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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 05:59

11 juillet 2011
Léon Messi

Le Cameroun figure depuis toujours sur la liste des pays les plus corrompus du monde. Et connaissant les effets dévastateurs de la corruption sur l’investissement, la consommation, et le role stimulateur des dépenses d’Etat, nous pouvons dire sans mâcher nos mots qu’aucun programme de développement économique ne peut avoir de succès véritable au Cameroun tant que la corruption y règne.

Aspects de la Corruption

La corruption se manifeste de diverses manières au Cameroun.

 

Il y a la corruption du citoyen qui, se sachant inéligible pour un service ou un bien, soudoie un agent de l’Etat ou d’une entreprise privée pour l’obtenir. Tel est le cas quand un chauffeur sans permis donne mille francs à un gendarme afin de continuer à conduire illégalement. C’est aussi ce qui se passe lorsqu’un gros commercant préfère donner quelques millions à un haut fonctionnaire des douanes afin que ses produits ne paient pas la douane.

 

Il y a celle tout aussi familière de l’agent de l’Etat ou du secteur privé qui exige que lui soit versé un pot-de-vin pour délivrer les biens et services pour lesquels il reçoit pourtant un salaire et auxquels l’usager a droit. Ce même genre d’agents de l’Etat n’hésitera pas à servir des usagers inéligibles tout en refusant d’honorer les demandes d’usagers qui ont droit au service mais ne sont pas prépares à le soudoyer. C’est le cas par exemple d’un officier de l’émi-immigration qui retient le passeport d’un contribuable tant que celui-ci ne lui grasse pas la patte. Ou alors celui d’un ministre qui decide d’accorder un marche de gré à gré à une agence sans qualifications juste parce que le patron de l’agence lui a verse une importante somme d’argent.

 

Le troisième aspect de la corruption au Cameroun est celle de l’agent de l’Etat ou du privé, quelqu’en soit le niveau, qui  détourne  les deniers publics. On voit ainsi le petit commis de l’Etat qui vole quelques dizaines de milliers de francs et le gros poisson qui prend des dizaines de milliards.

 

Un quatrième type de corruption est plus dangereux encore. Il s’agit de la corruption politique par laquelle les autorités de l’Etat votent et promulguent des lois, signent des décrets et arrêtés qui accordent des avantages spéciaux à un groupe politique ou socio-économique qui leur est proche. C’est le cas quand le président et le groupe RDPC de l’Assemblée rejettent l’idée de la création d’une véritable Commission Electorale Independante et mettent plutot en place une ELECAM qui donne au candidat RDPC un avantage absolu. Nous voyons aussi ce genre de corruption quand ces memes acteurs inscrivent dans la constitution une élection a un seul tour et non deux, donnant ainsi un autre avantage crucial au candidat RDPC.

 

Effet Dévastateur de la Corruption Sur le Développement Economique

 

La corruption a un effet dévastateur sur le développement économique du Cameroun.  Nous savons qu’une économie se fonde sur les decisions du consommateur qui achète des produits et services, de l’investisseur qui construit des entreprises, produit des biens et services,  et crée des emplois, et du governement qui crée un cadre propice à la consommation,  l’investissement, la production, et la distribution.

 

Lorsqu’il devient clair aux potentiels investisseurs dignes de ce nom qu’il y a un coût non officiel attaché à chaque transaction petite ou grande au Cameroun, ils hésiteront de s’engager dans des entreprises dans ce pays. Pire encore, si les investisseurs comprennent qu’un contrat ou une concession ne leur sera pas décerné sur le merite de leur soumission mais parce qu’ils auront versé des pourcentages aux autorités en charge des marchés, les plus sérieux d’entre eux s’abstiendront de chercher à s’implanter au Cameroun, et ce sont les moins compétents qui y feront des affaires. Il est même possible que les entreprises déjà installées au Cameroun ferment les portes car incapables de graisser la patte à certains fonctionnaires.

 

En d’autres termes la corruption décourage l’investissement privé parce qu’elle crée un climat d’affaires difficile. Ce sont là les conclusions que le Gicam (Groupement Interpatronal du Cameroun) a tirées lors d’une enquête conduite en 2007 en collaboration avec des organismes de cooperation hollandais et allemand.

