignage précise le rôle d’un journaliste dans la cité. Pour lui, le travail d’un journaliste « n’est pas de jouer pour le compte des gouvernements dictatoriaux, mais de servir son peuple en donnant l’information. ». Cette qualification du rôle du journaliste dans la cité était la réponse à la question que je m’étais toujours posé sur le pourquoi du soutien qu’il avait apporté à l’ADDEC, par la parution d’un mensuel Le Messager des Campus, en 2005, dont notre seule participation ou contribution était la rédaction des articles. Toujours dans son témoignage, il invitait les membres présents à « savoir développer la culture de la résistance » parce que disait-il « si nous n’avons pas la culture de la résistance, nous vivrons toujours dans ce semblant d’indépendance ». C’est pourquoi concluait-il « nous devons nous affranchir à la lumière des combats qu’ont mené les hommes comme Moumié, Ouandié, Um Nyobé, Ossendé Afana… ». Le témoignage de Pius Njawé sur l’art de la résistance, que tout citoyen doit pouvoir copier à la lumière des héros d’hier, a été une invite à la méditation pour tous ceux qui, à longueur de journée médiatique, professent être des apôtres du changement au Cameroun. 

 

 La deuxième communication délivrée par Pius Njawé a été faite dans la soirée lors de la Conférence tenue dans un hôtel de Genève. Le thème de son exposé était « le pouvoir du verbe ». J’ai été le premier des conférenciers à prendre la parole, où j’ai mis en exergue le caractère essentiellement non-viloent qui a toujours caractérisé l’ADDEC. Quand la parole fut donnée à Pius Njawé il proclama, d’entrée de jeu, de façon péremptoire être « un disciple de la non-violence ». Il présenta avec beaucoup d’aisance, d’élégance, d’intelligence et surtout avec classe les vertus de la non-violence. Il alla jusqu’à prendre l’exemple sur l’ADDEC qui n’avait pas prit les armes contre le gouvernement en avril et mai 2005. Sans armes et sans violence arguait-il, « l’ADDEC a contraint le MINESUP à venir s’asseoir autour d’une table de négociation afin d’amorcer la discussion ». Tout en insistant sur lesdites vertus de la non-violence, Pius Njawé invita les participants à se questionner sur le « comment amener les gens à amorcer les actions non-violentes ? ». La réponse à ce questionnement disait-il « passe par l’éducation à la citoyenneté et l’éducation à la démocratie ». C’était pour lui les armes, par excellence, pour amener les citoyens à pouvoir défendre leurs droits fondamentaux sans forcément verser dans la violence. Dans la phase questions/réponses, un des participants, vivant au pays de l’oncle Sam, développa une théorie sur la violence comme seule mode de prise du pouvoir au Cameroun. En réaction à ce développement, Pius Njawé affirme : « je ne suis pas pour la lutté armée au Cameroun ». Il martèle, de manière viscérale,  que pour lui « la non-violence est son seul moyen de lutte ». Pour se faire comprendre des participants, il partagea avec l’assistance la réponse à une question, dont il avait eu le privilège de poser à Nelson Mandela, lors d’un diner gala, à savoir « comment Mandela peut-il être l’homme le plus modéré de l’ANC, après avoir passé plus de 27 ans de sa vie en prison ? » La réponse de Mandela a été faite par une anecdote que Pius Njawé a délecté l’assistance en la relatant. En effet, le jour de la libération de Mandela, un journal « The Star » dont le Directeyr de Publication (DP) était un blanc avait publié à sa une : On a libéré l’assassin. Très vexé par ce titre, Mandela s’est rendu au siège de ce journal et a posé la question au DP : c’est qui l’assassin le bourreau ou la victime ? Cette réaction intelligente et non-violente de Mandela aura contribué, par la suite, à faire de ce journal, un des meilleurs soutiens de la politique de Mandela, dans sa volonté de promouvoir une société d’amour et de partage ou la couleur de la peau ne sera plus un élément d’appréciation. A la fin de ce partage historique avec une des grandes figures de ce siècle et du siècle dernier, Pius Njawé conclut que cette réponse de Mandela l’a renforcé dans sa « conviction que la non-violence est une voie qu’il ne faut pas négliger » et comme le pensait Gandhi, un des grands artisans de la non-violence, « il faut toujours témoigner amour et respect envers ses adversaires » car, la non-violence est une arme qui désarme un homme armé et fait de ce dernier un ami et non un ennemi. Njawé avait compris comme Gandhi que « tous les hommes sont des frères ».

 

 Les leçons d’une vie

 

 Pius Njawé aura compris, comme Um Nyobé, que le pouvoir du savoir n’est pas le pouvoir du diplôme. Cette distinction scolaire ou académique ne fait pas l’homme, mais c’est ce dernier qui, par la qualité de sa pensée, de son intelligence et de son dévouement au service des petites gens donne la valeur à la distinction.

 

 Pius Njawé, de part sa vie, a enseigné l’amour de la persévérance et de la foi en soi. Quand on veut on peut. Le petit coursier, vendeur de journaux est devenu, par son abnégation, Directeur de Publication du premier quotidien privé du Cameroun, dont l’image figure dans un panthéon au Etats-Unis comme un célèbre journaliste qui a marqué son temps. Précisons que cette reconnaissance a été faite bien avant sa mort.

 

 Homme de conviction, Pius Njawé s’est distingué par le « pouvoir du verbe » sans haine, ni arme à la main. C’est son activisme au service de la justice et de la liberté qui ont fait de Njawé ce qu’il a été. Car il est difficile, comme l’affirme Gandhi, pour « un lâche d’enseigner le courage. ».

 

 Pius Njawé est un exemple de patriotisme, dans une société en perte de repère. Sa vie et les témoignages qui vont avec depuis son décès démontrent, à suffisance, à la jeunesse soucieuse du devenir du Cameroun que s’il (Njawé) avait été un menteur, il n’aurait jamais réussi à inculquer la franchise et imposer le respect, comme lui-même l’écrivit sur un tableau dans son bureau de douala : « Seigneur donne-moi la force de démontrer aux hommes que l’argent ne me corrompt pas. »

 

 L’Homme et ses actes sont deux choses distinctes a enseigné Pius Njawé à Genève en prônant la non-violence. En d’autres termes, il invite les Hommes à haïr le péché et non pas le pêcheur.

 

 En définitive, la mort de Pius Njawé nous oblige à nous questionner : que doit-on retenir de nous ou léguer à la postérité après notre passage sur cette terre ?

 

 Pius Njawé va et repose en paix. Aux côtés de tes valeurs d’hier, Um Nyobé, Ouandié, Moumié, Ossendé Afana… et surtout de ta valeur fondamentale Jésus-Christ, prépare nous une place. Nous sommes en chemin. Mais en attendant la lutte, que tu as toujours menée, pour une société où les citoyens auront la paix en partage, la liberté en partage, l’amour en partage et la justice en partage se poursuivra.

 

A Dieu Pius Njawé.

Partager cet article

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
commenter cet article

commentaires

Textes De Juliette