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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 19:11

12 juin 2010

CongoForum

 

Revue de la presse congolaise

Il  y a du nouveau dans l’affaire Chebeya et c’est bien sûr le sujet dominant d’actualité traité par les journaux kinois. Les faits nouveux sont la fin de l’autopsie et  la mise en résidence surveillée du général Jean de Dieu Oleko dans l’affaire Chebeya. Il ne semble pas y avaoir de lien entre ces deux faits.

Autopsie

Cette nuit, l’ambassade des Pays-Bas, relayée presque simultanément  par AFP, la Monuc puis Le Potentiel, a annoncé la fin de l’autopsie. La nouvelle est même accompagnée d’une photo de « l’équipe », un peu comme s’il s’agissait d’un match de football.

L'autopsie de Chebeya "n'exclut pas l'usage de la violence" (dit AFP) dans la mort du militant congolais des droits de l'homme Floribert Chebeya, mais la cause du décès n'est pas encore établie avec certitude, selon des résultats partiels de l'autopsie.
"
Aucune cause de la mort n'est encore établie de façon certaine. Tout en n'excluant pas l'usage de la violence, l'autopsie n'indique, jusqu'ici, aucun signe de violence excessive" sur le corps du militant retrouvé le 2 juin sur une route de Kinshasa, affirme l'ambassade des Pays-Bas en RDC après l'autopsie réalisée par des Néerlandais.

 "Des recherches complémentaires seront effectuées de façon approfondie dans plusieurs instituts aux Pays-Bas" pour connaître les causes de la mort de Chebeya, sur la base de prélèvements effectués vendredi à Kinshasa par l'équipe de médecins légistes néerlandais assistée par un expert médico-légal congolais, précise un communiqué de l'ambassade.
Les résultats définitifs de cette autopsie seront connus "d'ici trois à cinq semaines", souligne l'ambassade. "L'équipe néerlandaise a quitté Kinshasa ce (vendredi) soir", ajoute le texte.   

(Le corps de Floribert Chebeya ayant été retrouvé sans vie le lendemain du rendez-vous, qui n'a pas eu lieu, avec le chef de la police, le général John Numbi, à l'arrière de sa voiture, les mains liées dans le dos et portant des traces de coups, sur une route en périphérie de Kinshasa, on soupçonnait depuis un bon moment que « l’usage de la violence n’était pas exclu » ! Sur ce point, on enfonce une porte ouverte  et le PGR avait déjà qualifié officiellement les faits de « meurtre » avant que l’autopsie ait lieu. L’apport des experts étrangers, dans ce cas précis, était surtout d’assurer que des prélèvements soient effectués dans les régles de l’art et envoyés dans de bonnes conditions à des laboratoires qui n’existent pas en RDC NdlR).L’Avenir rapporte que compte tenu de la complexité de l’opération et étant donné que l’on ne peut se permettre une quelconque erreur d’appréciation, il faudra attendre le rapport final sur les conclusions de cette autopsie dans trois à cinq semaines. Ils seront communiqués au Procureur général de la République pour les besoins de l’enquête. Ce dernier, à l’issue des investigations, communiquera ces résultats à la famille du disparu.  

Funérailles le 30 juin  

M. Chebeya, considéré désormais par les ONG locales de droits de l'homme comme "un martyr", sera inhumé le 30 juin pour lui "rendre hommage" au cours de cette journée "sacrée", qui marque aussi la commémoration du Cinquantenaire de l'indépendance de l'ex-Congo belge, a annoncé Me Kayembe, porte-parole des ONG congolaises, toujours d’après le même communiqué d’AFP.  Ce jour-là, un grand défilé officiel est prévu à Kinshasa, auquel doivent assister le président Joseph Kabila et le roi des Belges Albert II.
(Il semble bien que l’on ait fini par se dire, à Kinshasa « Puisque ce mouvement nous échappe, feignons d’en rendre la tête » et décidé d’intégrer les funérailles de Chebeya dans les fêtes du Cinquantenaire plutôt que d’essayer qu’elles se fassent à un autre moment.
Les médecins légistes, en demandant un délai de 3 à 5 semaines pour leurs travaux de laboratoire, ont rendu un signalé service aux autorités congolaises en leur procurant un répit qui va au-delà du 30 juin. Accepter le « pluralisme » de l’autopsie, admettre les funérailles au 30 juin, ce sont là de bons moyens de « relâcher la pression » NdlR).

