Textes de Juliette

17 avril 2012
Sarah Halifa-Legrand

 


http://referentiel.nouvelobs.com/file/3465418.jpgCette fois, il n'y aura pas eu de grandes promesses. Certes, des mots circulent : transparence, immigration, aide au développement, gouvernance… Mais aucun des dix candidats à la présidentielle ne s'est lancé dans un discours de Cotonou, la fameuse profession de foi de 2006 du candidat UMP qui annonçait "une relation nouvelle" avec l'Afrique. Est-ce par manque d'intérêt ? Ou par crainte d'échouer ?

 

A en croire Nicolas Sarkozy, si personne ne s’y risque, à commencer par lui, c’est qu’il a rempli le contrat. Il avait promis d’en finir avec la "Françafrique" ? Eh bien, c’est chose faite : dans un entretien à la revue "Politique internationale" publié le 5 février dernier, il assure que ce gros mot n’a désormais "plus aucun sens".

 

Pour preuve, dit-il, "les réseaux occultes, les intermédiaires douteux, tout cela n'existe plus", les accords de défense secrets qui nous liaient aux pays de notre ancien pré-carré ont été renégociés et publiés et nous diversifions nos partenariats en Afrique au-delà des Etats francophones. Bref, il affirme construire une "relation équilibrée, décomplexée et transparente" fondée sur "l'exigence de démocratie et de bonne gouvernance".

 

Un échec de Sarkozy

 

Faux, objectent ses détracteurs. L’académicien et ancien ambassadeur au Sénégal, Jean-Christophe Ruffin, dresse dans "Jeune Afrique" un réquisitoire contre la politique africaine de la France de ces cinq dernières années : "Les clauses secrètes ont, certes, disparu, mais elles laissent la place à des arrangements informels non écrits qui ne sont pas moins opaques. (…) L'interventionnisme français en Afrique a rarement été aussi fort (…). Sauvetage militaire d'Idriss Déby Itno au Tchad, soutien au général putschiste Mohamed Ould Abdelaziz en Mauritanie, coup de pouce électoral à Ali Bongo au Gabon, intervention armée en Côte d'Ivoire, appui à la transition guinéenne, interventions armées au Niger contre al-Qaïda, intervention en Libye (…) La politique africaine doit peu au quai d'Orsay et beaucoup encore aux réseaux de toutes natures."

 

A ce tableau des plus noirs, il faut ajouter l’image désastreuse de la France que notre politique d’immigration a laissée dans les esprits africains, tandis que notre politique de développement est allée déclinant.

 

Sans oublier les péchés originels : le discours de Dakar, où l’on vit Nicolas Sarkozy se mettre à dos toute l’Afrique en assénant que "l’homme africain [n’était] pas assez entré dans l’histoire", et la visite en grande pompe de Mouammar Kadhafi à Paris. Une visite qui embarrasse désormais le chef de l'Etat, comme le montrent ses déclarations, ce mardi 17 avril, sur France Inter, où il s'est défendu d'avoir "frayé" avec le Guide libyen.

 

En finir encore et toujours avec la Françafrique

 

Sans surprise, la plupart des candidats partagent ce constat d'échec. Ils sont même convaincus qu'il faut reprendre le chantier depuis le début. Résultat, on nous promet une fois de plus la mort de ce cadavre qui n'en finit décidément plus de mourir : "la Françafrique".

 

François Hollande le premier, qui part cependant avec un lourd handicap : les années Mitterrand ont laissé une image du PS des plus mauvaises en la matière. Le candidat socialiste va-t-il faire table rase de ce passé ? Il s’engage, dans une interview donnée fin mars à afrik.com à faire "disparaître" cette "Françafrique", ses "officines", "à n’avoir qu’une seule politique, confiée à notre diplomatie et seulement à celle-ci", à en finir avec "le temps du paternalisme et de la condescendance", à établir des "relations avec l’Afrique entre égaux, entre partenaires de même rang" et à mettre un terme aux "rapports de domination, d'influence et d'affairisme pour les amis du pouvoir".

 

On croirait entendre un remake des annonces du candidat UMP de 2007. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé en conclut d'ailleurs, goguenard, dans "Jeune Afrique", que "les rares prises de position de M. Hollande ou de son porte-parole, M. Fabius, (…) ne sont qu'un mauvais copier-coller de ce que nous faisons."

 

La "doctrine hésitante" du PS

 

S’il est élu, Hollande réussira-t-il là où Sarkozy a échoué ? Jean-Christophe Ruffin voit dans le manque "d'expérience africaine" du candidat socialiste un défaut qui pourrait très bien s'avérer, in fine, être un atout si Hollande joue la carte de l'"homme neuf".

 

Quelqu’un comme Thomas Mélonio, responsable de l'Afrique au secteur international du PS, pose des idées sur la table qui pourraient faire pencher la balance de ce côté : développement de la coopération avec les Organisations non gouvernementales, intégration des dispositifs militaires dans les cadres de l’Union européenne, gestion collective des politiques de coopération internationale…

 

Mais Hollande va devoir compter avec tout l'aréopage des caciques socialistes qui ont tissé, au fil des années, des liens pas toujours très recommandables sur le continent : Laurent Fabius, Michel Rocard, Jacques Attali, Jack Lang, Jean-Marie Le Guen, Jean-Christophe Cambadélis…

 

On se souvient combien le PS a peiné à prendre position sur le coup de force de son ancien ami Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire. Tout comme Sarkozy avait consacré au Gabon son premier déplacement sur le continent en juillet 2007, le premier voyage de Laurent Fabius, chargé des questions internationales dans la campagne de François Hollande, l'a conduit à Libreville, le 14 février dernier, pour y célébrer les "excellentes relations" franco-gabonaise. Il est vrai qu'Ali Bongo a pris, avec la bénédiction présumée de la France, la succession de son père Omar, grande figure de la Françafrique, lors d'une élection des plus douteuses. Cette "doctrine hésitante" du PS, comme la qualifie l'association Survie, n'est pas des plus prometteuses.

 

Reste qu'il est urgent de modifier le logiciel français : l'Afrique change à toute vitesse. Une Afrique qui "exige un sérieux effort d'imagination dont la France est pour l'instant pathétiquement dépourvue si l'on en juge par la stupidité de ses politiques en matière de lutte contre les narcotiques, l'immigration et l'islamisme", observe amèrement Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS, dans son blog sur Mediapart.

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