Textes de Juliette

21 mars 2012
Jean-Claude Gbaguene

 

Il y a 9 ans, Bozizé pénétrait par la force dans Bangui sous les ailes des troupes d’élite tchadienne avec l’onction de certains chefs d’Etat de la sous-région et de la France. La communauté financière internationale a suivi avec un appui financier massif de l’ordre de  700 milliards de F CFA. 

 

http://contreinfo.info/IMG/jpg/bozize-2.jpgEt dès le début de son règne, Bozizé a placé ses alliés alimentaires et sa proche famille au dessus de la loi.  Ces «intouchables» se sucrent sans état d’âme sur le dos du pays. Aucun secteur d’activité ne leur échappe : les marchés publics, le commerce de bétail, de diamant, de bois, le commerce des matériaux de construction etc …. En 9 ans, la RCA compte une dizaine de milliardaires  autour de Bozizé. Au mépris des droits élémentaires de l’homme, des crimes crapuleux ont été commis dans l’indifférence totale. Même les criminels connus de tous, restent impunis et bien au contraire sont promus à des fonctions plus importantes. L’odieux assassinat des commissaires de police Hervé Trepasse et Daniel Sama sont encore présent dans la mémoire des Centrafricains. 

 

Bozizé réussit par la peur et les intimidations à  régner  sur une population silencieuse et soumise,  et nourrit secrètement  l’espoir de passer à terme, la main à son fils Francis Bozizé ou à son parent Sylvain Ndoutingai. Aujourd’hui, l’illusion des Centrafricains devient réalité, mais une réalité cauchemardesque. Eux qui voyaient en lui le « libérateur » qui allait enfin apporter la prospérité, ramener la sécurité des personnes et des biens, et une paix durable pour tous. Il n’en est rien. Lui qui devrait aussi incarner la justice et imprimer sa vision d’un avenir meilleur qui placerait notre pays sur le même piédestal que ceux de la sous-région. Il a failli lamentablement. Il a fait de la RCA la risée des autres pays étrangers en commençant par les pays voisins. Amère désillusion! Son manque de charisme et de vision pour le pays l’amène à s’occuper personnellement des moindres détails de fonctionnement de l’Etat en plus de ses tâches de Chef de l’Etat.

 

François Bozizé Yangouvounda, le ministre de la justice de fait

 

Il est ministre de la justice de fait car c’est à lui que revient les décisions finales de justice. N’est -ce pas lui en personne qui a rendu à Fidèle Ngouandjika son passeport pour qu’il soit libre de ses mouvements ? Le Chef de département, Firmin Findiro demeure toujours quant à lui, Procureur de la République de fait. N’est-ce pas lui qui dans son bureau, a notifié à Jean-Jacques Demafouth qu’il a préalablement convoqué, son arrestation ?

 

Ensemble, ils ont détruit les acquis de la magistrature dont l’ancienneté dans la fonction judiciaire. Des magistrats expérimentés, hors hiérarchie qui lisent « le droit positif centrafricain » ont été mis à la retraite anticipée ou ramenés au ministère pour être subordonnés à FINDIRO et s’occuper des tâches administratives. Ils ont été remplacés exprès par des juges jeunes et inexpérimentés, pleins de reconnaissance et de zèle qui ne répondent qu’à lui. Ils ont par la même occasion, détruit la fondation même de la sagesse de notre pays et l’indépendance de notre système judiciaire.  Findiro a délibérément muté au tribunal de Bangassou en guise de sanction  le juge qui a présidé le tribunal correctionnel qui a rendu le verdict dans le procès contre les journalistes Faustin Bambou et Cyrus Sandy qu’il a trouvé trop léger à ses yeux.

 

Selon le «droit positif bozizéen» applicable à la bozizie, le délit communément appelé «diffamation ou outrage» se lit  «le délit d’orgueil», terme très prisé de Firmin Findiro pour justifier les arrestations arbitraires. Toujours, dans le « droit positif bozizeén »,  le délai de garde à vue est illimité au lieu  de 24 heures ou au plus de 48 heures dans le « droit positif centrafricain »; la présomption d’innocence l’exception; la charge de la preuve revient à l’accusé ; l’inculpation d’office devient un mode opératoire et la recherche de la preuve intervient après.