Et c’est probablement comme un autre moyen d’apaiser l’opinion publique en lui « jetant un os à ronger » qu’il faut considérer la mise en cause croissante des cadres supérieurs de la police, qui continue à être dans le collimateur des ONG . "Nous sommes convaincus et sûrs que l'enquête va aboutir à cela: Floribert Chebeya a été torturé dans les locaux de la police et il en est mort", a affirmé vendredi un porte-parole des ONG congolaises, Me André-Marie Kayembe.(AFP)  

Mise en cause de Jean de Dieu Oleko  

« Rebondissement dans l’affaire Chebeya : Le Général J. Oleko en résidence surveillée ». Ce titre apparaît en gras et en manchette du Potentielde ce samedi, qui illustre sa manchette avec une photo de l’équipe des médecins légistes congolais et néerlandais ayant pratiqué l’autopsie sur la dépouille de Floribert Chebeya, et note que l’enquête sur la mort de Chebeya révèle chaque jour de nouveaux détails.
La dernière information est, bien sûr, la mise en résidence surveillée du général Jean de Dieu Oleko, inspecteur provincial de la police nationale pour la ville de Kinshasa. Le este de l’article ne fait que citer le communiqué dont il a été question plus haut.

La Prospérité signale également la mise en résidence surveillée du général Jean de Dieu Oleko. D’autres arrestations ont été opérées dans les rangs des officiers de la police. Il  cite le cas du major Kitulwa Amisi Georges, déféré devant l’Auditorat militaire. Selon des sources dignes de foi, les services de sécurité sont déterminés à traquer les assassins de Floribert Chebeya jusque dans  leur dernier retranchement. « Cette fermeté est une réponse à la détermination du chef de l’Etat à tirer au clair cette affaire ténébreuse qui tarde encore à livrer son auteur intellectuel, ses complices et ses exécutants ».

(Passons sur « la détermination du Chef de l’Etat » qui devient de plus en plus un ingrédient obligé de tout discours officiel. On lira bientôt que « inspirées par la vision de Joseph Kabila, les vaches congolaises ont donné plus de lait ». Le culte (électoral) de la personnalité est ridicule partout, même en RDC ! On imagine mal, n’importe où dans le monde, et donc même à Kinshasa, que la police annonce qu’elle prend les enquêtes criminelles par-dessous la jambe, parce qu’elle a autre chose à faire, qu’on est très pris par les préparatifs du mariage de la plus jeune fille du commissaire ou par le championnat de belote de la police ! Pourquoi diable insister presque journellement sur le fait qu’on a l’intention de faire son travail, lequel, dans la police, consiste entre autre à traquer les assassins ? Si tout le monde agissait de la sorte, les bouchers diffuseraient des communiqués pour dire que, bien entendu en application de la pensée de Kabila, ils vont trancher de la viande, les conducteurs de bus, qu’ils seront au volant et, pourquoi pas, les filles légères qu’elles se tiendront, sur leur trottoir habituels, à la disposition des messieurs ayant de quoi se payer une bonne secousse. 

Cette débauche de proclamations ne peut avoir qu’un sens : elle est proportionnelle au scepticisme au scepticisme de la population et une telle abondance de déclarations ne peut signifier qu’une chose : pratiquement plus personne ne croit à la détermination et à l’honnêteté des policiers chargés d’une enquête.

Ce qui ramène une question : de quelle manière la crédibilité et la transparence seront-elles assurées non pas dans l’autopsie, qui n’est qu’un acte isolé, mais bien dans l’enquête de police elle –même ? NdlR)

Parallèlement à cette action, rapporte La Prospérité, le Procureur général de la République (PGR) est monté au créneau, jeudi dernier, pour annoncer, au regard des éléments d’enquêtes en sa possession, qu’il s’agit d’un meurtre. Le PGR n’a pas non plus exclu que cette qualification change au fur et à mesure que les enquêtes apportent d’autres éléments.

