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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 23:09

1er décembre 2009

Aurélie Carton 
Amnesty International

 

 

NIGERIA. Cent jours après la publication du rapport d’Amnesty International sur le fléau de l’or noir dans le Delta du Niger, l’organisation a fait un premier bilan et maintient la pression sur le gouvernement nigérian et sur Shell, principal acteur pétrolier dans le pays. Premier bilan. 

 celestine akpobari

 

Celestine AkpoBari dénonce l’obsession pétrolière 


«À Paris, j’ai dormi comme un bébé car pour la première fois de ma vie, je respirais de l’air frais»., plaisante, débonnaire, Celestine AkpoBari qui appartient au peuple ogoni vivant dans l’État de Rivers au sud du pays. Le militant situe d’emblée son engagement dans le sillon de la figure charismatique de cette communauté, l’écrivain Ken Saro-Wiwa, exécuté en 1995 après un procès gro- tesque. « Ken s’est opposé aux activités de Shell qui a exploité notre territoire de 1958 à 1993. Voyageant beaucoup, il s’est rendu compte du double standard entre le partage des revenus tirés du pétrole au Texas et celui que l’on connaît au Nigeria. En Afrique, là où vous avez du pétrole, vous avez la pauvreté et la violence ».


Issu d’une famille de fermiers, Celestine a travaillé dans une plantation de palmiers pour financer ses études à l’université. Choqué de voir les managers disposer de l’air conditionné tandis que les travailleurs s’entassent comme du bétail dans les camions, il s’investit dans le syndicalisme. Par le biais d’actions non-violentes, il obtient une sorte de mutuelle de santé, des augmentations de salaires et des bourses pour que le personnel puisse étudier.

 

 Issu d’une famille de fermiers, Celestine a travaillé dans une plantation de palmiers pour financer ses études à l’université. Choqué de voir les managers disposer de l’air conditionné tandis que les travailleurs s’entassent comme du bétail dans les camions, il s’investit dans le syndicalisme. Par le biais d’actions non-violentes, il obtient une sorte de mutuelle de santé, des augmentations de salaires et des bourses pour que le personnel puisse étudier. se souvient-il.

 

 En 2005, conscient des tentatives menées par le gouvernement pour détourner les militants de la lutte contre la pollution pétrolière, Celestine reprend le flambeau au sein du Forum de solidarité Ogoni du Nigeria. Une pollution encore bien visible : rivières désertées par les poissons, terres rendues incultes, problèmes respiratoires et lésions cutanées des habitants. Aujourd’hui, son mouvement demande des compensations financières, un travail de dépollution et l’annulation du jugement qui a conduit à la pendaison de Ken Saro-Wiwa. « Quand on me dit que les pétroliers sont une opportunité en termes d’emplois pour la population, je réponds que nous préférons nos activités traditionnelles, la pêche et l’agriculture qui permettent de vivre dans un environnement sain ».

 

 Après sa tournée en Europe (France, Suisse, Pays-Bas), Celestine a pris son bâton de pèlerin pour mobiliser le Delta du Niger : « Les élus, dont 80 % sont sponsorisés par les compagnies pétrolières, voudraient chasser les locaux et transformer ce territoire en immense exploitation car le pétrole est partout, sous nos maisons, dans nos champs… Quant au gouvernement, il n’a pas l’expertise pour comprendre en détail les contrats que les compagnies lui font signer », accuse Celestine. Il est loin le temps où les sociétés étrangères, fortes de leurs promesses de développement, étaient accueillies par une population locale en costume de fête.

 

 Cinquante ans plus tard, certains mouvements se radicalisent n’hésitant pas à pratiquer des enlèvements d’expatriés ou à se livrer au vandalisme. « Il y a une exaspération surtout chez les jeunes : Obansanjo, l’ancien président du Nigeria jusqu’en 2007, est venu trois fois chez nous sans lancer un seul projet de développement ! » Certes l’option pacifique du militant ogoni n’est pas dénuée de risques : récemment, 50 soldats sont venus l’arrêter alors qu’il présentait à des journalistes les désastres environnementaux causés par les torchères et le déversement des déchets. « J’ai alors envoyé un texto à mes gars et en moins de trois heures, les médias étaient prévenus et les responsables se sont excusés. Ils m’ont même offert à manger mais j’avais peur de finir empoisonné ! ». Célibataire à 36 ans, Celestine ne cache pas avoir négligé jusque là sa vie privée pour privilégier la cause, d’autant que dans un Nigeria sous régime militaire jusqu’en 1998, il craignait de faire d’une épouse une veuve et d’enfants des orphelins « Maintenant, j’y pense sérieusement ! », conclut-il avec un grand sourire. 