 

C’est en vertu du « droit positif bozizéen » que Jean Jacques Demafouth a été gardé à vue pendant un mois et inculpé sans éléments probants ou que Mme Balemby est maintenue en prison des femmes de Bimbo nonobstant l’ordonnance de mise en liberté  prise par un magistrat attitré de la chambre d’accusation de la Cour d’Appel. C’est au nom de ce même droit que les rejetons Bozizé rackettent comme des voyous, les Centrafricains. La Section de Recherche et Investigation (SRI) la police politique, devient une machine de prédation et de répression.  Les détentions arbitraires de simples citoyens pour leur extorquer de l’argent sont monnaie courante. Aucun président centrafricain n’a jamais auparavant, exposé autant sa progéniture.

 

Peut-être ignore-t-il encore que la justice est un pouvoir qu’aucun être humain n’a jamais réussi à contrôler ?  La justice est au-dessus de tous, quel que soit son rang social.  La justice est patiente mais aveugle.  Sans doute l’apprendra-t-il un jour !  On dit que la justice est comme l’eau, même si on veut la retenir, elle vous coule entre les doigts.

 

Il doit aussi savoir qu’un pays est paisible et prospère que lorsque son système de justice est fort, indépendant et efficace.  Une justice indépendante encourage des personnes intègres à respecter la loi  et même des gens qui ont des démêlés avec cette même justice de faire entendre leur voix.  Si le simple citoyen n’a pas confiance en la justice de son pays, il se fera justice lui-même, ce qu’on appelle « justice populaire ».

 

En novembre 2011, un élément de la garde présidentielle était intervenu pour s’interposer entre deux bagarreurs. Il s’est servi de son ceinturon et a touché l’un des deux bagarreurs à la nuque et il a succombé à la suite de sa blessure. La population en colère, excédée par les exactions de cette unité, a réagi immédiatement. Le soldat a été lynché sur le champ avec des jets de pierre. Les locaux abritant les éléments de la Garde présidentielle ont été saccagés et incendiés.

 

En décembre 2011, suite à un accident mortel à Bégoua où une voiture appartenant à un membre du gouvernement avait  heurté un conducteur de taxi moto, une partie de la population, dont les membres de la famille du défunt, avait manifesté avec l’intention d’incendier le véhicule. Finalement, ce sont les pneus qui seront détruits. Il y a bien d’autres cas encore.

 

L’existence dans un Etat d’une institution judiciaire constituée de magistrats indépendants, jugeant selon les lois, est un signe clair de bonne santé sociale mais en Centrafrique aujourd’hui sous Bozizé, la justice réellement indépendante n’existe pas. Bien d’autres avant lui ont essayé de museler la justice, où sont-ils maintenant?

 

François Bozizé Yangouvounda, intendant Général de son état

 

Il s’est occupé personnellement depuis 2004 des recouvrements des recettes et des arbitrages des dépenses de fonds publics de la Centrafrique ; du jamais vu dans la sous-région voire dans le monde. Il cumule cette fonction avec celle de la défense. Cette situation qui est loin d’être exceptionnelle perdure depuis 8 ans et place la Centrafrique dans la catégorie des pays fragiles et faillis. Comme aide de camp de Bokassa, il a compris que les fonctionnaires sont à l’origine de la chute du régime de son ex-patron.  Sans hésiter, il a établi l’équation que longévité au pouvoir = paiements de salaires de fonctionnaires. Une obsession : veiller personnellement aux paiements réguliers des salaires des fonctionnaires au point de vider le Trésor Public et de solliciter dangereusement les banques de la place. Une décision louable ! Mais seulement, les pratiques mafieuses et la corruption généralisée dans les régies financières rend difficile la tâche de mobilisation importante des ressources internes.

 

Il ne comprend pas que les concours financiers extérieurs destinés à assainir l’économie permettront de  créer les conditions favorables à l’investissement  afin d’élargir la base fiscale des recettes de l’Etat. Mais hélas une partie de ces aides passe à la trappe des salaires si elles ne sont pas purement et simplement détournées. Les caisses de l’Etat sont vides et le pays continue son plongeon dans le chaos économique, financier et politique. Suite à des sorties de sommes « inimaginables » et non justifiées, les donateurs floués, ont coupé temporairement les robinets financiers. Aujourd’hui, les banques locales ne font plus confiance à l’Etat Centrafricain.  Elles sont censées financer  aussi l’économie nationale  mais l’Etat devient leur gros client avec un compte délinquant d’au moins 15 milliards de FCFA, sans compter les intérêts.

 

Les anciens combattants s’en mêlent, eux aussi, et exigent le paiement de leurs  pensions à coup de manifestations. Il les envoie au diable. Pourtant le paiement des retraites fait partie des dépenses obligatoires.