(La mise en cause d’Oleko amène un autre détail croquignolet. L’officier de police a été mis en résidence surveillée, ce qui était aussi le cas, il y a quelques jours, du député Mukonkole. Dans le cas de ce dernier, la résidence surveillée l’a tout simplement mené à Makala, le PGR expliquant qu’on ne pouvait le laisser résider chez lui, parce que cela aurait étendu la surveillance policière à ses proches, femme, enfants, parents, etc…  En bonne logique, le même raisonnement devrait s’appliquer à Oleko et celui-ci devrait également se retrouver « au gnouf ». Ou alors, faut-il penser qu’Oleko est le seul Congolais à habiter vraiment seul ? NdlR)  

Une nouvelle « théorie du complot ».  

Afrik’com est un site Internet basé à Paris et diffusant des informations sur l’Afrique et généralement sur tout ce qui concerne la diaspora « black ». A propos de l‘affaire Chebeya, il a mis en ligne une interview de Jean-Paul Mopo Kobanda, juriste et chercheur à l’Université de Paris 1, qui a longuement travaillé sur les crimes de guerre dans la région des Grands Lacs. http://www.congoforum.be/fr/interviewsdetail.asp?subitem=&id=168245&interviews=selected

 Il émet la théorie suivante : « L’assassinat de Floribert Chebeya a été perpétré dans un contexte de coup d’Etat manqué qui devait avoir lieu à la fin du mois de mai 2010, à Kinshasa, et coïncider avec le voyage de Joseph Kabila, à Nice, pour participer au sommet France-Afrique. John Numbi est soupçonné d’être un des éléments clés du dispositif qui projetait ce coup de force. Ce n’était pas la première fois que le nom de John Numbi était associé à un projet de coup d’Etat. Mais l’analyse des évènements concordants ont fini par convaincre Kabila de l’imminence du projet. Je vous donne un exemple : il y a un mois, 17 millions de dollars sortis de la BCC (Banque centrale du Congo) et destinés à financer l’équipement technique destiné aux contrôles biométriques effectués par la Police nationale ont été logés sur le compte personnel de John Numbi à Rawbank. Cet argent prêté par la BIAC (Banque internationale pour l’Afrique au Congo) à l’Etat congolais avec un taux d’intérêt élevé est gagé sur l’exportation de cobalt. Seulement 110 ordinateurs (PC) auraient été commandés. C’est vous dire si John Numbi a de la trésorerie pour soutenir un coup de force. Quand Joseph Kabila annule au tout dernier moment son voyage à Nice, il ne lâche plus John Numbi qu’il demande à ses services de surveiller discrètement. Kabila avait pourtant confirmé sa présence aux autorités françaises et sa participation à une réunion sur les Grands-Lacs qui devait se tenir en marge du sommet avec différents protagonistes, dont le président rwandais, Paul Kagame.  

Q : Quel rapport avec Floribert Chebeya ? 

R : Il est victime d’un enjeu de pouvoir entre Joseph Kabila et John Numbi. Son militantisme et sa défense acharnée du peuple congolais ont fourni à ses tueurs un prétexte mais ne constituent pas les seules causes de son effacement.  

Q : Quelle aurait alors été la motivation exacte de John Numbi pour le faire assassiner ? 

R : En tant qu’Inspecteur général de la police nationale, John Numbi ne peut tuer d’opposants que dans l’intérêt du régime qu’il défend et si son chef lui en donne ordre. Il semble néanmoins qu’un fait médiatique majeur aurait pu être le facteur déclencheur du coup de force qui se préparait. Rien ne nous dit avec certitude que M. Numbi est l’ordonnateur final de l’assassinat car il avait plus à perdre à tuer Chebeya en lui donnant rendez-vous dans les locaux de la police nationale qu’à gagner. On n’assassine pas un défenseur des droits de l’homme « mondialement connu » en lui fixant au préalable un rendez-vous officiel. N’importe quel apprenti tueur procéderait autrement. Dans d’autres assassinats politiques, le régime avait procédé autrement pour atteindre les cibles visées. On voit bien qu’un piège a été tendu et refermé sur John Numbi, considéré comme un pilier important du pouvoir kabiliste. Etait-il devenu encombrant et incontrôlable ?  

