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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 13:39

25 mars 2012
Acheikh Ibn-Oumar

 

Décès de Muhamad Ibrahim-Nugud (1930-2012), Secrétaire-général du parti communiste soudanais depuis 1971


 

 

Survenue le 22 mars dans un hôpital londonien, la disparition de Muhamad IBRAHIM-NUGUD, à l'âge de 82 ans, ferme une page importante de l'histoire exceptionnelle du Parti communiste soudanais, et de l'histoire du Soudan en général.

 

Sa mémoire a été unaniment saluée dans tous les milieux, y compris par les responsables du gouvernement du maréchal al-BASHIR.

 

Abdalkhaleq MAHJUB, fondateur du Parti Communiste Soudanais, exécuté en 1971, par le Maréchal NumeyriAlors que le Parti communiste soudanais avait été considérablement affaibli, pour ne pas dire éliminé de la scène politique, depuis l'exécution, en 1971, de son Secrétaire général fondateur Abdalkhaleq MAHJUB, par la dictature militaire dirigée par feu le maréchal Gaafar al-NUMEYRI, l'aura du successeur a paradoxalement continué à grandir.

 

En effet, dans les dernière années de sa vie, IBRAHIM-NUGUD jouissait d'une grande considération et d'un grand respect, même chez adversaires politiques les plus farouches. Au fil des années, il s'est imposé comme un patriote authentique aimant profondément son pays: un exemple d'intégrité, d'esprit de sacrifice et de constance. 

 

Il est le seul chef de parti à n'avoir jamais accepté d'aller en exil, même pendant les années les plus sombres de la dictature.

 

Ainsi, il passa vingt années dans la clandestinité, protégé par les militants et sympathisants, se mouvant au sein du peuple "comme un poisson dans l'eau", selon la formule de MAO ZE DONG; au grand dam de la police politique: de 1971 à 1985 sous le régime NUMEYRI; et de 1989 à 2005, sous le régime AL-BASHIR.

 

Tout le monde lui reconnait une honnêteté et un détachement matériel exemplaire, en même temps qu'une grande tolérance et une élégante courtoisie dans ses rapports avec ces adversaires et ses contradicteurs.

 

Parallèlement à son engagement politique infatigable contre le colonialisme britannique et les dictatures locales, IBRAHIM-NUGUD était un intellectuel reconnu. Ses écrits sont souvent centrés sur les trois thèmes qu'il pensait déterminant dans l'analyse de la société soudanaise: les effets de l'esclavagisme, la nature de l'Etat et le rôle des confréries soufies.

 

Mais, à mon avis, sa plus grande réussite, c'est d'avoir démenti la mauvaise image des communistes dans les pays arabes et musulmans, à savoir que les communistes sont des athées fanatiquement hostiles à l'Islam et qui sont aux ordres de l'Union soviétique.

 

IBRAHIM-NUGUD a réussi à faire accepter par une société aussi traditionaliste que celle du Soudan, qu'on peut être communiste et néanmoins très attaché à l'héritage culturel et religieux de sa société.

 

Il avait coutume de dire :"si je me compromets avec les impérialistes et les dictateurs, je ne suis pas un vrai communiste; et si je renie le patrimoine arabe, musulman et négro-africain de mon pays, je ne suis pas un vrai patriote soudanais".

 

Les masses laborieuses sont reconnaissantes au parti communiste qui était le seul à s'être complètement investi pour la création et le renforcement des organisations syndicales au sein des ouvriers et des travailleurs agricoles, depuis sa naissance en 1947.

 

Fatima Ahmed Ibrahim, née en 1933, première femme membre du comité central du P.C. soudanaisUn autre aspect très important à souligner: le parti fondé par Abdalkhaleq MAHJUB, avait joué un rôle pionnier et déterminant dans l'émancipation de la femme soudanaise; particulièrement à travers Fatima Ahmed IBRAHIM, la première directrice de journal, la première femme parlementaire, et qui avait été présidente de l'Union des femmes soudanaises jusqu'à son retrait de la vie politique en 2007.

 

Le principal point faible, à mon avis, pour ne pas dire l'échec, de la lutte du Parti communiste soudanais sous la direction de feu IBRAHIM-NUGUD, c'est d'avoir raté le tournant de la modernisation: la mémoire des marxistes soudanais est resté figée dans l'époque glorieuse de la lutte contre le colonialisme et l'émergence du Tiers-monde sur la scène internationale.

 

Les mutations des ces dernières décennies avec, d'une part, l'écroulement du camp soviétique et l'obsolescence des certains dogmes et schémas d'analyse élaborés par Marx et Lénine, et d'autre part, l'apparition d'un nouveau système socio-économique marqué par les "nouvelles technologies de l'information et de la communication" (NTCI), la mondialisation, la financiarisation, et les idéologies identitaires/commnautaristes... n'ont pas été suffisamment prises en compte.

 

Cet immobilisme doctrinal a conduit à une marginalisation progressive sur le plan politique, ainsi qu'à un affaiblissement organisationnel sur le plan interne: des cadres et des dirigeants avaient démissionné estimant que le Parti devait revoir complètement sa ligne politico-idéologique ainsi que son discours, pour être en phase avec les profonds bouleversements intervenus dans le monde et dans le pays; certains exigeaient même le changement de la dénomination "communiste", à l'instar de ce qui s'est passé en Italie en 1991, et dans d'autres pays.

 

Cela rejoint une opnion qu'on trouve un peu partout dans le monde d'aujourd'hui; à savoir que le binôme "mondialisation+Internet", si caractéristique de ce début du 21ème siècle, marque la fin de toutes les idéologies progressistes historiques: marxisme, socialisme, panarabisme, parafricanisme, tiers-mondisme, etc. Les uns en concluent qu'il faut inventer des concepts et des formes de mobilisations radicalement nouvelles, les autres en concluent qu'il faut purement et simplement abandonner toute vélleité de mlitantisme.

 

Vaste débat....

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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