 

François Bozizé Yangouvounda, gérant principal des entreprises et offices publics

 

Il est devenu le gérant principal de toutes les entités publiques de la Centrafrique suite à sa décision de dissoudre leur conseil d’administration. Il a crée un conseil d’administration central de toutes ces entités qu’il a logé au sein de la Présidence et qu’il dirige lui-même avec des personnalités connues pour leur dévouement qu’il peut contrôler au quotidien. Ce comité est chargé de mener toutes les opérations de caisse avec l’aide des forces de l’ordre et de faire les arbitrages de dépenses en fonction des programmes d’emploi. Mais c’est lui qui tranche en dernier ressort.  Mais pourquoi avoir pris cette décision qui semble dénué de tout bon sens ?

 

Combien de sociétés ont-elles  été auditées ? Avant de décider de la dissolution des entités, les institutions de contrôle telles que la Cour des comptes, l’inspection générale d’Etat ou l’Inspection des finances ont-elles effectué des contrôles ? Sur quelle base, le Porte-parole du gouvernement a-t-il déclaré que toutes les entités publiques sont en faillite ?

 

Le but inavoué de cette opération est d’avoir les moyens pour augmenter la marge de manœuvre financière de l’Etat mise à mal par le retrait des financements extérieurs et la faible mobilisation des ressources nationales.

 

Autre motif caché de  cette opération, c’est de confisquer les ressources des entreprises, sociétés et offices publics qui constituent habituellement des vaches à lait aux chefs de département qui se sont rapidement enrichis. Il faut noter aussi que les ¾ des ressources sont allouées au fonctionnement au détriment des investissements.  Ce n’est pas étonnant que le banguissois n’a pas d’électricité ni d’eau potable. Les dirigeants de certaines de ces entités publiques roulent dans des véhicules de luxe et mènent grand train de vie princier. A titre d’exemple, l’ENERCA a acheté des véhicules de luxe pour plus de 400 millions de F CFA sur les 7 milliards de F CFA de créances de l’Etat rétrocédées à la dite société. Il est bien au courant de ces gabegies et y mettre fin n’est pas le but recherché pour ne pas mécontenter ses  parents qui dirigent la plus part de ces sociétés. L’ENERCA, l’ORCCPA, l’ICRA, l’ANDE, la SODECA, la Mairie de Bangui … ne sont dirigés que par des gbayas de Benzambé, de Soungbé, de l’Ouham Bac ou de Bossangoa centre. Par exemple, le cas flagrant de l’ENERCA où le Directeur Général, M. Samuel Tozoui, gbaya lui aussi, est gravement malade et se trouve en France depuis plus de deux ans en soins médicaux. Son intérim est assuré pendant toute cette période et jusqu’à ce jour par une incompétente directrice commerciale, Mme Elisabeth Kofio, elle-aussi gbaya.

 

Avec un peu de bon sens, il devrait commencer par l’audit de ces entités publiques.  Ensuite, il devrait, le cas échéant limoger et arrêter les dirigeants pour fait de prédation ou détournements présumés, suivis de procès. Les ministres Fidèle Ngouandjika ou Thierry Maleyombo qui ont maille à partir avec la justice, ne devraient pas être en liberté pour narguer les Centrafricains comme ils le font.

 

Enfin, il devrait procéder à la nomination de nouveaux dirigeants pour leurs qualités professionnelles et non pour leur fidélité politique ou leur appartenance ethnique. Son esprit de prédateur lui dicte de protéger les criminels plutôt que de les sanctionner. Une décision bien calculée, car le dragon ne peut pas écraser le petit serpent local qui fait sa force.  Ces criminels se sentent désormais redevables au prédateur d’une part.  Pourquoi le rapport Garama, d’audit et de réforme  sur l’ENERCA n’a pas été publié ? Pourquoi l’audit sur la gestion des Postes et Télécommunication n’a pas été suivi d’effet ? Et que dire de celui sur la gestion de la CEMI par le vrai faux pasteur Joseph Binguimale?

 

Peu lui importe si les hôpitaux manquent de médicaments, d’oxygène ; si les routes deviennent des tombeaux ouverts. Tant pis pour tous les autres Centrafricains ; tant pis pour les partenaires extérieurs qui subventionnent ces entités en faillite et qui ne comprennent pas où vont leurs contributions ; tant pis pour les hôtels qui manquent de papier hygiénique et autres produits d’entretien. Il n’y a qu’en Centrafrique où le génie de président cherche à exécuter des tâches subalternes pendant que partout ailleurs, les présidents en ont plein les bras et délèguent des responsabilités à leurs collaborateurs.  Quand va-t-il penser à créer des richesses pour notre pays au lieu de perdre ton temps à mal gérer les maigres ressources existantes ?