 

 

 ENTRETIEN AVEC FRANCIS PERRIN

 Membre du bureau exécutif d’Amnesty International France

 

 Le rapport d’Amnesty International sur le fléau de l’or noir au Nigeria est sorti en juin dernier, quel bilan peut-on faire aujourd’hui ? 
La conférence de presse organisée à Abuja le 30 juin pour lancer ce rapport a eu beaucoup d’échos à la fois médiatique et politique. La délégation d’Amnesty International a pu obtenir des entretiens de haut niveau, notamment avec le département des Ressources pétrolières censé réguler les activités des compagnies et surtout avec des parlementaires. Ces contacts sont très importants au moment où est discuté au Parlement un projet de loi gouvernemental pour réformer l’industrie pétrolière. Avec une dizaine d’ONG, nous estimons que cette réforme est une opportunité pour demander que soient pris en compte le respect de l’environnement et les droits de l’Homme liés à la question pétrolière. Dans le projet actuel, ces aspects sont peu présents. 

Pourquoi est-ce surtout la compagnie Shell qui est interpellée dans le rapport ? 
Shell est la compagnie étrangère la mieux implantée au Nigeria. En régime normal, le pays peut produire 2,5 millions de barils de pétrole par jour et 40 % de cette production est produite par cette compagnie. De plus, dans le Delta du Niger – région sur laquelle porte le rapport – Shell est le principal acteur pétrolier. Enfin, si le document d’Amnesty cite d’autres compagnies importantes comme Chevron, Exxon-Mobil, Total et Eni, sur le terrain, le travail de recherche de nos équipes a le plus souvent débouché sur des pratiques inacceptables de la compagnie Shell. 

Comment Shell a réagi à ces mises en cause ? 
Amnesty International a dû faire face à un véritable tir de barrage : Shell a répondu publiquement que le rapport n’apportait rien de nouveau, qu’il surestimait ses responsabilités et sous-estimait le fait qu’elle était la cible d’attaques, d’enlèvements de ses cadres etc. Shell affirmait en particulier que 85 % de la pollution était la conséquence d’actes de sabotages. Amnesty International conteste ce chiffre. Très souvent, en l’absence d’une instance indépendante, les compagnies sont juges et parties pour évaluer leur responsabilité dans un cas de pollution et préfèrent l’attribuer à un tiers pour éviter d’avoir à verser des compensations. Quand on parle de l’insécurité, il faut également analyser ses causes profondes : un environnement dévasté par une exploitation non contrôlée des ressources énergétiques qui met en péril la vie des habitants. Shell affirme qu’elle a mis en place des programmes d’aide aux populations locales à qui elle fournit des emplois, mais nous répondons qu’en matière de droits humains des violations ne se compensent jamais. Amnesty International a pris en compte les questions de sécurité en rappelant dans son rapport que les autorités nigerianes n’avaient pas su réglementer les activités des entreprises pétrolières. 

Où en sont les procès contre certaines compagnies qui ont réduit drastiquement les moyens de subsistance des populations locales ? 
Il y a eu un procès aux États-Unis intenté contre Shell par des proches de Ken Saro-Wiwa. Sans reconnaître sa responsabilité dans l’exécution de cet activiste, Shell a versé des compensations financières « à titre humanitaire » après accord entre les deux parties. Un autre procès est en cours aux Pays-Bas (siège de la compagnie Shell) dans lequel s’implique l’ONG de protection de l’environnement Les Amis de la terre. On peut également citer les décisions – certes non contraignantes – de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples selon lesquelles, en donnant le feu vert à un acteur économique privé, le gouvernement nigerian a laissé la porte ouverte à d’éventuelles violations des droits des Ogoni. Au Nigeria en revanche, il ne se passe pas grand-chose mais le fait que la Commission nationale des droits de l’homme envisage de se porter partie civile est une voie intéressante qui n’a pas été suffisamment exploitée jusqu’à présent.


Propos recueillis par A. C. 
Nigeria. Pétrole, pollution et pauvreté dans le Delta du Niger. Réf.
 AFR 44/018/2009.

Voir également notre page Nigeria le fléau de l'or noir

 « Nous avons surtout réussi à dénoncer la corruption des directeurs qui ont été renvoyés par le gouverneur militaire », se souvient-il.

Celestine Akpobari lors de son passage à la section française d'Amnesty International fin octobre 2009. (c) AI



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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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