 

Or l’investissement privé est le vehicule de la création d’emplois. Pas d’investissements, pas de création d’emplois. Est-on surpris donc que le Cameroun affiche un taux de chômage réel de 70% parmi les jeunes, selon le World Economic Outlook et le CIA Factbook?

 

La corruption affecte aussi la consommation, moteur essentiel de la croissance économique. La faible création d’emplois résulte en une détérioration du revenu disponible qui est le support de la consommation. Ainsi, moins les citoyens trouvent des emplois rémunérés et stables, moins ils ont de l’argent à dépenser sur l’achat de biens et services. L’inflexion de la demande qui en résulte décime les ventes des entreprises. Alors à leur tour, ces entreprises mettent un frein à leurs projets d’expansion, opèrent des contractions de personnel, et la spirale déscendante continue. D’ou la difficulté que le Cameroun a de traduire ses Grandes Ambitions dans les faits.

 

La corruption en tant que détournements de deniers publics réduit la capacité de l’Etat à stimuler la consommation en achetant un grand nombre de biens et services et l’investissement en engageant de grands projets infrastructurels. Et dans de grandes économies cet influx de fonds publics dans l’économie peut à des moments critiques servir à soutenir la croissance économique et la création d’emplois. Or quand les crédits alloués à la consommation et l’investissement publics sont détournés par des fonctionnaires indélicats, les projets correspondants qui faisaient partie d’un grand plan de développement ne seront pas réalises. Dans bien des cas les fonds seront soient placés dans des banques étrangères, soit alors enterrés dans de somptueux projets immobiliers personnels. Ainsi l’effet stimulatif attendu des dépenses publiques devient nul. Etant donne les énormes montants détournés , comme l’indiquent les nombreux cas sensationnels de l’Operation Epervier, ce n’est point une surprise que les Grandes Ambitions du regime aient du mal à se traduire dans les faits.

 

Est-il alors difficile de conclure qu’aucun programme de développement économique ne peut avoir de succès véritable au Cameroun tant que la corruption y règne?

 

Esquisse d’une Solution au Probleme de la Corruption

 

Il est donc urgent que le Cameroun devise et mette en place une stratégie de lutte contre la corruption.

Pour commencer, nous applaudissons Etoudi pour son Operation Epervier qui a réussi à mettre en taule un bon nombre de gros poissons du secteur prive et public culpabilisés pour détournements massifs de fonds. Malheureusement l’Epervier est trop sélectif au lieu d’être systématique. A le regarder on a l’impression qu’il ne cherche que certaines têtes et ferme ses yeux à d’autres que le peuple peut pointer du doigt. Ainsi de ce haut commis de l’Etat qui roule en Mercedes 600, de celui qui a une maison de 500 millions de francs, de celle qui possède un bâtiment d’un milliard.

 

Aussi nous faut-il faire quelque chose de plus systématique. En attendant de voir ce que les différents candidats aux prochaines élections présidentielles vont proposer dans ce sens, nous nous permettons d’avancer quelques petites idées.

 

Dans un contexte idéal, le président de la république devrait répondre politiquement de la persistence de la corruption au Cameroun. Ceci signifie qu’au cours des prochaines élections, s’il est encore candidat, il devrait être puni aux urnes pour n’avoir pas été capable d’éliminer la corruption dans notre pays. Ceci permettrait donc à un nouveau président et une nouvelle équipe de s’attaquer au problème. Cependant, que Mr. Biya reste au pouvoir ou que quelqu’un d’autre y accède, la corruption peut être systématiquement éliminée comme il suit.

 

1. Le Président, les Ministres et tous les fonctionnaires et agents contractuels de l’Etat, ainsi que tous les députes, maires et conseillers municipaux, magistrats,  policiers,  militaires, et gendarmes déclareront leurs biens dès leur prestation de serment ou prise de service, ou alors immédiatement s’ils sont déjà en poste.  Si dans un délai de trois mois après la prise de fonction ou la prise d’effet de la décision portant déclaration de biens cela n’est pas chose faite, le sujet est automatiquement limogé sans appel et frappé d’une lourde amende statutaire. Si le Président,  les députes ou les élus municipaux eux- mêmes enfreignent cette disposition, il sont statutairement frappés d’incapacité, ouvrant la voie à une vacance de poste du type prévu par la constitution–ce qui est l’équivalent d’un “impeachment”. Les déclarations de biens seront storées dans une base de données au Controle Supérieur de l’Etat. Elles seront renouvelables chaque année.