 

Bozizé a réussi à rendre le fonctionnement de tout un pays comparable à la celui d’un quartier populaire où il en est le chef.  La Centrafrique navigue aujourd’hui dans le brouillard total.

 

François Bozizé Yangouvounda, Docteur Honoris Causa de l'Université de Bangui 

 

Il s’est vu décerner le titre de Docteur Honoris causa pour semble t-il « ses multiples actions en faveur de l’Université de Bangui ». Lui qui a déclaré n’avoir jamais mis  pied à l’université ni ses enfants. 

 

Or la distinction de docteur honoris causa est décernée en général  à  une haute personnalité pour saluer le parcours exceptionnel,  intellectuel, politique ou philanthropique. Après des études sanctionnées par un doctorat en Maths,  Maître Abdoulaye Wade a reçu cette distinction de l’Université de Montpellier I en mars 2009 ; de l’Université d’Auvergne en Octobre 2002 et de  l’Université de Rabat en juin 2011, des universités  étrangères.

 

L’obtention du diplôme de doctorat proprement dit nécessite des années de durs labeurs et d’immenses sacrifices. Et, si vous assistez à la remise en bonne et due forme, d’un diplôme de doctorat, vous voyez tout de suite l’émotion qui s’y dégage.  Certains récipiendaires émus vont jusqu'à verser des larmes pour le prix payé  pour une couronne qui n’a pas d’équivalent sur terre.  C’est pour cette raison que la carte de visite  d’une personne qui a fini un doctorat porte toujours le titre suivi du prénom et nom de la personne.  Comme exemple : Docteur, Moléngue ti Kodoro…, . On sait tout de suite à qui on a affaire et on ne peut que lui vouer du respect.

 

Pourquoi le Ministre de l’Enseignement supérieur et la Rectrice de l’Université de Bangui  ont-ils décerné cette distinction à Bozizé ? Est-ce qu’ils sont  en quête de promotion ou l’ont-ils fait par coterie partisane ?

 

Bozizé n’aime pas les intellectuels et surtout leurs discours qu’il juge creux. Rappelons-nous de  ses discours aux magistrats en grève en 2008 ou encore ceux adressés aux enseignants de l’Université de Bangui en grève en où il avouait n’avoir jamais pied à l’Université ? L’Université de Bangui compte aujourd’hui plus de 10 000 étudiants pour des infrastructures délabrées et inadaptées qui contiennent à peine 1000 étudiants.  Elle a son propre orchestre, mais pas de centres de recherches ni de bibliothèque qui n’existe que de nom.  L’Université vient d’être dotée d’un amphithéâtre de 1000 places baptisé «amphithéâtre Yangouvounda Bozizé» qui ressemble à s’y méprendre à une église.  Alors que la norme élémentaire et incontournable d’un amphithéâtre est de ressembler à une estrade, comme les tribunes d’un stade de football.

 

Aussi, à l’Université de Bangui, l’obtention des diplômes ne répond plus aux normes académiques mais à certains critères de sélection dictés par le pouvoir et dont l’étude et l’assiduité aux cours en sont exclues.  Les Ministres et certains fonctionnaires de l’Etat achètent les diplômes comme de petits pains.   Des ministres en ont même profité pour devenir maîtrisards en un temps record, à l’instar de l’actuel ministre de la Santé,  Jean-Michel Mandaba.

 

Quand posera-t-il la première pierre pour la construction d’une nouvelle université promise et annoncée tambour battant pendant la campagne électorale de 2005 ?

 

Son attitude ressemble étrangement à celui d’une fin de règne.  Reste à savoir s’il fera une sortie en beauté ou pas.  Bokassa a passé 14 ans au pouvoir avant d’être remercié par la France.  Kolingba est resté 12 années au pouvoir, il est parti contre son gré.  Patassé a passé 10 années au pouvoir. Il sait mieux que quiconque, comment il l’a fait partir.

 

A la lumière de ce qui se passe à Bangui, la loi de la gravité politique en Centrafrique converge vers dix ans en moyenne.  Il vient de passer 9 années au pouvoir.  Sans doute a t-il raison d’être paranoïaque ?

 

Feu Félix Houphouët-Boigny aimait à dire qu’il y a trois sortes de folie : la première, lorsqu’on a rien au départ et que l’on gagne tout ; la seconde est lorsqu’on perd tout pour se retrouver avec rien et la dernière est la vraie folie.  Par la quelle Bozizé est-il atteint ?  Difficile à dire pour le moment.  Peut-être qu’un avenir proche nous le dira.

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