Q : Le colonel Mukala (sic) serait passé aux aveux, une autre personne que M. Numbi aurait pu donner l’ordre d’assassinat ? 

R : Arrivé vers 17h00 dans le bureau du colonel Daniel Mukalay qui a remplacé le célèbre colonel Raus Chalwe à la tête de la Direction des services spéciaux de la police depuis 3 ans, M. Chebeya a été aussitôt étranglé. La consigne n’était apparemment pas de l’intimider. Si l’ordonnateur de cet assassinat avait voulu laisser suffisamment de traces compromettantes pour permettre la localisation des exécutants, il ne se serait pas pris autrement. La tentative de déguisement de l’assassinat en une aventure extraconjugale qui tourne mal est aussi grossièrement montée pour ne pas être crédible.  

Q : Le gouvernement congolais annonce la suspension de John Numbi et non son arrestation ? Comment interprétez-vous cette décision ? 

R : Il y a deux interprétations possibles. Face à la gravité de l’acte qui est ici en cause, soit le gouvernement congolais dispose de plus d’éléments à charge contre John Numbi et doit le déférer illico devant la justice et le placer en détention provisoire. Ça, c’est le travail du procureur général de la République. Mais encore faut-il qu’il ait les mains libres. Soit il n’y a pas de charges et cette mesure purement administrative n’a qu’une valeur symbolique et momentanée pour faire passer la tempête médiatique… La réalité dépasse ces deux cadres logiques parce que, jusqu’ici, ce sont exclusivement les services de sécurité qui diligentent les enquêtes sous la coordination directe de la présidence de la République. Cette attitude est à analyser au regard d’une part de la forte pression médiatico-politique tant au niveau national qu’international qui nécessitait des gages rapides de justice de la part du gouvernement congolais. D’autre part, la place que John Numbi a pu se construire au sein du régime kabiliste ces dernières années est très stratégique. Il est celui à qui Joseph Kabila confiait des missions délicates comme les accords avec le CNDP de Nkundabatware, la répression de Bundu Dia Kongo (BDK) et l’intervention de l’armée rwandaise dans l’Est du pays. M Numbi a pu ainsi mettre sous son commandement un important dispositif sécuritaire constitué d’un bataillon (SIMBA) d’hommes mieux dotés en armement et bien payés qui n’obéissaient qu’à lui seul. D’ailleurs, je remarque qu’une fois la décision de suspension de M Numbi a été rendue publique, sa ferme au Katanga a été perquisitionnée sur ordre de la présidence et la décision de regrouper les éléments du bataillon SIMBA éparpillé entre Goma, Kinshasa et Katanga a été ordonnée. Il est même question de les exfiltrer de la police nationale pour les réintégrer au sein des forces aériennes, leurs unités d’origine. Je souligne enfin que Numbi a tissé des liens solides avec plusieurs chancelleries africaines et occidentales. L’émotion forte suscitée par l’assassinat de Floribert Chebeya tant sur le plan national qu’international est un alibi rêvé pour Kabila pour se défaire d’un pareil allié devenu au fil de temps encombrant et dangereux pour le régime.  

Q : La mort de Chebeya ne nuit-il pas plus au régime de Kabila qu’elle ne lui profite ? 

R : La vraie question est à mon avis : à qui profite le crime ? Pour le moment, le bénéficiaire s’appelle Joseph Kabila car l’assassinat lui permet de faire d’une pierre deux coups : se débarrasser d’une part d’un défenseur des droits de l’homme devenu redoutable pour son régime et très écouté tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ça fait moins des dénonciateurs et décourage ceux qui veulent suivre le même chemin. De l’autre côté, l’alibi lui est fourni d’éloigner le danger que commençait à présenter John Numbi. Seulement, le régime ne pouvait mesurer à l’avance l’émotion internationale que ce crime allait susciter. C’est peut-être l’assassinat de trop pour ce régime qui s’en était toujours sorti impunément jusque-là. En tout cas, l’avènement d’un Etat démocratique où la vie des citoyens, leurs droits et libertés sont respectés n’est pas possible en RDC tant que les assassinats politiques seront systématiquement utilisés comme arme de dissuasion par le régime. »

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Published by Juliette Abandokwe - dans RDCongo
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