 

2. Pour nous assurer que les déclarations initiales de biens sont complètes et crédibles, l’ordinateur du Controle Supérieur de l’Etat sélectionnera de manière tout à fait aléatoire une série de noms dans chacune des catégories ci-dessus. Les fins limiers de ce département mèneront donc un audit complet sur les avoirs et transactions banquaires de ces sujets. Si des écarts significatifs sont observés entre la déclaration volontairement faite plus tôt et les resultats de l’audit, le sujet sera limogé et frappé d’une forte amende statutaire. Les biens non déclarés seront également confisqués.

 

3. Par la suite, à longueur d’année, une liste aléatoire de noms sera générée par l’ordinateur et un contrôle surprise tenu. Tout changement significatif dans l’actif et le passif de l’individu devra être justifié avec pièces à l’appui. Si rien ne justifie le changement, l’individu est limogé, frappé d’une lourde amende et les biens non justifiés confisqués. Selon le montant en contention, l’individu peut être poursuivi en justice et puni selon les lois en vigueur. Ainsi donc, si un fonctionnaire de Categorie A2 acquiert une maison de 100 millions sans crédit, il est épinglé.

 

4. Le public lui-même sera associé à la lutte anti corruption. Si un voisin soudainement se bâtit un château , ou s’achète une Porsche Cayenne,  ou dépense ostentatoirement dans les bars sur un salaire de fonctionnaire, le public est encouragé d’alerter secrètement le Controle de l’Etat. De même si un agent de l’Etat s’asseoit sur un dossier ou exige un paiement, l’usager alertera le Controle de l’Etat. Si un certain nombre de plaintes est reçu sur un certain agent, le Controle ouvre une enquête. Si les plaintes sont substantivées, l’accuse est viré et poursuivi en justice.

 

5. Le Controle de l’Etat maintiendra une base de données contenant les noms de grands cabinets d’audit comptable du monde. Un logiciel décidera de quand un audit annuel complet de l’administration camerounaise se tiendra et de quel cabinet le conduira. Cet audit n’interférera pas avec les audits internes de l’Etat. La firme sera contactée par l’ordinateur 72 heures avant le début de l’audit sans avertir un seul membre de l’administration. Les questions de visa auront été réglées au préalable. La firme débarquera sur place et se mettra au boulot avec le soutien du Contrôle de l’Etat. Les résultats de l’audit seront publiés dans leur intégralité dans un rapport accessible au public. Un logiciel exploitera les résultats pour créer une liste d’agents dont la gestion présente des écarts sérieux. Ceux ci seront immédiatement limogés et poursuivis en justice.

 

6. Pour rendre plus faisable toute cette vaste entreprise, nous investirons dans l’informatisation complète du système financier de l’Etat au niveau central et dans les services décentralises. En plus nous mettrons en place un audit continuel fait anonymement par divers cabinets d’expertise comptable de la place. Ainsi les transactions faites par un ministere seront subdivisees et repliquees dans differents cabinets qui sans pouvoir les alterer ni en connaitre l’origine les auditeront sur la base de leur adhérence aux principes de comptabilité publique. Tout écart sera signalé au Contrôle de l’Etat.

 

7. Une reforme des procedures administratives qui empeche autant que possible que les agents de l’etat ne touchent à l’argent en especes réduira le risque de vol. Il est même pensable que l’Etat s’associe à des banques par transferts électroniques, leur laissant le soin de payer et percevoir au nom de l’Etat.

 

Nous sommes certains que ces propositions feront l’objet de critiques féroces. Cela est normal. Mais l’idée est de deviser une approche systématique de la lutte anti-corruption. Aussi demanderons nous que les critiques fassent des contre- propositions tout aussi systématiques. Nous espérons aussi que les candidats à la présidence emboiteront notre pas et clarifieront leurs propres approches pour le plus grand bien du Cameroun.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Cameroun
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